Un silence pesant après plus de six décennies de tendresse

Comment survivre quand soixante années d’amour s’éteignent en une seule nuit ? Ce début d’année 2026 s’ouvre sur un silence brutal pour la chanson française. Pierre Perret est en deuil. Rebecca, celle qui partageait sa vie depuis plus de 60 ans, est morte. L’annonce, faite ce 5 janvier par un proche sur Facebook, a figé le temps. Derrière les refrains légers et les sourires malicieux surgit une vérité implacable : même les vies les plus lumineuses connaissent des fins déchirantes.

Pour Pierre Perret, perdre Rebecca, ce n’est pas seulement perdre une épouse, c’est perdre un repère intime, un souffle partagé qui donnait un sens aux jours les plus ordinaires. Le silence qui l’entoure désormais n’est pas celui d’un artiste qui se tait, mais celui d’un homme qui cherche comment continuer à respirer quand la moitié de son monde s’est évaporée. Ce deuil ne s’annonce pas par des cris ; il s’installe doucement dans chaque geste familier, chaque matin trop calme et chaque souvenir devenu soudain trop lourd.

Rebecca : La lumière douce derrière les projecteurs

On dit souvent que derrière chaque grand homme se cache une femme. Pour Pierre Perret, ce n’était pas un cliché, mais une réalité quotidienne. Rebecca n’était pas l’ombre de l’artiste ; elle était la lumière apaisante qui rendait la création, l’équilibre et la durée possibles. Elle était là, loin des projecteurs, attentive aux moindres détails, gardienne d’un monde simple où l’on se parlait sans fard.

La nuit où Rebecca est partie — du 3 au 4 janvier — reste un moment de pudeur que le public ne connaîtra sans doute jamais totalement. Ceux qui ont veillé Pierre Perret à l’aube décrivent un homme silencieux, le regard perdu, comme s’il cherchait encore la respiration de l’autre. Jean-Marc Dermesporian, proche de l’artiste, a été le premier à transmettre la nouvelle. Son message était simple mais chargé de gravité : la fin d’un duo inséparable, d’une histoire qui n’avait jamais eu besoin de mise en scène pour exister.

Un amour né d’une dispute et scellé par la fidélité

Peu de gens savent que cette idylle légendaire a commencé non pas par un regard romantique, mais par une altercation sèche. À l’époque, Rebecca (de son vrai nom Simone Mazaltarim) était secrétaire chez Barclay. Ils s’étaient disputés avec force à propos d’un remboursement de billets d’avion. C’est précisément cette friction entre deux tempéraments de caractère qui a bâti les fondations d’un lien indestructible. Pierre l’a renommée Rebecca, comme pour ouvrir un nouveau chapitre de son existence.

Ils ont choisi une vie sans enfants pour se consacrer totalement l’un à l’autre. Rebecca gérait la carrière de Pierre d’une “main de fer”, sachant quand dire non et comment protéger l’intimité de son mari face à la ferveur publique. Leur union a résisté aux débuts précaires, aux exigences du métier et aux drames les plus privés. Pierre Perret l’avouait lui-même : “Elle m’a rendu plus intelligent”. Ce n’était pas seulement une intelligence d’esprit, mais une intelligence du temps, du mot juste et des silences nécessaires.

La solitude à 91 ans et l’héritage d’un amour

À 91 ans, la perspective de la vie change radicalement sans Rebecca à ses côtés. Le futur se rétrécit, le passé devient un refuge et chaque souvenir prend le poids d’un trésor. La tragédie n’est pas la mort elle-même, mais le vide immense qu’elle laisse derrière elle. La maison de Seine-et-Marne semble désormais trop vaste pour un seul homme.

En fin de compte, l’histoire de Pierre Perret et Rebecca nous rappelle que la vraie grandeur ne réside pas dans la célébrité, mais dans la fidélité — la fidélité à un être, à une mémoire et à une promesse silencieuse faite sans témoin. Ce n’est pas seulement le récit d’un deuil, c’est une méditation sur le temps, sur ce que l’on construit à deux et sur ce qui subsiste quand il faut continuer seul. Rebecca est partie, mais tant que Pierre respire, elle demeure présente à travers le souvenir, la gratitude et la responsabilité de continuer à aimer le monde avec tout ce qu’elle lui a appris.