Lors d’une audition particulièrement tendue à l’Assemblée nationale, le public a assisté à un moment “surréaliste” lorsque les députés ont interrogé la direction de France Télévisions sur sa politique de rémunération. Alors que le groupe audiovisuel public fait face à un déficit budgétaire de plus de 80 millions d’euros, les révélations sur le salaire et les parts variables de la présidente Delphine Ernotte ont suscité une vive polémique.
Un salaire “gelé” depuis 15 ans ?
Durant cette audition, interpellée sur sa part variable, Delphine Ernotte a fourni une réponse qui en a laissé plus d’un perplexe : « Le fait de percevoir la part variable n’a strictement rien à voir avec la situation financière de l’entreprise ». Elle a expliqué que sa rémunération actuelle — comprenant le fixe et le variable — est restée identique « à l’euro près » à celle décidée par Nicolas Sarkozy pour son prédécesseur Rémy Pflimlin en 2010.
Cette justification a immédiatement provoqué l’agacement des députés, notamment ceux issus du monde de l’entreprise. Pour eux, il est inconcevable que dans une structure publique, la prime de résultat d’un dirigeant puisse être indépendante de la dégradation des comptes de ladite structure.

Des chiffres “astronomiques” en plein déficit
Pour clarifier la situation, Christophe Tardieu, secrétaire général du groupe, a dévoilé les chiffres précis. Le montant du salaire de la présidente s’élève à 322 000 euros fixes, complétés par une part variable pouvant atteindre un maximum de 78 000 euros. Le montant total brut peut donc s’élever à 400 000 euros par an.
Bien que Christophe Tardieu ait admis que les résultats budgétaires et comptables dégradés rendaient “probable” le non-versement de certains objectifs financiers, il a précisé que l’aspect économique n’était qu’un critère parmi d’autres. Cette déclaration renforce l’idée d’une gouvernance déconnectée des réalités budgétaires, alors que le financement de l’entreprise repose entièrement sur l’argent des contribuables.
Une rupture dans la responsabilité managériale
Cette audition a mis en lumière une gestion déresponsabilisante au sommet de l’État actionnaire. Tandis que les Français sont appelés à la rigueur, les critères de performance dans une entreprise publique détenue à 100 % par l’État semblent flous. Le fait que la présidente « n’intervienne pas dans les discussions sur son propre salaire » et « se déporte » lors des votes au conseil d’administration apparaît, pour beaucoup, comme une manière d’éviter d’assumer la logique d’efficacité économique.
La question posée par cette audition ne concerne pas seulement le montant de 400 000 euros, mais la cohérence et l’équité dans l’utilisation des fonds publics. Est-il acceptable que les dirigeants d’une entreprise en déficit chronique conservent des avantages dignes des plus grands groupes privés ? Ce sujet restera sans aucun doute au cœur des débats politiques et sociaux dans les mois à venir.

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