Ce que vous allez lire aujourd’hui n’est pas une simple chronique musicale. Ce n’est pas non plus le récit d’une énième tournée. C’est le cri brut, viscéral et profondément douloureux d’un homme qui, à 73 ans, regarde dans le rétroviseur et dresse une liste. Une liste de noms, de visages et de blessures que le temps n’a pas réussi à effacer. Renaud, l’éternel rebelle à la voix cassée, celui qui a chanté pour les paumés et les marginaux, sort de sa réserve pour nommer ceux à qui il ne pardonnera jamais.

L’ascension d’un Gavroche au cœur tendre

Né en mai 1952 à Paris, Renaud Séchan n’était pas destiné à devenir l’idole des quartiers populaires. Fils d’un professeur d’allemand, il grandit dans une famille intellectuelle de gauche, mais développe très tôt une méfiance instinctive envers les institutions et les discours bien-pensants. Dans les années 70, avec son foulard rouge et sa silhouette maigre, il impose un verbe nouveau. De Hexagone à Mistral Gagnant, il devient la voix d’une génération.

Mais le succès a un prix. Derrière les disques d’or et les concerts à guichets fermés, l’homme se fissure. Adulé mais mal à l’aise avec la célébrité, Renaud se réfugie dans l’alcool et fuit les studios. Si le public ne l’a jamais abandonné, le milieu, lui, a parfois eu la dent dure. Aujourd’hui, l’artiste ne veut plus faire semblant. À 73 ans, il lâche des noms et raconte les trahisons qui l’ont muré dans le silence.

1. La Presse : de l’adulation au mépris social

La première entaille majeure dans l’armure de Renaud vient de la presse intellectuelle, celle-là même qu’il croyait proche de ses idées. Dans les années 90, alors qu’il traverse des zones de turbulences, certains journaux comme Libération commencent à le railler. On le dépeint comme un “clown triste”, on ironise sur son alcoolisme et on traite ses textes avec condescendance. Pour Renaud, ce n’est pas de la critique, c’est de l’humiliation.

Ce rejet est doublé d’un mépris social qu’il ne digérera jamais. L’élite parisienne, les “bobos” des plateaux télé qui l’encensaient autrefois, le regardent désormais comme un “has-been” encombrant. Cette exclusion, vécue comme un déclassement, est l’un des piliers de son isolement actuel.

2. Le public de Moscou : le choc de l’incompréhension

En 1985, Renaud vit un drame intime à l’étranger. Invité à chanter à Moscou, il interprète Déserteur, un hymne pacifiste. Mais le public, composé de jeunes communistes soviétiques, réagit avec une froideur glaciale avant de quitter la salle en plein concert. Pour le chanteur qui croyait à l’universalité de son message, le choc est brutal. Quelque chose se brise en lui ce jour-là. Il se sent rejeté pour ce qu’il est fondamentalement.

3. Margaret Thatcher : la haine de la “Dame de Fer”

S’il y a une figure politique que Renaud voue aux gémonies, c’est Margaret Thatcher. En 1986, il écrit Miss Maggie, une chanson satirique d’une rare violence où il la décrit comme la seule femme qu’il méprise autant que les hommes. Au-delà de la politicienne, c’est ce qu’elle incarne qu’il ne pardonnera jamais : une société froide, sans compassion, où les plus faibles sont piétinés. Cette haine, il la porte toujours comme un étendard de sa morale populaire.

4. La trahison de ses pairs : le cas Benjamin Biolay

Renaud aperçu dans un supermarché : à 73 ans, son physique choque les  internautes

C’est sans doute l’une des blessures les plus récentes et les plus acides. Renaud a toujours été généreux avec la jeune garde de la chanson française. Pourtant, il a ressenti les moqueries de certains artistes comme un coup de poignard. Il évoque notamment Benjamin Biolay qui aurait ironisé sur sa voix et son état de santé lors d’une interview. Pour un homme qui a toujours lutté pour la liberté d’expression et la solidarité entre artistes, voir ses failles exposées par ses propres confrères est une trahison impardonnable.

5. L’indifférence : le silence des “amis” de passage

Enfin, la blessure la plus insidieuse est celle de l’indifférence. Pendant ses nombreuses hospitalisations et ses cures de désintoxication, Renaud a compté les soutiens. Le constat est amer : peu de mots de réconfort sont venus de sa “famille artistique”. Ce silence d’abandon, cette désertion généralisée du monde de la musique alors qu’il était au plus bas, lui fait plus de mal que n’importe quelle insulte.

Un apaisement fragile loin des traîtres

Aujourd’hui, Renaud ne cherche plus à convaincre. S’il a longtemps attendu des excuses qui ne sont jamais venues, il semble avoir entamé une forme d’acceptation. Lors d’un concert en 2022, porté par l’amour inconditionnel de ses fans, il a trouvé une paix éphémère. Le pardon ne viendra peut-être jamais des coupables, mais la douceur est revenue à travers sa fille Lolita et ceux qui lui tiennent la main dans la nuit.

Renaud reste ce poète écorché qui refuse de refermer les plaies pour ne pas oublier qui il est. À 73 ans, il ne chante presque plus, mais son silence est désormais celui d’un homme qui a compris que la loyauté des anonymes valait bien plus que les applaudissements de ceux qui l’ont trahi.

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