Paris, Assemblée Nationale – Il est des moments, dans la vie politique française, où le langage feutré et les politesses d’usage volent en éclats pour laisser place à la crudité du réel. Ce jour-là, dans l’hémicycle, ce n’était pas un simple débat budgétaire, c’était un procès. Le procès d’une gestion, d’une méthode, et surtout d’une impunité qui semble être devenue la norme au sommet de l’État. Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement National, a pris la parole non pas pour poser une question, mais pour délivrer une sentence, cinglante et sans appel, face à une majorité présidentielle et une ministre, Amélie de Montchalin, restées cois.
Le Choc des Mondes : Privé vs Public
L’attaque est partie d’un constat chiffré, implacable : 40 milliards d’euros. C’est le montant de l’écart, de “l’erreur” sur les dépenses publiques reprochée au gouvernement. Pour le commun des mortels, ce chiffre est abstrait, vertigineux. Mais Jean-Philippe Tanguy a eu l’intelligence tactique de le ramener à une réalité que tout travailleur comprend : celle de la responsabilité professionnelle.
“Dans le privé, quand on annonce une erreur de 40 milliards… vous dégagez tous !” a-t-il tonné, brisant le ronronnement habituel des séances parlementaires. L’argument porte car il touche une corde sensible chez des millions de Français. Qui, dans son entreprise, pourrait survivre à une telle faute ? Quel directeur financier pourrait conserver son poste après s’être trompé de telles proportions dans ses prévisions ?
Tanguy appuie là où ça fait mal. Il déconstruit le mythe de la “Start-up Nation” et de la compétence technocratique dont se targue la Macronie depuis 2017. “Vous êtes toujours en train de parler de l’économie privée, de votre grande connaissance de l’entreprise”, lance-t-il avec ironie. En les mettant face à leurs propres valeurs supposées – l’efficacité, le résultat, la reddition de comptes – il les piège. Si le gouvernement fonctionnait comme une entreprise cotée, ses dirigeants auraient été remerciés “sans indemnités” et, ajoute-t-il cruellement, “bon débarras”.
L’Excuse de la Crise ne prend plus
Face à ces accusations, la défense du gouvernement est rodée : le contexte international, la guerre en Ukraine, les événements climatiques. Des arguments balayés d’un revers de main par l’orateur. “Faut peut-être pas exagérer”, rétorque-t-il, rappelant avec un sens de la formule historique que même sous l’Ancien Régime, les catastrophes ne faisaient pas disparaître un tiers du PIB sans conséquences.
Pour Tanguy, ces excuses sont des paravents pour masquer une réalité plus crue : “Vous vous êtes trompés, vous êtes incompétents”. La charge est violente, mais elle résonne avec le sentiment d’une partie de l’opinion publique qui a l’impression que l’exécutif navigue à vue, rejetant systématiquement la faute sur des facteurs exogènes – “les petits colis chinois”, la géopolitique – sans jamais se remettre en question.
France Télévisions : Le Symbole du Gaspillage ?
Mais le député ne s’arrête pas aux chiffres macro-économiques. Il plonge dans les dossiers concrets, ceux qui illustrent, selon lui, la gabegie ambiante. Dans son viseur : l’audiovisuel public et la gestion de France Télévisions. S’appuyant sur un rapport de la Cour des Comptes, il dénonce une gestion “clouée au pilori”.
Il évoque des “dépenses somptuaires”, une gestion des ressources humaines défaillante qui “embarque des ondes de gens” qui n’ont rien demandé. Là encore, le parallèle avec le manque de sanctions est saisissant. Malgré les rapports accablants, malgré les milliards d’euros d’argent public injectés (4 milliards par an, rappelle-t-il), les dirigeants sont reconduits. “On demande aucune explication”, s’indigne-t-il.
C’est ici que se dessine le portrait d’une caste intouchable. Ces hauts fonctionnaires ou dirigeants d’organismes parapublics qui sont “toujours responsables de rien, responsables de tout sauf du chèque qu’ils prennent chaque mois”. Cette phrase, d’une violence sociale inouïe, cristallise le ressentiment contre une élite perçue comme étant au-dessus des lois de la gravité économique qui s’appliquent au reste de la population.

“Des Ploucs et des Pignoufs” : La Déconnexion de Bercy
Au-delà des milliards, c’est la déconnexion humaine qui est pointée du doigt. Jean-Philippe Tanguy se fait le porte-voix des “retours terrain”, cette expression technocratique pour désigner la vie réelle des gens. Il parle de la TVA, de l’inflation, de ces classes moyennes qui “ne peuvent plus payer la viande pour leurs enfants”.
L’image est forte, concrète. Elle tranche avec les graphiques et les courbes de croissance. Et la réponse supposée de Bercy ? Le mépris. “Bercy n’écoute jamais les retours terrain puisqu’ils considèrent que les députés sont des ploucs et des pignoufs”, assène-t-il. En utilisant ces termes familiers, presque désuets, il cherche à créer une complicité avec le spectateur, à creuser le fossé entre “eux” (les technocrates parisiens déconnectés) et “nous” (le peuple et ses représentants locaux).
Il dénonce une cécité volontaire du ministère de l’Économie qui préfère croire que “la TVA est belle parce que les gens ont plus d’argent”, une vision que le député qualifie d’hallucination face à la réalité de la baisse de la consommation populaire.
Un Silence Assourdissant
Ce qui frappe dans cette séquence vidéo, c’est aussi ce qu’on n’entend pas : la réplique. Comme le titre de la vidéo l’indique, “personne ne moufte”. Face à la virulence de l’attaque, la majorité semble encaisser, peut-être sidérée par la brutalité du propos ou à court d’arguments face à l’évidence des chiffres avancés (les rapports de la Cour des Comptes étant des documents officiels difficiles à contester).
Jean-Philippe Tanguy conclut son intervention par une note d’envie ironique envers le secteur privé. “J’envie assez franchement les entreprises cotées parce que je me dis, au moins, si j’étais actionnaire du macronisme, je pourrais tous vous dégager.” Une punchline finale qui résume tout son propos : le désir d’une responsabilité politique réelle, où l’échec a des conséquences.
Cette intervention est symptomatique d’un climat politique de plus en plus tendu, où l’opposition ne se contente plus de critiquer les choix idéologiques, mais attaque frontalement la compétence et la légitimité professionnelle de ceux qui gouvernent. En ramenant le débat sur le terrain de la gestion d’entreprise (“vous seriez virés”), Tanguy parle un langage que tout salarié comprend, rendant la critique d’autant plus percutante et virale. Reste à savoir si, au-delà du “clash” sur les réseaux sociaux, ces 40 milliards trouveront une explication autre que le silence gêné des bancs du gouvernement.

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