Le monde du cinéma est en deuil, mais au-delà de la perte d’un immense artiste, c’est une révélation posthume qui secoue aujourd’hui les collines d’Hollywood. Robert Redford, l’éternel « Golden Boy » du cinéma américain, s’est éteint à l’âge de 88 ans, laissant derrière lui un héritage monumental, mais aussi un texte bouleversant qui redéfinit l’image de l’homme que nous pensions connaître.

Pendant des décennies, Redford a incarné la droiture, l’élégance morale et une réserve presque monastique. Pourtant, dans une lettre personnelle rendue publique par ses proches après son décès le 10 septembre 2025, l’acteur et réalisateur a choisi de lever le voile sur ses zones d’ombre. Il y nomme cinq personnes, cinq figures de sa vie, qu’il a décidé de ne jamais pardonner. Ce n’est pas un cri de haine, mais un constat de lucidité : « J’ai choisi de ne pas offrir le pardon », écrivait-il.

L’origine d’un homme de convictions

Né en 1936, Robert Redford a construit sa carrière sur un refus systématique du compromis. Après avoir perdu son père très jeune, il s’est forgé une volonté de fer, voyageant en Europe avant de conquérir Broadway, puis le monde entier avec des chefs-d’œuvre comme Butch Cassidy et le Kid. Mais derrière le succès, Redford menait un combat plus profond : celui de l’indépendance. En créant le Sundance Institute en 1981, il s’est attiré les foudres des grands studios qui voyaient en lui une menace pour l’industrie commerciale. C’est dans ce terreau de résistance que sont nées les premières fissures, celles qui ont mené aux trahisons qu’il n’a jamais oubliées.

Cinq noms, cinq blessures ouvertes

La liste de Redford n’est pas une simple énumération ; c’est une cartographie de ses désillusions. Parmi les noms cités, on retrouve des icônes avec qui il a partagé l’affiche, mais dont les relations en coulisses étaient bien plus complexes qu’il n’y paraissait.

1. Barbra Streisand : L’invasion émotionnelle Leur collaboration dans Nos plus belles années (The Way We Were) est légendaire. Pourtant, Redford a confié s’être senti “envahi”. Tandis que Streisand cherchait une proximité intime, Redford, protecteur de son espace personnel, a vécu cette insistance comme une agression émotionnelle qu’il n’avait pas choisie. Une cicatrice discrète, mais indélébile.

2. Jane Fonda : La trahison du silence Amis de longue date, leurs visions du militantisme divergeaient. Redford, adepte de la réserve, n’a jamais digéré certaines prises de position publiques de Fonda qu’il considérait comme une trahison de leur complicité privée. Le silence, pour lui, était une forme de respect qu’elle aurait, selon lui, brisé au profit de l’éclat médiatique.

3. Le journaliste félon En 1996, un portrait cruel publié dans un grand magazine le décrivait comme un homme “usé et anachronique”. Ce qui a blessé Redford n’était pas la critique, mais la trahison d’une conversation privée tenue en toute confiance des années plus tôt. Pour un homme dont la parole était sacrée, ce vol d’intimité était impardonnable.

4. L’allié de Sundance devenu saboteur Dans sa quête pour un cinéma indépendant, Redford a découvert que d’anciens alliés travaillaient dans l’ombre pour couper les financements de son festival. Ces pressions sournoises pour rendre Sundance “plus commercial” ont été vécues par l’acteur comme un coup de poignard dans le dos de la création artistique.

5. Le réalisateur au montage truqué Enfin, Redford évoque un ancien ami réalisateur avec qui il produisait un film indépendant. Ce dernier avait secrètement modifié le montage final pour le rendre “plus vendable”, détruisant, selon Redford, l’âme même du projet. Pour lui, la trahison artistique était l’offense suprême.

Robert Redford, l'acteur au regard bleu, s'éteint à 89 ans - Mes Plaisirs  Magazine

Un départ dans la dignité et l’honnêteté

Le 10 septembre 2025, dans sa résidence de l’Utah, Robert Redford s’est éteint calmement. Sur sa table, un dernier carnet ouvert révélait cette phrase : « Je ne pourrais jamais oublier ce que ces cinq personnes m’ont pris… pas des choses, mais des élans. »

Cette révélation ne ternit pas sa légende. Au contraire, elle l’humanise. Elle nous montre un homme qui, jusqu’à son dernier souffle, a refusé de jouer le jeu des faux-semblants. Le pardon, souvent présenté comme une obligation morale, est ici traité comme une liberté individuelle. Redford nous enseigne que l’élégance n’est pas l’oubli, mais l’honnêteté envers ses propres blessures.

Aujourd’hui, alors que les hommages de Barbra Streisand et Jane Fonda affluent, soulignant le “mystère” et la “force” de l’acteur, on ne peut s’empêcher de relire ces mots de sa compagne, Sibylle Szaggars : « Le pardon n’est pas un devoir, c’est un choix. » Robert Redford est parti selon ses propres termes : fidèle à lui-même, entier, et sans compromis. Une ultime leçon de vie d’un homme qui a préféré la vérité du silence aux mensonges de la réconciliation forcée.

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