Il est des légendes qui se construisent sur la gloire, et d’autres qui s’érigent sur les décombres de la douleur. Serge Lama appartient sans nul doute à la seconde catégorie. À l’aube de ses 80 ans, celui qui a fait frissonner la France entière avec « Je suis malade » a décidé de lever le voile sur les zones d’ombre de son existence. Ce n’est pas un simple bilan de carrière, mais une plongée brutale dans les abysses d’un homme qui a fait de ses cicatrices son plus bel instrument. Entre haines tenaces, deuils insurmontables et secrets de famille, Serge Lama nomme enfin ceux qu’il ne pourra jamais pardonner.

« Ma mère était un monstre » : Le premier traumatisme

C’est sans doute la révélation la plus glaçante de ses récents entretiens. Derrière l’image du poète mélancolique se cache un enfant meurtri par l’absence d’amour maternel. « Ma mère était un monstre », a-t-il lâché, une phrase qui a figé le pays. Georgette Chauvier, femme dure et froide, aurait, selon l’artiste, toujours méprisé sa sensibilité et rejeté ses succès. Ce manque d’affection originel a laissé une faille que même des millions d’applaudissements n’ont jamais pu combler. C’est le premier nom sur sa liste invisible : celui de la femme qui l’a mis au monde mais ne l’a jamais aimé.

1965 : La nuit où tout a basculé

Le 12 août 1965 reste la date charnière de sa vie. Un terrible accident de voiture coûte la vie à sa fiancée de l’époque, la talentueuse pianiste Liliane Benelli. Serge Lama, éjecté du véhicule, survit par miracle mais ressort brisé. Des mois d’hospitalisation et une dizaine de fractures marquent le début d’une “condamnation à souffrir à vie”. Il ne pardonnera jamais au destin, ni peut-être au conducteur (décédé sur le coup), cette nuit qui a emporté son premier grand amour et sa jeunesse insouciante. Toute son œuvre sera dès lors imprégnée de cette culpabilité du survivant.

Des rivalités silencieuses et des honneurs refusés

Dans le monde feutré mais impitoyable du show-business, Serge Lama a toujours été un électron libre. Il n’appartient à aucun clan et ne mâche pas ses mots. Ses tensions avec Dalida, pour qui il avait écrit « Je suis malade », sont restées célèbres : une incompréhension artistique qui a laissé des traces. Sa rivalité muette avec Michel Sardou, qu’il jugeait trop “spectaculaire” face à sa propre recherche d’intimité, a également nourri les tabloïds de l’époque.

Plus frappant encore, son refus catégorique de recevoir une Victoire d’honneur en 2013. « Je n’ai pas besoin d’un hommage tardif », a-t-il cinglé. Une manière de dire non à une institution qu’il juge hypocrite. Pour Lama, la reconnaissance se trouve dans les yeux de son public, pas dans un trophée doré remis par un système qu’il exècre.

Frédéric Lama : Le fils face au patriarche

Serge Lama: "à un âge, il faut savoir s'arrêter..."

La relation avec son fils Frédéric est également au cœur de ses réflexions actuelles. Serge Lama admet avoir été un “père absent”, dévoré par ses tournées et ses démons intérieurs. S’il ne s’agit pas d’un manque de pardon, il s’agit d’un profond regret. Frédéric, devenu comédien, a dû grandir dans l’ombre écrasante de ce père-monument. Aujourd’hui, les liens semblent se renouer discrètement, mais les silences du passé pèsent encore lourd sur leurs épaules.

La rumeur de la fortune fantôme

L’homme de douleur est-il aussi un homme de fer ? Une rumeur tenace, née d’un site satirique mais prise au sérieux par certains, lui prêtait une fortune de 185 millions d’euros. Une allégation qui a profondément blessé l’artiste. « Je n’ai jamais couru après l’argent », a-t-il martelé. En vérité, son luxe à lui réside dans sa maison du Vexin et ses livres. Ce soupçon de cupidité est une autre blessure qu’il ne pardonne pas aux médias, lui qui a toujours privilégié la sincérité brute aux profits faciles.

« Aimer » : Le testament d’un écorché

En 2022, il sort son ultime album, sobrement intitulé Aimé. C’est sa lettre d’adieu. Il y évoque ses blessures « comme une brûlure qui réchauffe ». À 79 ans, Serge Lama ne cherche plus à plaire. Il cherche à être en paix avec ses fantômes. S’il ne pardonne pas à ceux qui l’ont brisé, il a appris à vivre avec leurs ombres.

Sa trajectoire est celle d’un survivant du cœur qui a transformé la haine et la souffrance en poésie universelle. Aujourd’hui, Serge Lama se retire peu à peu, laissant derrière lui une voix grave et des textes qui continueront de panser les plaies de ceux qui, comme lui, ont un jour eu le sentiment de ne pas être aimés. Est-il enfin en paix ? Seul le silence qui suit ses dernières chansons semble détenir la réponse.

Serge Lama et la mort de sa femme : "Elle a été la mère que je n'ai pas  eue" - Purepeople