Alain Barrière : Le Secret Déchirant de sa Mort et l’Histoire d’Amour qui a Résisté à Tout, Même au Trépas

C’est une histoire qui semble tout droit sortie d’un roman tragique ou d’une de ses propres chansons mélancoliques. Alain Barrière, le poète maudit à la voix de velours, l’homme qui a chanté “Ma vie” et “Elle était si jolie”, a tiré sa révérence dans des circonstances d’une tristesse absolue. Décédé le 18 décembre 2019 à l’âge de 84 ans, le chanteur breton a emporté avec lui une part de la chanson française, mais surtout, il a rejoint l’amour de sa vie, Agnès, partie seulement douze jours plus tôt. Un drame familial poignant marqué par un secret lourd à porter pour leur fille unique, Guénaëlle.

De la misère bretonne aux lumières de l’Olympia

Avant de devenir l’idole romantique des années 60, Alain Barrière, né Alain Bellec, a connu la rudesse de la vie. Né en 1935 à La Trinité-sur-Mer, il est un enfant de l’océan et du vent, mais aussi de la pauvreté. Orphelin de père très jeune, élevé par une mère courageuse qui peinait à nourrir ses trois enfants, le petit Alain grandit dans le dénuement.

C’était un enfant sauvage, préférant l’école buissonnière et les courses sur la plage aux bancs de l’école. “La mer était mon terrain de jeu”, dira-t-il plus tard. Il semblait destiné à une vie simple, peut-être de marin, jusqu’à ce qu’un instituteur visionnaire ne décèle en lui un potentiel inexploité. Grâce à ce mentor, Alain se réconcilie avec les études, une révélation qui le mènera jusqu’aux prestigieux Arts et Métiers d’Angers. L’ingénieur en devenir achète sa première guitare, sans savoir que cet instrument va changer son destin.

Mais le sort s’acharne. À l’aube de sa vie d’adulte, la tuberculose le frappe. Coupé du monde, isolé dans un sanatorium pendant une année entière, il trompe la mort et l’ennui en composant. C’est dans la solitude de la maladie que naît l’artiste.

La gloire, les tubes et l’amour fou

Les années 60 marquent son ascension fulgurante. Avec “Cathy”, puis le triomphe de l’Eurovision avec “Elle était si jolie”, Alain Barrière impose son style : des mélodies riches, une voix puissante et une poésie à fleur de peau. “Ma vie”, sortie en 1964, devient un hymne international, le propulsant au rang de star jusqu’en Amérique du Sud où il déclenche l’hystérie.

Pourtant, derrière le chanteur à succès se cache un homme qui cherche son ancrage. Il le trouvera en 1975. Elle s’appelle Agnès, elle est danseuse, et elle a cette grâce qui foudroie le chanteur. C’est le coup de foudre, l’amour avec un grand A. Ils se marient la même année et donnent naissance à Guénaëlle. Agnès ne sera pas seulement son épouse ; elle sera son roc, sa muse, celle qui restera quand les lumières s’éteindront et que les “amis” du show-business disparaîtront.

La descente aux enfers : Faillite et maladie

Car la vie d’Alain Barrière n’a pas été qu’un long fleuve tranquille. Homme de caractère, parfois têtu, il se lance dans un projet fou : le Stirwen, un complexe de spectacle en Bretagne. Le rêve tourne au cauchemar financier et fiscal. Les “emmerdes”, comme on dit, s’accumulent. Alain se bat, mais le système est parfois plus fort.

Puis vient le temps de la vieillesse et de la maladie. L’homme robuste, le Breton insubmersible, est rattrapé par son corps. À partir de 2011, après plusieurs AVC, il est contraint de quitter la scène. Un déchirement pour celui qui ne vivait que pour son public. Mais le pire est à venir.

Le drame de 2019 : Un secret par amour

En 2019, le destin frappe le couple de plein fouet. Agnès, l’éternelle compagne, est diagnostiquée d’un cancer du pancréas foudroyant. Elle se bat avec courage, mais la maladie l’emporte début décembre. Alain, lui, est hospitalisé, affaibli par une nouvelle attaque cérébrale. Il est fragile, confus, à bout de forces.

C’est alors que se joue le drame dans le drame. Guénaëlle, leur fille, se retrouve face à un dilemme cornélien, une décision qu’aucun enfant ne devrait avoir à prendre. Doit-elle annoncer à son père mourant que sa femme, sa raison de vivre, n’est plus ? Les médecins sont formels : le choc pourrait le tuer instantanément.

Par un amour immense, pour lui offrir une fin paisible, Guénaëlle choisit le silence. Elle cache la mort de sa mère à son père. Elle porte seule le deuil, séchant ses larmes avant d’entrer dans la chambre d’hôpital d’Alain. Elle lui parle d’Agnès au présent, inventant peut-être des excuses pour son absence, le cœur en miettes.

Des retrouvailles dans l’éternité

Alain Barrière s’est éteint le 18 décembre 2019, douze jours après Agnès. Est-il parti sans savoir ? Ou, comme le pensent certains romantiques, a-t-il senti dans son cœur que sa moitié l’attendait déjà de l’autre côté ?

Leur départ quasi simultané rappelle les grandes tragédies antiques. Ils ne pouvaient vivre l’un sans l’autre. En partant ensemble, ou presque, ils ont scellé leur légende. Guénaëlle, désormais orpheline, a accompli cet ultime geste de protection, sacrifiant sa propre douleur pour la paix de son père.

Aujourd’hui, il nous reste les chansons. Des mélodies qui résonnent différemment maintenant que l’on connaît la fin de l’histoire. Alain Barrière n’était pas seulement un chanteur de variété, c’était un homme de passion, de résilience et d’amour absolu. Sa vie fut une symphonie inachevée, belle et douloureuse, comme les vagues de l’océan breton qu’il aimait tant. Il est parti rejoindre celle qui était si jolie, pour l’éternité.