C’est une scène d’une rare intensité qui s’est jouée ce matin sur les ondes de RMC, laissant les auditeurs et les téléspectateurs des “Grandes Gueules” littéralement scotchés à leur poste. Invité pour défendre son dernier ouvrage, La France n’a pas dit son dernier mot, Éric Zemmour s’est retrouvé au cœur d’un affrontement verbal d’une violence inouïe, menaçant purement et simplement de quitter le plateau si on ne le laissait pas terminer ses phrases.

L’étincelle qui a mis le feu aux poudres

L’atmosphère, déjà électrique dès les premières minutes, a viré à l’orage lorsque Charles Consigny, chroniqueur de l’émission, a lancé une charge virulente contre le polémiste. Qualifiant son livre de manifeste d’”extrême droite” et accusant Zemmour d’une “candeur” coupable vis-à-vis du régime de Vichy, Consigny a touché un point sensible. Mais c’est l’accusation d’être “déconnecté” et “obsédé” par l’immigration qui a véritablement fait sortir Zemmour de ses gonds.

“Obsession vient du latin qui veut dire assiégé”, a rétorqué Zemmour, le visage fermé, avant de développer sa théorie d’une civilisation française “assiégée” par l’islam, évoquant une “guerre de mille ans”.

“Je m’en fous d’être calme !”

Alors que les échanges se transformaient en cacophonie, les chroniqueurs tentant d’interrompre le flot de paroles de l’invité, Éric Zemmour a brutalement élevé la voix, brisant les codes habituels de la courtoisie télévisuelle. “Écoutez-moi ! Si pendant que vous parlez, je ne peux pas répondre… Vous arrêtez, vous me laissez parler !”, a-t-il tonné, le doigt levé, dans une colère noire.

Face à la remarque selon laquelle un présidentiable se devait de rester calme, la réponse de l’ancien journaliste du Figaro a été cinglante et sans appel : “Je m’en fous !”. Un rejet total du formatage politique classique qui en dit long sur sa stratégie de rupture. “On s’en fout d’être calme, ce n’est pas la question. La question, c’est la survie de la France”, semblait-il hurler par son attitude corporelle, refusant de se laisser “taper dessus” sans riposter.

Le spectre de la guerre civile

Au-delà de la forme, c’est le fond du discours qui a glacé le plateau. Zemmour n’a pas hésité à affirmer que la “guerre civile” avait déjà commencé en France. Rejetant les accusations selon lesquelles ses propos mettaient de l’huile sur le feu, il a renvoyé la responsabilité aux réalités du terrain.

“Ce n’est pas moi qui ai égorgé Samuel Paty, ce n’est pas moi qui ai tué une policière dans un commissariat !”, a-t-il martelé, dressant un tableau apocalyptique des banlieues françaises. Pour lui, la fuite des habitants historiques de ces quartiers est le symptôme irréfutable de ce conflit larvé. Il décrit des zones où “les femmes ne peuvent plus mettre de jupes” et où les commerces changent de nature sous la pression religieuse, qualifiant cela de “colonisation par une autre civilisation”.

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Hommage paradoxal à Bernard Tapie

Dans ce maelström d’invectives, un moment plus surprenant a émergé lorsque le sujet Bernard Tapie a été mis sur la table. Tout en exprimant un désaccord idéologique total avec l’homme d’affaires – qu’il accuse d’avoir été le “paladin” de l’idéologie pro-immigration de François Mitterrand – Zemmour a salué le “tempérament de guerrier” du défunt.

“J’admire ça, le type venu de rien et arrivé là où il est”, a-t-il concédé, reconnaissant en Tapie une force vitale qu’il semble lui-même valoriser par-dessus tout. Une parenthèse presque respectueuse avant que le débat ne reparte de plus belle sur la définition de la République et du patriotisme.

Une stratégie du choc assumée

Cet incident sur le plateau des “Grandes Gueules” n’est pas anodin. Il illustre la stratégie médiatique d’Éric Zemmour : occuper l’espace, refuser la contradiction molle et imposer ses thèmes, quitte à aller au clash physique. En menaçant de partir, il pose un ultimatum aux médias : c’est lui qui dicte les règles du jeu, ou rien.

Pour ses partisans, c’est la preuve d’une authenticité et d’un courage face à la pensée unique. Pour ses détracteurs, c’est une nouvelle démonstration d’une incapacité au débat démocratique apaisé et une dérive dangereuse vers une rhétorique de combat. Quoi qu’il en soit, ce matin sur RMC, la France n’avait peut-être pas dit son dernier mot, mais Éric Zemmour, lui, a bien failli ne pas dire le sien, préférant le bruit et la fureur au silence poli des salons parisiens.

Éric Zemmour : le doigt du déshonneur | Philosophie magazine