Dans une époque où le bruit médiatique étouffe souvent l’essentiel, certaines voix s’élèvent avec la gravité du tonnerre. Celle du Général Pierre de Villiers est de celles-là. Invité sur RMC, l’ancien Chef d’État-Major des Armées n’est pas venu pour faire de la figuration, mais pour lancer un avertissement solennel à la Nation : le temps de l’insouciance est révolu. Entre menaces extérieures grandissantes et fractures intérieures béantes, le diagnostic est sans appel. Plongée au cœur d’un discours qui secoue la République.

Un Monde en Feu : La Fin de l’Insouciance

Dès les premières minutes de l’entretien, le ton est donné. À la question fatidique « La guerre est-elle proche ? », le Général ne se réfugie pas derrière la langue de bois diplomatique. Si l’espoir de paix reste son vœu le plus cher, la réalité du terrain lui impose une lucidité brutale. Le monde a changé de visage. Nous ne sommes plus dans l’illusion de la « fin de l’Histoire » des années 90, mais bel et bien dans le retour tragique des rapports de force.

Pour Pierre de Villiers, l’équation est simple et terrifiante : « Les forts sont attirés par les faibles. Et nous, Européens, nous sommes les faibles. »

Il décrit avec précision la reconstitution d’un monde bipolaire, non plus basé sur l’idéologie comme au temps de la Guerre Froide, mais sur la puissance brute et le ressentiment. D’un côté, un bloc d’États-puissances — souvent autocratiques comme la Russie, la Chine, l’Iran ou la Turquie — unis par un ciment commun : la haine de l’Occident. De l’autre, une Europe qui a désarmé moralement et physiquement pendant des décennies, bercée par l’illusion que la guerre était une relique du passé. Ce réveil est brutal, et le Général nous met en garde : face à ces puissances qui ne connaissent que le langage de la puissance, la diplomatie sans épée n’est qu’une musique inaudible.

« Réarmer les Âmes » : L’Urgence de la Cohésion Nationale

Si le danger vient de l’extérieur, la fragilité, elle, est intérieure. C’est peut-être le point le plus poignant de son intervention. Pierre de Villiers ne parle pas seulement de canons ou de frégates, il parle de ce qui fait tenir une nation debout : son âme.

« La France est très fracturée », constate-t-il avec amertume. Des violences urbaines aux collèges qui brûlent, en passant par l’emprise du narcotrafic, le tissu social se déchire. Pour cet homme qui a commandé des milliers de soldats, la solution ne peut venir que de l’unité. À l’armée, explique-t-il, on prend des jeunes de tous horizons et on les unit sous un même drapeau, parfois jusqu’au sacrifice suprême. C’est ce miracle de la fraternité qu’il souhaite voir reproduit à l’échelle du pays.

Mais comment se battre pour ce qu’on ne connaît pas ? Comment aimer ce qu’on ne nous a pas appris à chérir ? Le Général pointe du doigt un déficit majeur dans notre éducation et notre culture : l’amour de la France. Il ne s’agit pas d’un nationalisme étriqué, mais d’un patriotisme charnel, d’une fierté d’appartenir à une histoire, à une terre, à une culture. « Réarmer l’État, réarmer l’armée, c’est bien. Mais il faut d’abord réarmer nos âmes. » Sans cette force morale, sans cette cohésion qui cimente le peuple, toutes les dépenses militaires du monde ne suffiront pas.

L’État Profond et la Bureaucratie : Les Ennemis de l’Intérieur

Pierre de Villiers est un homme de terrain, et sa critique de la gestion administrative de la défense est acerbe. Il reprend à son compte l’expression d’« État profond », non pas dans un sens complotiste, mais pour désigner cette technostructure administrative qui paralyse l’action politique.

L’exemple qu’il donne est effarant : malgré les discours sur l’économie de guerre et le réarmement, les chiffres sont têtus. En 2017, la France possédait 200 chars Leclerc et 15 frégates de premier rang. Aujourd’hui ? C’est exactement la même chose. Pourquoi ? Parce que la bureaucratie française, avec ses normes, ses procédures interminables et ses précautions juridiques, agit comme un frein à main serré en pleine course.

Il dénonce un système où « chacun est dans son tuyau », protégeant son pré carré au détriment de l’intérêt général. Nos industries de défense sont des bijoux technologiques, nos PME sont prêtes, mais les commandes n’arrivent pas ou trop lentement. Dans un monde où la vitesse est une arme, cette lourdeur est une vulnérabilité mortelle. Le Général appelle à faire sauter ces verrous, à retrouver l’esprit de l’union sacrée de Clémenceau, celle qui sait transcender les lourdeurs administratives quand la survie de la nation est en jeu.

La Jeunesse : Une Quête de Sens et d’Autorité

Général Pierre de Villiers face aux GG - 19/12

Loin de l’image d’une jeunesse perdue souvent dépeinte, Pierre de Villiers porte sur les nouvelles générations un regard plein d’espérance et d’exigence. Il le martèle : les jeunes de 20 ans ont soif. Ils ont soif d’autre chose que de consommation, de numérique et de confort matériel. « Ils veulent du sens. Ils veulent quelque chose qui les dépasse. »

C’est là que réside la clé du redressement. Cette jeunesse, si on lui parle avec le cœur, si on lui propose un idéal exigeant mais bienveillant, est capable de soulever des montagnes. Le Général propose des mesures concrètes, comme le rétablissement d’une forme de service militaire obligatoire, mais ciblé. Il imagine un système où les élites de demain (les étudiants des grandes écoles comme Polytechnique ou l’ENA) consacreraient plusieurs mois à commander et former d’autres jeunes issus de la diversité sociale.

L’objectif ? Recréer du lien, du brassage social, et surtout, apprendre à commander et à servir. Car l’autorité, rappelle-t-il, ce n’est pas l’autoritarisme. L’autorité, étymologiquement, c’est ce qui fait grandir (« augere »). Une société sans autorité est une société qui abandonne sa jeunesse à elle-même, et in fine, au vide ou à la violence.

Face au Terrorisme et à la Violence : L’Intransigeance

Enfin, sur la question brûlante de la sécurité intérieure et du terrorisme islamiste, le Général de Villiers ne tremble pas. Sa formule claque comme un étendard : « Ils ne respectent que la force ! »

Ayant combattu sur de nombreux théâtres d’opérations, il sait que toute marque de faiblesse est perçue comme une invitation à l’agression par l’ennemi. Que ce soit face aux narcotrafiquants qui gangrènent des quartiers entiers ou face aux réseaux terroristes qui continuent de prospérer jusque dans nos prisons, la réponse doit être implacable.

Il évoque, avec une prudence nécessaire mais une clarté nouvelle, le lien de plus en plus étroit entre sécurité intérieure et extérieure. Si l’armée n’a pas vocation à faire du maintien de l’ordre classique, la situation de quasi-guerre civile dans certaines zones de non-droit pourrait un jour exiger des mesures exceptionnelles. Il rappelle que la sécurité est la première des libertés et que l’État, en faillissant à cette mission régalienne pour financer d’autres modèles, a rompu le contrat social avec les citoyens.

Le général Pierre de Villiers : «Les Français réclament de l'autorité» - Le  Parisien

Conclusion : Le Courage de la Vérité

L’intervention de Pierre de Villiers est bien plus qu’une simple analyse géopolitique. C’est un appel au courage. Courage de voir le monde tel qu’il est, et non tel qu’on voudrait qu’il soit. Courage de dire que la paix se mérite et se prépare. Courage de réaffirmer que la France est une grande nation qui n’a pas le droit de s’effacer.

Alors que les nuages s’amoncellent à l’horizon, ces paroles résonnent comme un guide. Il ne tient qu’à nous, citoyens et gouvernants, de transformer cet avertissement en action. Car comme le rappelle l’Histoire, le pire n’est jamais certain, mais il n’est jamais évitable pour ceux qui refusent de se préparer.