Dans le monde souvent opaque de l’agro-industrie, une révélation vient secouer les fondations de notre alimentation quotidienne. L’hexane, un hydrocarbure proche du White Spirit, est massivement utilisé pour extraire les huiles de nos graines oléagineuses et se retrouve, en toute légalité, dans nos assiettes. Cette pratique, longtemps passée sous silence, expose les consommateurs à des risques neurologiques et reproductifs insoupçonnés, comme le révèle une enquête explosive menée par le journaliste d’investigation Guillaume Coudray.

« Il faut comprendre que l’hexane a été choisi parce que cet hydrocarbure a une capacité extraordinaire à dissoudre les graisses. Notre corps est plein de graisses, donc l’hexane a une tendance à se bioaccumuler, à se fixer dans les graisses et après être relâché et se transformer en molécules neurotoxiques qui vont avoir un effet sur notre cerveau notamment, donc sur notre système nerveux, sur notre moelle épinière et sur l’ensemble de notre corps », explique Coudray, auteur de l’enquête glaçante « De l’essence dans nos assiettes » (éditions La Découverte).

L’Hexane : Un Solvant Industriel Insoupçonné dans nos Aliments

L’idée d’utiliser ce solvant remonte aux années 1930, lorsque des industriels américains ont découvert sa capacité à extraire plus d’huile des graines et des fruits qu’avec les méthodes traditionnelles. En France, cette technologie s’est généralisée après la Seconde Guerre mondiale, devenant la norme dans la plupart des usines traitant les oléagineux. Aujourd’hui, que ce soit pour le tournesol, le soja, le colza, la lécithine ou les protéines végétales, l’hexane est omniprésent dans le processus d’extraction.

Le plus choquant ? Ce procédé est un “secret de polichinelle” pour les industriels, mais un mystère total pour le grand public. « On a l’impression que c’est quelque chose d’assez courant, tout le monde était au courant dans l’industrie agroalimentaire, sauf le consommateur », souligne le journaliste. Si des résidus d’hexane se retrouvent dans une quantité significative de produits, y compris le lait, et même le lait infantile, les industriels affirment que ces traces sont infimes et toujours « au-dessous de la limite légale ».

Mais c’est précisément là que le bât blesse. Cette limite légale ne garantit en rien l’innocuité. Car ce que l’on ignorait pendant des décennies, c’est que l’hexane n’est pas neutre. Il se métabolise dans le corps pour se transformer en une molécule encore plus dangereuse : la 2,5-hexanedione.

Des Dangers Réels et Scientifiquement Documentés

Les risques pour la santé sont de deux ordres, clairement établis par la science :

Maladies neurologiques

      : L’hexane est un neurotoxique confirmé. Il attaque le système nerveux, c’est-à-dire le cerveau, la moelle épinière et le système nerveux périphérique. Des maladies comme Parkinson et diverses neuropathies peuvent être liées à cette exposition.

Reprotoxicité

    : L’hexane est également toxique pour le système reproducteur. Chez les hommes, il attaque la spermatogenèse, endommageant les tubes séminifères qui fabriquent les spermatozoïdes. Chez les femmes, il s’en prend aux cellules qui protègent les ovules et permettent leur maturation.

Le mécanisme est bien compris et similaire chez les humains et les autres mammifères : l’hexane et ses métabolites, substances issues de l’hexane après ingestion, vont directement attaquer ces fonctions vitales.

Des Traces Partout, Y Compris dans l’Alimentation Animale

L’hexane n’affecte pas seulement les huiles végétales directement consommées par l’homme. Les résidus de l’extraction à l’hexane sont massivement utilisés pour nourrir les animaux d’élevage. Dans ce secteur, la dose autorisée est particulièrement élevée, pouvant atteindre légalement 1 kg d’hexane par tonne de “tourteaux industriels”.

Bien que les industriels estiment qu’une partie de l’hexane s’évapore, la quantité résiduelle reste considérable. Et là encore, l’impact sur la santé animale, et par ricochet sur la nôtre, est mal connu. « On ne sait pas exactement ce qui se passe quand les animaux que nous allons manger, quand on va manger du cochon, quand on va manger de la vache ou du mouton, ou du poulet, eh bien, il faut comprendre que l’hexane a été choisi parce que cet hydrocarbure a une capacité extraordinaire à dissoudre les graisses », rappelle Guillaume Coudray. Ainsi, l’hexane peut se bioaccumuler dans les graisses des animaux que nous consommons, puis être relâché dans notre organisme, se transformant en molécules neurotoxiques.

Vers un Nouveau Scandale Sanitaire ? L’Espoir de la Transparence

Ce nouveau scandale potentiel n’est pas une première pour Guillaume Coudray, qui avait déjà révélé la présence des nitrites dans le jambon. Son enquête avait alors provoqué un écho considérable, menant progressivement au retrait des nitrites des jambons, une substance qui, il s’est avéré, ne servait pas à grand-chose sinon à donner une couleur très rose au produit.

Coudray est optimiste quant à la possibilité de faire bouger les lignes. Selon lui, la clé réside dans la transparence et la prise de conscience du public. « Pour l’instant, l’hexane ne pose pas de problème aux industriels parce que, tout simplement, les consommateurs ne sont pas au courant qu’il y a des traces résiduelles d’hexane dans les produits qu’ils consomment. »

Il est convaincu que lorsque les consommateurs français comprendront que des femmes enceintes, des embryons (car les résidus d’hexane peuvent passer très facilement la barrière placentaire et atteindre l’embryon), les personnes fragiles et les personnes prédisposées sont exposées à des risques démesurés, notamment neurologiques, une mobilisation s’opérera.

« Je pense que, comme ce qui s’était passé sur le nitrite et le risque de cancer, il va y avoir, en tout cas je l’espère, une mobilisation des ONG et des organisations sur le risque de l’hexane et ses risques toxiques », conclut le journaliste. L’histoire des nitrites a montré que l’information et la pression citoyenne peuvent faire reculer l’agro-industrie. Reste à voir si la révélation de l’hexane dans nos assiettes aura le même impact, poussant les autorités sanitaires à agir pour protéger la santé des consommateurs face à ce “secret de polichinelle” lourd de conséquences.