Londres, Royaume-Uni – C’est un nom qui évoque instantanément des mélodies entraînantes, l’effervescence des années 60 et une voix d’une clarté cristalline. Petula Clark, l’interprète inoubliable de “Downtown”, est une icône vivante qui traverse les décennies avec une élégance rare. Pourtant, à l’aube de ses 93 ans, derrière les sourires de façade et les ovations des théâtres du West End, se dessine une réalité bien plus nuancée, teintée de mélancolie et de regrets.

Dans un monde où l’image est reine, Petula Clark a choisi la sincérité. Loin de la “dolce vita” que l’on imagine pour les stars de son rang, elle lève le voile sur les sacrifices personnels immenses, les combats contre la maladie et les tourments d’une mère écartelée entre sa passion et sa famille. Récit d’une vie extraordinaire, où la lumière des projecteurs n’a pas toujours suffi à chasser les ombres intérieures.

L’Enfant Prodige et le Poids du Destin

Née en 1932 à Epsom, en Angleterre, Petula Clark n’a pas eu une enfance ordinaire. Baignée très tôt dans le monde des arts par un père homme de théâtre et une mère pianiste, elle est devenue, dès l’âge de 7 ans, la “voix de l’espoir” pour une Grande-Bretagne meurtrie par la Seconde Guerre mondiale. Si ce statut d’enfant star a forgé sa légende, il a aussi scellé son destin : sa vie appartiendrait au public.

Cette vocation précoce l’a propulsée vers une carrière internationale vertigineuse. De Paris à New York, elle a tout conquis, devenant l’une des artistes britanniques les plus prolifiques de l’histoire. Mais cette ascension fulgurante cachait déjà les prémices d’une solitude qui allait la suivre tout au long de son existence.

“Je ne suis pas une bonne mère” : Le Fardeau de la Culpabilité

 

C’est sans doute la confession la plus douloureuse de l’artiste. Au sommet de sa gloire, alors que “Downtown” résonnait sur toutes les radios du monde, Petula Clark vivait un déchirement intime. Mère de trois enfants – Barbara, Kate et Patrick –, elle a dû faire un choix impossible : sa carrière ou sa présence au foyer.

“Je ne suis pas une bonne mère parce que j’étais si souvent loin de chez moi”, a-t-elle avoué avec une franchise désarmante. Elle raconte avoir voulu être “Superwoman”, l’épouse parfaite, la mère idéale et la star planétaire. “Mais il s’est avéré que ce n’était pas possible. Je suis désolée, mais c’était réellement impossible.”

Les adieux répétés dans les aéroports, les larmes séchées à la hâte avant de monter sur scène, l’absence lors des moments clés de l’enfance… Autant de blessures qui ne se sont jamais vraiment refermées. Si ses enfants, aujourd’hui adultes, semblent avoir compris et pardonné, appréciant les opportunités offertes par cette vie atypique, la culpabilité, elle, reste ancrée au cœur de la chanteuse. Son mariage avec le français Claude Wolff, bien que n’ayant jamais abouti à un divorce officiel, s’est transformé en une amitié distante, vestige d’une vie de couple sacrifiée sur l’autel du show-business.

Le Courage face au Racisme : L’Incident Belafonte

Si sa vie privée a été marquée par les regrets, sa vie publique a été ponctuée d’actes de bravoure méconnus. En 1968, Petula Clark s’est retrouvée au cœur d’une tempête médiatique aux États-Unis pour un geste d’une simplicité biblique : avoir touché le bras d’Harry Belafonte, un artiste noir, lors d’une émission télévisée.

Dans une Amérique encore ségréguée et bouillonnante de tensions raciales, ce contact physique entre une femme blanche et un homme noir a fait scandale. Les sponsors ont menacé, les producteurs ont paniqué. Mais Petula a tenu bon. Elle a refusé de retourner la scène ou de couper le passage. Ce moment, devenu historique, témoigne d’une force de caractère exceptionnelle. Elle n’était pas seulement une chanteuse de variétés ; elle était une femme de convictions, prête à risquer sa carrière pour défendre l’égalité et l’humanité.

La Dépression et l’Épreuve Physique : Survivre à tout prix

 

Derrière l’image lisse, Petula Clark a aussi mené des batailles silencieuses contre ses propres démons. En 2013, elle révélait avoir traversé une période sombre, “engloutie dans la tristesse et le désespoir”. La dépression, ce mal insidieux, l’a frappée de plein fouet, la laissant vide et isolée. Il lui aura fallu le courage de consulter et l’aide d’antidépresseurs pour “se retrouver”.

Mais le corps aussi a failli lâcher. L’artiste a confié avoir frôlé la mort suite à une appendicite mal soignée. Des complications post-opératoires, des tissus nécrosés, une seconde intervention d’urgence pour retirer une partie de l’intestin… L’épreuve fut terrible. “La vie n’est pas toujours facile, mais j’ai appris à affronter chaque obstacle”, dit-elle aujourd’hui. Une cicatrice physique rappelle cette période critique, mais c’est son optimisme inébranlable qui lui a permis de se relever.

50 Years Ago, a White Woman Touching a Black Man on TV Caused a National Commotion | Vanity Fair

Une Leçon de Résilience

 

Aujourd’hui, à 92 ans, Petula Clark ne se contente pas de ressasser le passé. En 2019, à 86 ans, elle remontait sur les planches pour Mary Poppins, prouvant que la passion est le meilleur des élixirs de jeunesse. Elle ne suit pas de régimes stricts, ne s’encombre pas de vitamines miracles ; son secret, c’est cet amour viscéral pour la vie et pour la scène.

L’histoire de Petula Clark est celle d’une femme complexe, qui a payé le prix fort pour ses rêves. Elle nous rappelle que derrière chaque étoile, il y a un être humain qui lutte, qui doute et qui pleure. Mais c’est aussi l’histoire d’une résilience magnifique. Malgré la culpabilité, la maladie et la solitude, Petula reste debout, chantant encore et toujours, comme pour nous dire que tant qu’il y a de la musique, il y a de l’espoir. Une véritable “Dame” de la chanson, dans toute sa splendeur et sa fragilité.