Il est l’une des dernières grandes gueules du paysage audiovisuel français, un homme qui a fait danser les serviettes et pleurer les chaumières, un artiste populaire au sens noble du terme qui n’a jamais renié ses origines. Patrick Sébastien, invité pour la promotion de son nouveau livre Le Carnaval des ambitieux, s’est livré à une véritable catharsis télévisuelle. Entre nostalgie, coups de gueule politiques et réflexions philosophiques sur la célébrité, l’ancien roi du samedi soir a prouvé qu’il n’avait rien perdu de sa verve, ni de sa lucidité tranchante.
Depardieu et la Justice Médiatique : “Je ne le défends pas, mais…”
Le sujet est brûlant, et Patrick Sébastien ne l’esquive pas. Interrogé sur l’affaire Gérard Depardieu, il adopte une position nuancée mais ferme, fustigeant ce qu’il appelle la “présomption de culpabilité”. “Gérard est lourd, grivois… mais pour l’instant, il n’a été condamné à rien”, martèle-t-il.
Pour Sébastien, voir les films de l’acteur interdits de diffusion alors que d’autres personnalités condamnées continuent de parader à l’écran est une hypocrisie insupportable. Il se fait l’avocat non pas de l’homme – dont il ne cautionne pas les excès s’ils sont avérés – mais d’un principe de justice. “Si demain il est condamné, je vais applaudir”, assure-t-il, tout en dénonçant cette époque où le tribunal médiatique prononce la sentence avant les juges.

Les Deux Frances et le Malaise des “Gaulois”
L’animateur dresse un constat amer sur l’état de la France, divisée selon lui en deux camps irréconciliables : “ceux qui dirigent et ceux qui subissent”. Lui a choisi son camp depuis longtemps : celui des “gens qui ont besoin de soleil”, cette majorité silencieuse souvent méprisée par les élites parisiennes.
Il revient sur la cérémonie d’ouverture des JO, qu’il qualifie de “sublime” sur la forme, mais symptomatique d’une cassure sur le fond. Pour lui, cette cérémonie a célébré l’inclusion tout en jetant “aux égouts” une autre France, populaire, traditionnelle, voire “gauloise”. Une France qui se sent humiliée, taxée de ringarde ou de rance, alors qu’elle ne demande qu’à exister. “Je suis pour l’intégration de toutes les différences, à condition qu’on ne foute pas la mienne aux égouts”, lance-t-il comme un cri du cœur.
Les Monstres Sacrés et la Fin d’une Époque
Le livre de Patrick Sébastien est aussi un hommage aux géants qu’il a côtoyés. Il évoque avec tendresse Céline Dion, qu’il a connue adolescente avec “les dents mal placées” mais une soif de réussite dévorante. Il se demande aujourd’hui si la milliardaire recluse est plus heureuse que la gamine de 16 ans qui marchait dans la boue pour chanter.
Il parle de ses amis disparus, de Coluche, dont il questionne encore la mort (“accident ou destin ?”), de Johnny Hallyday, de Michel Sardou, ce “pestiféré” magnifique qu’il a vu braver les foules haineuses dans les années 70. Il y a une mélancolie palpable chez Sébastien lorsqu’il évoque la disparition d’Alain Delon ou de Belmondo. “C’est des pans de mémoire qui s’effondrent”, soupire-t-il, conscient que le monde moderne, trop rapide, ne fabriquera plus de telles légendes.
Le Dernier Rêve : Le Plus Petit Cabaret du Monde
Mais Patrick Sébastien n’est pas homme à se laisser abattre. Si la télé, c’est fini (“je m’en fous”, dit-il), la scène reste son oxygène. Il annonce un projet qui sonne comme un retour aux sources : l’ouverture prochaine, dans son village du Lot, du “plus petit cabaret du monde”.
Loin des millions de téléspectateurs, il veut retrouver l’essence de son métier : 200 personnes, une scène, des artistes à découvrir et du bonheur à donner. “Boucler la boucle”, dit-il. Une manière élégante de dire adieu au show-business parisien pour retrouver la vraie vie, celle des gens, celle du contact humain direct, sans filtre et sans masque.
Conclusion : L’Humanisme derrière le Masque
Au final, Le Carnaval des ambitieux et cet entretien révèlent un Patrick Sébastien plus profond qu’il n’y paraît. Un homme blessé par les trahisons politiques (“on a juste changé la nappe”), inquiet pour l’avenir de ses enfants dans un monde violent, mais qui continue de se lever le matin avec une seule question en tête, héritée de Frédéric Dard : “À qui je vais pouvoir faire du bien aujourd’hui ?”.
Dans une époque où le cynisme est roi, cette philosophie de “que de l’amour”, qu’il assume malgré les moqueries, est peut-être sa plus belle revanche. Patrick Sébastien est “mort demain” selon Wikipédia ? Peut-être. Mais aujourd’hui, il est plus vivant que jamais.

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