Philippe Candeloro est bien plus qu’un nom gravé dans l’histoire du patinage artistique français. Il est une icône, un personnage haut en couleur qui, avec son célèbre style « D’Artagnan », a su conquérir le cœur de millions de spectateurs à travers le monde. Pourtant, derrière les médailles de bronze olympiques de 1994 et 1998, derrière les acrobaties audacieuses et le charisme naturel, se cache un homme marqué par des tragédies personnelles et des épreuves d’une rare intensité. Aujourd’hui, nous plongeons dans l’intimité de ce champion hors norme pour comprendre le parcours d’une vie où les larmes ont souvent coulé loin des projecteurs.

Le pilier brisé : La perte de Marie-Thérèse

Pour Philippe Candeloro, la réussite n’a jamais été un chemin solitaire. Au centre de son univers se trouvait sa mère, Marie-Thérèse Candeloro. Plus qu’une parente, elle était son moteur, celle qui a consenti à tous les sacrifices pour que son fils puisse glisser vers les sommets. Responsable comptable, elle n’a jamais hésité à financer les coûteux patins ou à l’accompagner aux entraînements à l’aube. En 2010, le monde de Philippe s’écroule : Marie-Thérèse s’éteint à 68 ans des suites d’un cancer du poumon.

Le champion se souvient avec une douleur encore vive de ce moment où il s’est tenu au chevet de sa mère à l’hôpital. Il confiera plus tard que cet instant lui a donné l’impression qu’on lui arrachait une partie de son être. Cette disparition a laissé une cicatrice béante, nourrie par le regret de ne pas avoir passé assez de temps avec elle à cause d’un emploi du temps surchargé. Pour Philippe, chaque succès est depuis teinté de la tristesse que sa mère ne puisse voir ses petites-filles grandir.

L’ascension d’un rebelle de la glace

Né en 1972 à Courbevoie dans une famille modeste, rien ne prédestinait Philippe à devenir une star mondiale. C’est à la patinoire de Colombes, en 1979, que le destin bascule. Sous l’œil de l’entraîneur André Brunet, le jeune garçon délaisse le hockey pour le patinage artistique. Son style est différent : il est athlétique, théâtral, presque irrévérencieux. Il impose des figures qui deviendront sa signature, comme le “Candeloro Spin” à genoux ou le backflip, des mouvements si audacieux qu’ils finiront par être interdits en compétition amateur.

Son parcours est une épopée faite de résilience. En 1991, une jambe cassée brise ses rêves pour les JO de 1992. Mais il revient plus fort, décrochant le bronze à Lillehammer en 1994, puis à Nagano en 1998. Ses larmes sur le podium ne sont pas seulement celles de la victoire, mais celles d’un homme qui a surmonté le doute et la douleur physique.

Le traumatisme de Villa Castelli : Le survivant

Si Philippe Candeloro a connu des échecs sportifs, aucun n’est comparable au drame survenu en 2015 en Argentine. Alors qu’il participe au tournage de l’émission de téléréalité « Dropped », deux hélicoptères entrent en collision. Dix personnes perdent la vie, dont ses amis et compagnons d’aventure : la nageuse Camille Muffat, le boxeur Alexis Vastine et la navigatrice Florence Arthaud. Philippe, lui, devait être dans l’un de ces appareils, mais faute de place, il a été contraint d’attendre le vol suivant.

Ce “miracle” est devenu son fardeau. Plongé dans une forme de dépression, il a longtemps souffert du syndrome du survivant, hanté par des cauchemars et une culpabilité dévorante. « Pourquoi eux et pas moi ? » Cette question a transformé sa vision de l’existence. Depuis ce jour, il a radicalement changé ses priorités, s’éloignant des émissions de divertissement pour se consacrer à sa famille et à son rôle de commentateur, tout en multipliant les actions caritatives pour honorer la mémoire de ceux qui ne sont plus là.

Philippe Candeloro ému aux larmes en évoquant le décès de son père

Olivia : L’amour comme ultime refuge

Au milieu de ces tempêtes, une femme est restée le roc de Philippe : Olivia Darmon. Leur rencontre en 1991 à la patinoire de Colombes ressemble à un scénario de film. Danseuse classique, elle a su apprivoiser le tempérament de feu du patineur. Leur mariage, célébré sur la glace à Bercy, a marqué le début d’une union solide mais non sans heurts. Philippe admet avoir parfois été un mari “raté”, trop absorbé par ses tournées mondiales aux États-Unis, laissant Olivia seule face aux défis du quotidien et à l’éducation de leurs trois filles : Luna, Maya et Talia.

C’est dans l’intimité de son foyer que Philippe Candeloro trouve aujourd’hui la paix. Ses filles sont sa plus grande fierté, et son épouse son plus précieux soutien. Malgré les blessures du passé et le sentiment de la fragilité de la vie qui l’habite désormais, il continue d’avancer avec cette générosité qui le caractérise.

Conclusion : Un cœur de glace qui n’a jamais fondu

L’histoire de Philippe Candeloro n’est pas seulement celle d’un athlète accompli, c’est celle d’un homme qui a appris que la véritable force ne réside pas dans l’absence de chutes, mais dans la capacité à se relever. De la perte de sa mère à l’ombre de la mort en Argentine, il a traversé les épreuves avec une authenticité rare. Aujourd’hui, s’il se dit parfois “prêt à quitter ce monde” par la pensée, c’est surtout un cri d’amour pour la vie, un rappel que chaque seconde compte. Philippe Candeloro restera à jamais ce D’Artagnan des temps modernes, dont l’épée est faite de courage et le bouclier, d’amour familial.

Une leçon de vie qui nous rappelle que derrière chaque légende, il y a un cœur qui bat, qui souffre, et qui, envers et contre tout, continue de rêver.

Philippe Candeloro : ambassadeur Mediabat