L’atmosphère était électrique, presque irrespirable, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Ce qui devait être un débat budgétaire s’est transformé en une véritable joute idéologique d’une violence rare, opposant deux visions irréconciliables de la France. D’un côté, l’idéalisme sans frontières de la gauche incarné par Alexis Corbière ; de l’autre, le pragmatisme budgétaire et national défendu par le député Alexandre Allegret-Pilot. Au cœur de la tempête : la question explosive de la gratuité des soins pour les étrangers en situation irrégulière. Retour sur une séquence qui a viré à l’humiliation publique pour l’élu insoumis.

La “Fierté” de Corbière face au Réalisme du RN

Tout est parti d’une intervention de Marine Le Pen. La leader du Rassemblement National, fidèle à sa ligne, a souligné une anomalie française : “Nous sommes le seul pays au monde à mettre en place la gratuité totale des médicaments pour ceux qui sont en situation illégale, alors que ceux qui cotisent paient eux-mêmes !” Une vérité factuelle qui a immédiatement fait bondir Alexis Corbière sur son siège.

Prenant la parole avec la véhémence qu’on lui connaît, le député LFI s’est lancé dans une tirade enflammée, tentant de retourner l’argument de l’exception française. “Moi, ça me rend fier d’être Français précisément !” a-t-il tonné, accusant ses opposants de développer un “argumentaire antifrançais”. Pour Corbière, l’exceptionnalisme de la France ne doit pas être une honte, mais une gloire. “Comme si nous devions avoir honte de la République sociale, honte des services publics, honte de la dimension universelle du droit à la santé !”

Le ton monte, les invectives fusent. Corbière, visiblement ému par sa propre rhétorique, pointe du doigt les bancs de la droite et du RN : “Vous n’aimez pas ce pays tel qu’il est ! Le pays que vous défendez, c’est un pays raciste, xénophobe, égoïste. La France, c’est Liberté, Égalité, Fraternité, pas égoïsme, racisme !” Une envolée lyrique classique, destinée à culpabiliser l’adversaire. Mais cette fois, la morale n’a pas suffi.

La Réplique Cinglante d’Alexandre Allegret-Pilot

 

Alors que les applaudissements de la gauche retombaient à peine, le député Alexandre Allegret-Pilot a pris la parole. Pas d’effets de manche, pas de cris, mais une ironie mordante et un rappel brutal à la réalité économique du pays.

“À vous écouter, j’ai l’impression que la France est un pays ouvert aux quatre vents,” a-t-il commencé calmement, avant d’asséner le coup de grâce : “J’ai surtout l’impression qu’on coule sous l’argent, qu’il n’y a pas de déficit, pas de dette, que tout va bien et qu’on ne sait pas quoi en faire, du coup on donne à tout le monde !”

La salle se fige. L’attaque porte là où ça fait mal : le portefeuille des Français. Dans un pays où la dette publique explose et où les citoyens voient leurs remboursements de soins diminuer (franchises, dépassements d’honoraires), la générosité de M. Corbière apparaît soudainement déconnectée du réel.

Mais Allegret-Pilot ne s’arrête pas là. Il porte l’estocade finale avec une proposition qui sonne comme un défi personnel lancé à l’insoumis : “Alors plutôt que d’imposer ça à tous les Français par leur argent, créez une association, faites des dons et financez ça avec VOTRE argent, pas sur celui des Français !”

C'est un appel visant à exciter la meute" : les déclarations dérapantes du  député du Gard Alexandre Allegret-Pilot - midilibre.fr

Le Choc des Réalités

 

Cette séquence, brève mais intense, résume à elle seule la fracture française actuelle. D’un côté, une gauche morale qui érige l’accueil inconditionnel et la gratuité universelle en dogmes intouchables, quitte à nier les contraintes budgétaires. Pour Alexis Corbière, refuser de soigner gratuitement le monde entier, c’est trahir l’esprit de la France.

De l’autre, une droite qui se fait la porte-parole d’une “France qui paie”, exaspérée par ce qu’elle perçoit comme une injustice flagrante : pourquoi les étrangers en situation illégale bénéficieraient-ils de privilèges (gratuité totale sans avance de frais) que les travailleurs français, souvent précaires, n’ont pas ?

L’argument d’Allegret-Pilot a fait mouche car il touche au cœur du consentement à l’impôt. La solidarité nationale peut-elle s’étendre au-delà des frontières et de la légalité sans finir par rompre le pacte social ? En renvoyant Alexis Corbière à sa responsabilité individuelle (“payez avec votre argent”), il a mis en lumière le fossé entre la générosité théorique des discours politiques et la réalité des factures payées par le contribuable.

Une humiliation pour le député LFI, qui s’est retrouvé sans réponse face à cet argument imparable. La “fierté” d’être l’hôpital du monde a un coût, et visiblement, une partie grandissante de la représentation nationale n’est plus disposée à le faire supporter aux Français sans broncher. Le débat est loin d’être clos, mais ce jour-là, le réalisme a marqué un point décisif.