Un silence lourd s’est abattu sur le cinéma français. L’une de ses “gueules” les plus iconiques, l’un de ses talents les plus bruts et magnétiques, s’est éteint. Tchéky Karyo, acteur emblématique révélé au grand public par des rôles inoubliables dans L’Ours de Jean-Jacques Annaud et surtout Nikita de Luc Besson, nous a quittés ce vendredi 31 octobre. Il avait 72 ans. Sa disparition, annoncée par son épouse Valérie Keruzoré, laisse un vide immense, non seulement dans le monde du 7e art, mais aussi dans le cœur de ceux qui l’ont connu et aimé.
L’annonce de sa mort, des suites d’un cancer contre lequel il se battait entouré des siens, a immédiatement provoqué une vague d’émotion nationale. Les hommages ont afflué de toutes parts. Nikos Aliagas, apprenant la nouvelle en pleine cérémonie des NRJ Music Awards, a interrompu l’événement pour saluer la mémoire d’un “comédien et chanteur exceptionnel”. Sylvie Vartan, son ancienne partenaire de tournage, a exprimé sa profonde tristesse. Mais c’est un message, publié ce samedi 1er novembre, qui a particulièrement bouleversé la toile : celui d’Anne Parillaud.

Elle était sa “Nikita”. Il était son “Rico”, son mentor, son formateur, celui qui la transformait de délinquante en machine à tuer, avant de se laisser consumer par sa propre création. Plus de trente ans après le film culte de Luc Besson, le lien entre Tchéky Karyo et Anne Parillaud était resté indéfectible. L’alchimie qui crevait l’écran n’était pas feinte ; elle s’était muée en une amitié profonde, un respect mutuel que l’actrice a crié avec une émotion poignante sur son compte Instagram.
“Mon ami, le gitan, le rocker, l’éternel enfant…” C’est par ces mots tendres et justes qu’elle commence son hommage. Des mots qui dessinent parfaitement la personnalité complexe de Karyo : un homme à la présence animale, presque sauvage (“le gitan”), à l’énergie brute (“le rocker”), mais aussi à la sensibilité à fleur de peau (“l’éternel enfant”). Anne Parillaud a tenu à souligner sa “générosité” et sa “bienveillance”, des qualités humaines qui contrastent avec la dureté des rôles qui ont fait sa renommée.
Son message, chargé d’une émotion palpable, se conclut par une déclaration d’une simplicité déchirante : “Tu vas terriblement me manquer. Je t’aime.” Une intimité partagée publiquement, non pas par impudeur, mais par nécessité de dire au monde l’ampleur de la perte. Cet amour amical, cette admiration professionnelle, transpirent à travers chaque mot et témoignent de l’impact que Tchéky Karyo a eu sur sa vie et sa carrière.
Tchéky Karyo n’était pas un acteur comme les autres. Né à Istanbul d’un père turc et d’une mère grecque, arrivé à Paris dans sa jeunesse, il portait en lui une richesse culturelle et une fêlure qui donnaient à ses personnages une profondeur instantanée. Sa voix grave, éraillée, son regard d’acier capable de s’embuer l’instant d’après, ont fait de lui un second rôle de luxe que le cinéma international s’est rapidement arraché. De Dobermann à Le Pacte des loups, en passant par des superproductions américaines comme Bad Boys ou The Patriot, il a imposé sa présence unique, un mélange de virilité menaçante et de vulnérabilité cachée.

Son rôle dans L’Ours (1988) l’a révélé comme un chasseur capable d’une humanité bouleversante face à la nature. Mais c’est Nikita (1990) qui le consacre. Son personnage de Bob, l’agent secret froid et méthodique qui prend sous son aile la jeune Nikita, est un chef-d’œuvre d’ambiguïté. Il est à la fois le bourreau et le protecteur, le père de substitution et l’amant potentiel, le tout avec une économie de moyens qui force l’admiration. La relation qu’il tisse avec le personnage d’Anne Parillaud est le cœur battant du film, une danse étrange entre manipulation, respect et une tendresse inavouée.
Au-delà de l’acteur, il y avait aussi le chanteur. Une passion moins connue du grand public, mais tout aussi essentielle pour lui. Avec sa voix de “rocker”, il a sorti plusieurs albums, explorant des sonorités folk et blues, écrivant ses propres textes avec la même authenticité qu’il mettait dans son jeu. C’était sa jardin secret, une autre facette de cet “éternel enfant” qui refusait de se laisser enfermer dans une seule case.
La maladie, ce cancer que son épouse a révélé, l’a rattrapé. Il s’est éteint entouré de sa famille : Valérie Keruzoré, leurs deux enfants, sa fille aînée Liv et son petit-fils. Une fin discrète, loin des caméras, pour un homme qui aura passé sa vie à les magnétiser.
La disparition de Tchéky Karyo n’est pas seulement la perte d’un grand acteur. C’est la perte d’une présence. D’une voix. D’un charisme qui semblait infaillible. L’hommage d’Anne Parillaud sonne si juste parce qu’il capture l’essence même de l’homme derrière le masque. Elle ne pleure pas seulement le “Bob” de Nikita ; elle pleure son ami, “le gitan”, cet artiste complet qui, même à 72 ans, n’avait jamais cessé d’être un “éternel enfant”. Il va terriblement manquer au cinéma, mais son héritage, lui, est indélébile. Son regard continue de nous transpercer à travers l’écran, et sa voix de résonner, comme un écho de cette générosité que pleure aujourd’hui son amie Anne.

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