Pendant près de 50 ans, Patrick Sabatier a été le visage familier de millions de foyers français à la télévision et à la radio. Pourtant, derrière le sourire radieux et le professionnalisme de ce maître de l’antenne se cache un homme discret qui avoue « détester parler de lui ». Ce n’est que récemment, par l’écriture, qu’il a choisi d’ouvrir son cœur pour partager les coulisses les plus intimes de sa vie. Son entretien sur LN Radio autour de son nouveau roman, « Ne le dis surtout pas à Paul », révèle une quête de vérité particulièrement émouvante.
La vieille mallette et l’inscription fatidique d’une mère
Tout commence par un hasard troublant. Après le décès de sa mère, Emma, Patrick découvre une vieille mallette contenant ses souvenirs. Entre des photos prises avec des stars légendaires comme Julio Iglesias ou Charles Trenet, il tombe sur une photo de classe de 1965. Au dos, il reconnaît l’écriture de sa mère : « Ne le dis surtout pas à Paul ».
Cette phrase, qui donne son titre au livre, est le point de départ d’une recherche incessante. Paul, ou plutôt Paul Saran, est l’alter ego littéraire de Patrick Sabatier. « Saran est l’endroit où mon grand-père repose pour l’éternité », confie-t-il. L’utilisation d’un nom de plume a permis à Patrick de dire des choses qu’il n’aurait peut-être pas osé assumer sous son identité publique. Il part ainsi à la recherche des six anciens camarades présents sur la photo, persuadé que l’un d’eux détient le secret que sa mère a tenté de protéger toute sa vie.

Le secret d’un frère et les piliers de la vérité
Ce n’est pas la première fois que Patrick Sabatier affronte des mystères familiaux. Dans son ouvrage précédent, il révélait l’existence d’un frère qu’il n’a découvert que par une lettre. Ces « piliers de vérité » sont à la fois une douleur et un moteur pour son écriture. Il s’interroge : « Est-ce parce qu’on est célèbre qu’on doit tout raconter de sa vie ? »
Sabatier livre ses tiraillements sur le fait de dévoiler des histoires qui ne lui appartiennent pas totalement, alors que les principaux protagonistes — ses parents — ne sont plus là pour en juger. Il a cependant choisi la forme romanesque pour sublimer la vérité tout en protégeant l’intimité, livrant un message profond sur les liens du sang et le pardon.
Philosophie de la célébrité : « Apprendre à atterrir dès le décollage »
L’un des moments les plus marquants de l’échange concerne le regard de Patrick sur sa propre carrière. Lancé au milieu des années 70, il a atteint des sommets avec des audiences de 15 à 18 millions de téléspectateurs. Pourtant, il a toujours gardé les pieds sur terre grâce à l’éducation de ses parents.
« Mon père me mettait la main sur l’épaule et me disait : Fais attention de ne pas arriver en retard », se souvient Patrick. Pour ses parents, être célèbre n’était pas une profession, mais une circonstance éphémère. « J’ai appris à atterrir dès que j’ai décollé », dit-il. Cette lucidité lui a permis d’éviter la mélancolie ou le regret du vedettariat, des maux dont souffrent de nombreux artistes de sa génération.

Une fresque de la France et des convictions affirmées
Le roman de Patrick Sabatier ne se limite pas à une introspection personnelle ; c’est aussi une fresque de la France de 1965 à 2025. À travers les yeux de Paul Saran, il reflète l’évolution de la société, de l’époque des flippers aux remous chaotiques des réseaux sociaux.
Il n’hésite pas à exprimer son malaise face au monde moderne, où « l’impulsivité remplace la réflexion » et où « la violence verbale s’abrite derrière l’anonymat ». Pour lui, l’éducation et la tolérance sont des valeurs fondamentales qui s’effritent sous le poids du communautarisme.
Conclusion : La libération par les mots
Aujourd’hui, à 70 ans passés, Patrick Sabatier trouve son équilibre auprès de sa famille, de sa femme et de ses petits-enfants. Il ne ressent plus la pression d’être à l’antenne, bien qu’il reçoive toujours des propositions. Pour lui, l’écriture est devenue une forme de méditation, une manière de se comprendre et de se réconcilier avec le passé.
« Ne le dis surtout pas à Paul » est un rappel que nous portons tous des secrets et des zones d’ombre. Et parfois, affronter ce que l’on « préférerait ne pas savoir » est le seul chemin vers une véritable paix intérieure.

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