“J’ai honte”. Le mot est lâché, lourd, pesant. Il ne s’agit plus de l’humoriste, de l’artiste adulé, de l’ami des stars. Il ne s’agit plus que d’un homme face au miroir brisé de ses actes. Le 10 février 2023, la vie de Pierre Palmade a basculé. Mais surtout, il a fait basculer celle des autres. Dans un amas de tôle froissée sur une route départementale, il a “bousillé la vie d’une famille”. Et aujourd’hui, les mots de sa première confession face à la juge d’instruction, révélés par Le Parisien, résonnent comme l’écho tragique d’une déchéance annoncée.
Ce jour-là, sous l’emprise de stupéfiants, Pierre Palmade a percuté de plein fouet un autre véhicule. À l’intérieur, une famille. Yüksel, 38 ans, le conducteur. Son fils de 6 ans, Devrim. Et sa belle-sœur, Mila, 27 ans, enceinte de six mois. Le bilan est un cauchemar : Yüksel est broyé, Devrim est défiguré, Mila perd son bébé, une petite fille qui allait naître.
Mis en examen pour homicide et blessures involontaires, l’humoriste a dû répondre de ses actes. Et ses premiers mots face à la justice dessinent le portrait d’un homme conscient de l’horreur qu’il a provoquée. “J’ai honte de ce que j’ai fait. Je suis responsable d’un accident de la route. C’est de ma faute”, a-t-il déclaré, en larmes, à la juge.
“Je suis horrifié. C’est monstrueux”

L’interrogatoire est un chemin de croix. Palmade, 55 ans au moment des faits, n’esquive pas. Il reconnaît son “insouciance”, celle d’avoir pris le volant après une consommation massive de drogues. “Je suis horrifié quand je sais que je suis l’unique responsable. C’est monstrueux”, a-t-il martelé. La prise de conscience semble totale, écrasante.
Mais le cœur de ses aveux, c’est la pensée pour ceux qu’il a détruits. “J’ai bousillé la vie d’une famille. Je m’en veux terriblement. J’ai du mal à me pardonner”, confie-t-il. Il assure prier pour les victimes, pour que leur état de santé “s’améliore”, tout en sachant que ses prières pèsent peu face à l’irréparable. “Je ne me pardonnerai jamais”.
Car les faits sont là, bruts, et ils n’ont rien d’un mauvais sketch. Yüksel, le conducteur, a subi d’innombrables opérations. Sa vie est en suspens, son corps marqué à jamais. Le petit Devrim, 6 ans, a été maintenu dans le coma pendant des semaines, sa mâchoire brisée, son cerveau touché. Il garde aujourd’hui des séquelles neurologiques, des difficultés à parler, à manger. Son innocence d’enfant a été fauchée par la “fête” d’un adulte qui a perdu pied.
Et puis il y a Mila. Cette jeune femme qui sentait la vie grandir en elle. La collision a tué son bébé. Une tragédie dans la tragédie, qui a d’ailleurs soulevé un débat juridique douloureux : le fœtus n’ayant pas respiré, le chef d’homicide involontaire sur le bébé n’a pas été retenu, ajoutant à la douleur de la mère une incompréhension légale.
La “spirale infernale” d’un “malade”
Face à ce désastre, Pierre Palmade tente d’expliquer. Pas d’excuser. Il se décrit lui-même comme “un malade qui essaie de se soigner”. C’est le récit d’une bataille de plusieurs décennies contre l’addiction. Une bataille qu’il a perdue.
Il raconte la “spirale infernale”. La cocaïne, les drogues de synthèse. Il admet que sa consommation était devenue “quotidienne”. Un engrenage de solitude et de fuite en avant. “Je n’ai pas su dire non. Je me suis laissé embarquer”, confie-t-il à la juge, avouant s’être senti “seul” et “incapable d’arrêter”.
Cette addiction, qu’il pensait peut-être gérer, ou du moins contenir dans la sphère privée de ses appartements parisiens, est devenue “plus forte que tout”. Plus forte que la raison, plus forte que son instinct de survie – il parle de sa “peur de la mort” et de son “envie de vivre” – et, tragiquement, plus forte que la vie des autres.
Ce 10 février, la drogue n’était plus une compagne récréative ; c’était un maître absolu qui tenait le volant. Cette confession d’un homme malade ne change rien à sa responsabilité pénale, mais elle éclaire d’une lumière crue l’abîme dans lequel il était tombé bien avant de prendre la route.

L’après : un procès et une vie de pardon
Aujourd’hui, l’affaire a dépassé le simple fait divers. Elle est devenue un symbole. Symbole de la “culture” de la drogue dans certains milieux, symbole du débat sur l’impunité supposée des célébrités, symbole de l’injustice d’une vie fauchée par l’inconscience d’un autre.
L’onde de choc a été immense. Beaucoup de ses “amis” du show-business lui ont tourné le dos, Muriel Robin en tête, exprimant leur dégoût et leur soutien indéfectible aux victimes. La chute a été aussi brutale que sa carrière avait été brillante.
Pierre Palmade, lui, vit reclus, sous contrôle judiciaire, dans l’attente de son procès. Il a été pris en charge dans différents établissements de soins, tentant de se sevrer, de se reconstruire, si tant est que ce soit possible.
L’article de M6 relayant ces aveux tirés du Parisien n’est qu’une pièce de plus dans un dossier tragique. Il confirme ce que tout le monde savait, mais il y ajoute le poids de la honte, exprimée par l’auteur du drame lui-même.
“Je suis prêt à assumer les conséquences de mes actes”, a-t-il conclu face à la juge. Et d’ajouter : “Je demanderai pardon toute ma vie”. Mais pour Yüksel, pour Devrim et pour Mila, le pardon d’un homme ne suffira jamais à effacer la nuit où leur monde s’est arrêté net sur le bord d’une route. La honte de l’un est devenue la tragédie éternelle des autres.
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