L’automne 1984, dans le silence de sa maison normande d’Auteuil, une femme lutte contre l’obscurité grandissante. Sa vue se dérobe, mais sa volonté est intacte. Penchée sur sa vieille machine à écrire Underwood, elle lit à travers une épaisse loupe, posant la touche finale à son dernier œuvre, “Adieu Volodia”. Cette femme, c’est Simone Signoret. Et cette victoire littéraire, arrachée à la quasi-cécité, est peut-être sa plus grande fierté. Plus grande encore que l’Oscar qui a fait d’elle une légende, plus grande que les millions d’entrées. Elle est devenue écrivain. Mais pour comprendre cette femme au regard vif qui ne voyait presque plus, il faut rembobiner le fil d’une vie hors norme, tissée de passion absolue, de drames intimes et de trahisons publiques.
L’histoire de Simone Signoret, ce n’est pas seulement celle d’une actrice. C’est le roman d’une époque, le portrait d’un caractère indomptable. Née Simone Kaminer, elle a 19 ans lorsque la guerre éclate. Son père, d’origine juive polonaise, a rejoint la Résistance à Londres. La jeune Simone, seule avec sa mère et ses frères dans un Paris occupé, doit devenir le chef de famille. Sans ressources, elle trouve un emploi de dactylo dans un journal de la collaboration, “Les Nouveaux Temps”. Un détail qu’elle assumera plus tard, expliquant son inconscience politique de l’époque.
Sa véritable naissance a lieu ailleurs, dans la fumée et les débats intellectuels du Café de Flore. C’est là, au milieu de Sartre, Beauvoir et Picasso, que cette jeune femme à la beauté transcendante et au franc-parler déconcertant trouve sa famille. Elle est libre. Encouragée par ses nouveaux amis, elle plaque son travail collaborationniste avec une phrase prémonitoire lancée à son directeur : “Vous serez tous fusillés”. Elle décide de poursuivre son rêve secret : le cinéma. Mais son nom, Kaminer, est un obstacle sous les lois de Vichy. Qu’à cela ne tienne. Simone Kaminer devient Simone Signoret, empruntant le nom de sa mère.
Sa carrière démarre sous l’égide de celui qui devient son premier mari, le réalisateur Yves Allégret. Il a 16 ans de plus qu’elle, il est son pygmalion. Elle tourne, elle est reconnue. En 1946, elle donne naissance à sa fille, Catherine. Mais la fibre maternelle est éclipsée par le feu de la carrière. Vingt jours après l’accouchement, elle est sur le tournage de “Macadam”. “J’ai été toujours une très mauvaise mère”, dira-t-elle. Sa fille, Catherine Allégret, nuancera, parlant d’une mère qui avait fait des choix.

Et le choix le plus radical de sa vie, elle le fait le 19 août 1949, à Saint-Paul de Vence. Installée à la célèbre auberge de La Colombe d’Or, elle voit entrer un homme. Il est la vedette du music-hall, elle admire tous ses succès. Il s’appelle Yves Montand. C’est un séducteur, il la voit, il lui chante une chanson. Le coup de foudre est “immédiat, irréversible”. C’est une passion fulgurante, spectaculaire. Elle est si puissante qu’elle en oublie tout le reste, y compris le mari qui doit la rejoindre. Montand lui pose un ultimatum. Simone n’hésite pas. Elle marche sur le chemin empierré à la rencontre d’Yves Allégret et lui annonce : “Voilà, c’est fini”.
Le couple Montand-Signoret est né. Et avec lui, un mythe. Ils sont beaux, ils réussissent, ils sont “people avant l’heure”, se laissant filmer dans leur intimité bien avant leur mariage. Ils sont le “couple magique”. Mais derrière la façade moderne, une nouvelle Simone apparaît. L’actrice indépendante s’efface. Elle devient “l’esclave d’amour” de Montand, son idole. Elle est inféodée, le regard levé vers lui avec une admiration sans bornes. Elle met sa carrière entre parenthèses pour le suivre en tournée, devenant sa “groupie”, son habilleuse, sa maquilleuse. Elle refuse des films pour être à ses côtés.
Elle est pourtant bien plus que cela. En coulisses, c’est elle qui le corrige, qui l’aide dans sa carrière, qui dirige la mise en scène de ses spectacles. C’est un jeu de pouvoir subtil entre le “macho italien” et l’intellectuelle, un “jeu un peu sadomaso” où chacun domine à sa façon. C’est ce même amour qui manque de lui faire rater le rôle de sa vie. En 1951, Jacques Becker lui propose “Casque d’Or”. Elle hésite, pleure à la gare, ne voulant pas quitter Montand. Le train repart sans elle. Elle appelle Becker pour refuser. Le réalisateur, manipulateur de génie, lui lance : “Très bien Simone, vis ton histoire d’amour, je vais trouver une autre comédienne”. L’orgueil de l’actrice est piqué. La légende peut commencer. Sur le plateau, elle est “illuminée par son amour pour Montand”.
Leur vie s’installe Place Dauphine, dans un appartement qu’ils surnomment “la Roulotte”. C’est une vie communautaire, un clan à l’italienne avec la famille de Montand. Simone y découvre des convictions politiques plus radicales. Le couple devient compagnon de route du Parti communiste. Ils sont fascinés par l’idéal d’une société nouvelle. Un idéal qui les aveugle. Ils se mettent des œillères, refusant de voir la réalité des camps de concentration en Union soviétique.
La première fissure survient en 1956. Les chars soviétiques écrasent l’insurrection de Budapest. C’est une “douche effrayante”. Le doute s’installe. À “la Roulotte”, c’est le psychodrame : Montand doit-il honorer sa tournée prévue dans les pays de l’Est ? Les intellectuels communistes les supplient de partir, les autres de rester. Ils crient, ils pleurent, ils se disputent. Finalement, ils partent, accueillis comme des ministres à Moscou. Mais le voyage est une mascarade orchestrée. Ils sont trimballés d’usine en dîner officiel et ne voient rien du pays réel. Simone n’est pas dupe. Elle entend les appels à l’aide. Le retour en France est un “tremblement de terre”. Le rêve s’est détruit. La belle harmonie familiale de la Place Dauphine explose.
Fin 1959, le destin bascule à nouveau. Le couple, longtemps blacklisté, obtient enfin un visa pour l’Amérique. C’est le triomphe. À New York, Simone, qui accompagne son mari, découvre avec surprise que les chauffeurs de taxi la reconnaissent. Un petit film anglais, “Room at the Top” (Les Chemins de la haute ville), que la France a boudé, a fait d’elle une star aux États-Unis. Pendant que Montand triomphe à Broadway, il reçoit une proposition : un premier rôle face à Marilyn Monroe dans “Le Milliardaire”. Le couple s’installe à Los Angeles, dans des bungalows voisins. Simone et Marilyn deviennent amies. Simone, touchée par la fragilité de “l’oiseau frileux”, se sent protectrice.

C’est à ce moment-là que la gloire frappe. Le 4 avril 1960, contre toute attente, face à Audrey Hepburn et Elizabeth Taylor, Simone Signoret remporte l’Oscar de la meilleure actrice. Elle est la première Française à recevoir la statuette suprême. L’émotion est immense. Mais ce triomphe installe un nouvel équilibre. Montand peine à cacher son agacement. Le défi entre eux n’est plus seulement artistique. Simone, lucide, a vu naître l’idylle entre son mari et Marilyn Monroe.
Elle doit pourtant partir à Rome pour un tournage, laissant Montand seul à Hollywood. “Ce qui devait arriver arriva”. C’est Montand lui-même qui avouera la liaison à un journaliste à son retour à Paris. Le scandale est mondial. Simone, toujours en Italie, est traquée. Elle devient la “cocue officielle”. Le 8 juillet 1960, elle rentre à Paris. L’aéroport est un cirque médiatique. Le monde entier attend de voir la réaction de la femme bafouée. Montand est inquiet. Elle descend de l’avion, elle fait face. Elle assume, elle gère, elle le “couvre”. Ils s’embrassent comme si de rien n’était. C’est une leçon d’abnégation. Elle pardonne, car Montand revient vers elle. Mais au détour d’un flash, son visage trahit la blessure. Plus rien ne sera jamais comme avant.
Ce drame public s’ajoute à une tragédie intime survenue un an plus tôt : la mort de son jeune frère, Alain, qu’elle avait quasiment élevé. Il s’est noyé lors d’un tournage. Ce fut une douleur “terrible”. Elle qui ne pleurait jamais s’est enfermée et a pleuré pendant des jours.
En 1960, Simone Signoret est une femme deuillée, trahie. L’amour absolu est une utopie. Elle change. Et ce changement va s’inscrire sur son visage. Sur le tournage du film “Les Mauvais Coups”, elle joue une femme alcoolique et trompée. Un rôle miroir. Les photographes la harcèlent. Elle, qui n’a que 40 ans, mange trop, boit trop, “s’abîme”. Sa propre fille, la voyant à l’écran, murmure : “Qu’est-ce qu’elle a vieilli”. Simone assume ce “laisser-aller”. L’alcool, le whisky dilué dans l’eau, devient un compagnon.
C’est une part d’autodestruction, mais aussi “une forme de vengeance inconsciente” à l’égard de Montand. Le macho italien ne supportait pas qu’elle s’abîme. Puisqu’il l’avait trahie avec une beauté, elle allait lui “offrir un visage abîmé, détruit”. Elle savait qu’il ne la quitterait pas. S’il n’était pas parti pour Marilyn, il ne partirait pour personne.
Elle se moque publiquement de son âge, mais en privé, elle pleure en découvrant sa première ride à 30 ans. De cette métamorphose, elle va faire une seconde carrière. Elle devient l’inoubliable Madame Rosa dans “La Vie devant soi”. Elle est “déglinguée”, mais formidable. Elle obtient le César. Montand, lui, a cette phrase cruelle qui résume le drame : “Je me suis couché avec Casque d’Or et je me réveille avec Madame Rosa”.
Leur couple survit, mais se transforme. Dans leur maison d’Auteuil, rendez-vous de toute l’intelligentsia de gauche, les scènes de ménage deviennent une “attraction” pour les invités. Il lui reproche de trop manger ; elle se moque de ses infidélités. Elle est triste, mais ne se confie jamais. Pour garder cet homme, elle adopte une nouvelle tactique : elle devient sa mère, “son Grand-fils”. C’est une mère indulgente qui pardonne les frasques de son enfant.

Tandis que Montand continue de séduire, Simone trouve une nouvelle voie : l’écriture. Son premier livre, “La nostalgie n’est plus ce qu’elle était” (1976), est un immense succès. C’est plus qu’une autobiographie, c’est le témoignage d’une génération qui s’est trompée en croyant au communisme. Ce succès lui fait “peut-être encore plus plaisir” qu’un triomphe au cinéma. Elle n’est plus seulement l’actrice, la femme de Montand. Elle est écrivain. Une identité qui lui permet de lui dire : “Toi tu es plus beau que moi, mais moi, je suis écrivain”.
Elle devient une conscience morale, une “vigile” des droits de l’homme, appelant les journalistes à 3h du matin pour commenter l’actualité. Son dernier combat, elle le mène contre la maladie et la cécité pour écrire son roman “Adieu Volodia”. Elle y parvient. Mais le cancer la ronge. Jusqu’au bout, sa lucidité est stupéfiante. À sa fille qui lui prend la température, elle lance : “Mais le cancer, ça donne pas de fièvre”.
Lors de sa dernière promenade dans son jardin, épuisée, elle tente de monter l’escalier et dit, avec une ironie tragique : “Tu vois, Madame Rosa elle montait l’escalier… mais c’était pas ça. Ça, je l’aurais fait mieux maintenant”. Elle meurt le 30 septembre 1985. Ses funérailles provoquent un déluge d’hommages. Simone Signoret laissait derrière elle l’image d’une femme de “rigueur et de liberté”, une femme qui n’avait rien prémédité, mais qui avait vécu chaque étape intensément. “Je recommence tout”, disait-elle. “Rien à jeter”.
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