L’énigme Roland Courbis : Entre passion du ballon rond et pactes de silence

Le 12 janvier 2026, une voix familière s’est éteinte, laissant le monde du football français dans un silence inhabituel. Roland Courbis, alias “Coach Courbis”, est décédé à l’âge de 72 ans. Si la France pleure l’entraîneur charismatique et le consultant à la verve légendaire, une ombre persiste : celle des secrets qu’il a emportés avec lui dans la tombe. De Marseille à Calvi, en passant par les tribunaux, retour sur le parcours d’un homme qui a navigué sur les eaux les plus troubles du sport et des affaires.

L’enfant de Marseille forgé par la rue

Né en 1953 dans un Marseille bouillonnant, Roland Courbis a grandi dans une ville où la loyauté est une monnaie plus précieuse que l’argent. Très tôt, sur les terrains poussiéreux, il apprend la règle d’or : “Tout le monde se connaît, mais personne ne dit tout.” Ce précepte deviendra le fil conducteur de sa vie. Défenseur rugueux sur le terrain, il se forge un caractère d’acier, comprenant que pour survivre dans le milieu professionnel, le talent ne suffit pas ; il faut savoir à qui tourner le dos.

Le traumatisme de Calvi : Le jour où tout a basculé

Juillet 1996. Le port de Calvi est baigné par une chaleur écrasante. Une fusillade éclate. Dominique Rutili, président du FC Calvi, est abattu. À ses côtés, Roland Courbis s’effondre, une balle logée dans l’épaule. Il vient de frôler la mort. Cet événement marque une rupture brutale. Face aux enquêteurs, Courbis oppose un mutisme glacial : “Je n’ai rien vu, rien entendu et je ne dirai rien.” Pour beaucoup, ce jour-là, l’homme public est devenu une forteresse. Ce silence n’était pas seulement une défense judiciaire, c’était un pacte de survie dans un monde où la mafia corse et le football s’entremêlaient dangereusement .

Les années OM : La gloire sous surveillance

Nommé à la tête de l’Olympique de Marseille en 1997, Courbis devient le héros d’une ville qui cherche à oublier les scandales de l’ère Tapie. Il emmène le club en finale de la Coupe UEFA en 1999, galvanisant les foules avec son accent chantant. Pourtant, derrière la magie du Vélodrome, les enquêteurs de la DNCG et de la justice s’activent. Transferts opaques, commissions floues, joueurs sud-américains aux contrats mystérieux… Le “système Courbis” est dans le viseur. Malgré 98 jours de détention provisoire dans l’affaire de la caisse noire de Toulon, il ne livrera jamais de noms, préférant endosser le rôle de la cible idéale .

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“Ce qu’on ne dit jamais” : Les dernières confessions

Dans ses dernières années, le consultant vedette de RMC semblait hanté par le poids de ses silences. Quelques semaines avant sa disparition, il enregistrait une chronique intitulée “Ce qu’on ne dit jamais”, évoquant la loyauté et la peur sans jamais nommer ses détracteurs. “Le silence est parfois le seul moyen de rester libre ou de rester en vie”, confiait-il, tel un message codé . À sa mort, aucun manuscrit secret, aucune révélation posthume n’a été trouvée. Roland Courbis a choisi la fidélité ultime à ses principes, préférant emporter ses vérités plutôt que de rallumer des brasiers.

Un héritage en pointillés

Aujourd’hui, que reste-t-il de Roland Courbis ? L’image d’un technicien brillant, d’un meneur d’hommes exceptionnel, mais aussi celle d’un équilibriste ayant réussi à rester debout là où tant d’autres se sont effondrés. Sa disparition tourne une page sombre et fascinante du football français, celle des enveloppes brunes et des amitiés sulfureuses. Courbis était le dernier témoin d’une époque où le terrain n’était que la partie émergée d’un iceberg complexe et dangereux. En choisissant le silence, il est resté, jusqu’au bout, le maître de sa propre légende.

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