Le nom de Richard Desjardins résonne comme un écho puissant dans les vallées de l’Abitibi et les rues de Montréal. À 77 ans, celui qui est né le 16 mars 1948 à Rouyn-Noranda reste l’une des figures les plus emblématiques et les plus intègres de la culture canadienne. Mais derrière l’image du militant infatigable et du poète à la voix de roc se cache une vulnérabilité que le public commence à peine à entrevoir. Dans une introspection touchante, Richard Desjardins revient sur un demi-siècle de carrière, marqué autant par la gloire que par des chagrins restés longtemps silencieux.
Une enfance forgée dans la mine et la poésie
Fils d’une famille ouvrière, Richard a grandi entre un père mineur, Fernand, et une mère femme au foyer, Marie-Claire. Dans cet environnement rude où chaque sou comptait, la musique et la littérature sont devenues ses véritables exutoires. Avant d’être la star que l’on connaît, il a été un homme de terrain, exerçant des métiers manuels comme mineur et ouvrier du bâtiment. Ces racines profondes ont imprégné toute son œuvre, lui insufflant cette authenticité brute qui touche au cœur.

Sa carrière, lancée dans les années 70 avec le groupe Abitibi, n’a pas été un long fleuve tranquille. Le choc de la dissolution du groupe à la fin de cette décennie l’a laissé en larmes dans sa petite maison de Rouyn, persuadé que ses rêves s’envolaient. Pourtant, c’est en solo que Richard va véritablement exploser. Avec des albums comme Les derniers humains (1981) et surtout le chef-d’œuvre Tu m’aimes-tu (1990), vendu à plus de 100 000 exemplaires, il s’impose comme un pilier de la chanson québécoise.
Les combats d’un homme face à la destruction de sa terre
Richard Desjardins n’est pas qu’un chanteur ; c’est une conscience sociale. Son passage au cinéma documentaire a marqué l’histoire du Québec. Qui peut oublier L’Erreur boréale (1999) ? Ce film, réalisé avec Louis Bélanger, a provoqué un véritable séisme politique en dénonçant la déforestation massive. Richard raconte aujourd’hui l’épuisement total, les dix heures de travail quotidiennes seul dans les bois, et les larmes d’angoisse face à l’ampleur de la tâche. Pour lui, voir sa ville natale et ses forêts détruites par les industries était une souffrance personnelle, le sentiment déchirant que son enfance était littéralement passée sous la hache.
Les blessures de l’âme : la perte du père
Si les échecs professionnels ont parfois fait mal, comme l’accueil mitigé de l’album Kanasuta en 2003, ce sont les pertes personnelles qui ont laissé les cicatrices les plus profondes. Le décès de son père en 1985, emporté par une maladie pulmonaire due à la poussière de mine, a été le tournant le plus sombre de sa vie. “Mon père est celui qui m’a donné de la force”, confie-t-il avec émotion. Le vide laissé par ce compagnon de pêche et de vie a transformé son rapport au monde. Chaque larme versée depuis est devenue une note de musique, une ligne de poésie.

Amour et solitude : l’envers du décor
Sa vie privée, bien que protégée, a également connu ses zones d’ombre. Marié pendant plus de 20 ans à la journaliste et écrivaine Lise Bissonnette, Richard admet aujourd’hui avec une honnêteté désarmante que sa personnalité introvertie et les exigences de sa carrière ont parfois créé une distance douloureuse. “Je me sens triste parce que parfois je la laisse seule”, avouait-il, évoquant ces nuits passées dans des chambres d’hôtel à regretter le temps qu’il ne pouvait offrir à celle qu’il qualifiait de “meilleure compagne”.
Un héritage immense et une vie simple
Malgré une fortune estimée à environ 5 millions de dollars canadiens — fruit de 500 000 albums vendus et de multiples tournées — Richard Desjardins est resté fidèle à lui-même. Entre sa maison de Montréal et sa cabane en bois en Abitibi, il mène une vie loin du faste, préférant la vue sur les pins et les lacs tranquilles aux tapis rouges. Sa collection de voitures, une vieille Jeep et une modeste hybride, reflète cette volonté de rester proche de la nature qu’il défend si ardemment.
Aujourd’hui, à 77 ans, l’homme regarde en arrière sans amertume. Il admet enfin que chaque épreuve, chaque moment de solitude et chaque larme ont été nécessaires pour construire l’artiste qu’il est devenu. Richard Desjardins reste ce “peuple invisible” à lui seul, une voix qui continue de porter les espoirs et les douleurs d’une nation tout entière. Sa confession est un cadeau de lucidité et d’humanité pour tous ceux qui, un jour, ont murmuré les paroles de “Quand j’aime une fois, j’aime pour toujours”.

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