Sur BFM TV, lors d’un affrontement tendu, la journaliste Apolline de Malherbe pensait détenir le piège parfait pour abattre Jordan Bardella. Utilisant l’accusation de “schizophrénie” que Bardella avait lui-même employée pour critiquer ses adversaires, elle a retourné la situation et l’a “contre-attaqué”.

“Schizophrène ? Vous êtes ‘schizophrène’ vous aussi ?” a lancé Apolline de Malherbe pour commencer l’attaque, la voix chargée d’ironie. “Quand on regarde la PAC (Politique Agricole Commune), aujourd’hui vous dites que vous êtes contre la PAC, qu’il faut sortir de la PAC, que la PAC ‘tue’ les agriculteurs français.”

Elle a marqué une pause, regardant Bardella droit dans les yeux avant de porter le coup fatal : “Or, le 23 octobre 2020, à Strasbourg, vous avez voté POUR la PAC ! Oui… Alors ?”

Un silence tendu a envahi le plateau. Bardella semblait acculé. Il venait d’être pris en flagrant délit de contradiction flagrante. “Vous avez voté pour la PAC, oui ou non ?” a insisté Apolline de Malherbe, ne lui laissant aucune issue.

“Oui, bien sûr que j’ai voté pour la politique agricole commune,” a admis Bardella.

Apolline de Malherbe semblait avoir gagné. Le piège s’était refermé.

Mais Bardella, en politicien aguerri, n’a pas paniqué. Au lieu de tenter une faible justification, il a utilisé l’arme la plus redoutable des débats politiques : une explication technique complexe.

Il a commencé par renverser la question, diluant la concentration : “Mais où est-ce que vous m’avez entendu dire qu’il fallait ‘sortir’ de la PAC ?”

Lorsque Mme de Malherbe a souligné qu’il avait dit que la PAC “tuait” les agriculteurs, et que c’était cette politique pour laquelle il avait voté, Bardella a activé le “mode technique”.

“Merci,” dit-il calmement. “La politique agricole commune d’il y a 5 ans n’est pas la politique agricole commune qui a été votée il y a quelques mois… (Apolline l’interrompt : ‘Pas il y a quelques mois, le 23 octobre 2020 !’)… et qui prévaut jusqu’en 2027, et qui est en action depuis le 1er janvier dernier.”

Bardella a continué à plonger dans des détails complexes, parlant de “légaliser le principe d’aide directe de la part des États”, et qu’il n’était “pas contre” la PAC sur le principe. Il a rapidement réorienté le débat, passant de son vote spécifique à un enjeu plus large : le budget de l’Union européenne.

“Je dis aujourd’hui que nous donnons beaucoup trop d’argent à l’Union européenne,” a-t-il déclaré. “La PAC, c’est 1/3 du budget de l’UE. Je souhaite qu’on puisse baisser cette contribution […] pour flécher directement ces aides […] vers l’économie réelle et vers l’économie française.”

Il a même tenté d’entraîner son adversaire dans la boue : “Et mon vote est le même que celui des députés macronistes. Vous avez voté ensemble !”

Finalement, il a complètement changé de sujet : “Madame, le sujet n’est pas la politique agricole commune, le sujet c’est les accords de libre-échange…”

Et c’est ainsi qu’en moins d’une minute, en utilisant une série de termes techniques, de dates, et de concepts budgétaires complexes, Jordan Bardella a réussi à “noyer” le piège initial. Il a épuisé son adversaire et embrouillé les téléspectateurs.

Il n’a pas vraiment répondu à la question sur sa contradiction. Il n’a pas expliqué pourquoi il avait voté pour une politique qu’il critique comme “tuant” les agriculteurs. À la place, il a créé un écran de fumée technique et en est sorti indemne.

C’était une stratégie efficace pour sauver la face en direct. Mais était-ce une “évasion” technique réussie, ou simplement un “enfumage” pour tromper le public ? À chacun de juger.