C’est un monument de la chanson française, une voix qui a traversé les décennies, un visage familier qui fait partie de notre patrimoine. Mais connaissez-vous vraiment Michel Sardou ? Loin des projecteurs, des paillettes et des salles de concert combles, l’homme se révèle bien plus complexe, tourmenté et touchant que la star inébranlable que l’on imagine. Dans un entretien vérité face à Mireille Dumas, Michel Sardou a tombé le masque. Sans fard, sans détour, avec cette franchise brutale qui le caractérise, il livre un bilan de vie poignant, teinté de regrets mais aussi d’une incroyable soif de liberté.

Le Lourd Tribut de la Gloire

“L’ambition, ça bouffe la vie, ça bouffe l’amour, ça bouffe tout.” Cette phrase, lâchée comme un couperet, résume à elle seule le drame intime de Michel Sardou. On imagine souvent la vie d’artiste comme un rêve éveillé, fait de luxe et de volupté. Pour Sardou, la réalité fut tout autre : une course effrénée, un tourbillon incessant qui l’a coupé de l’essentiel.

Il raconte, avec une lucidité désarmante, ces années passées sur les routes, 300 jours par an. “Je prenais la bagnole, je faisais mon concert, j’allais dans la chambre d’hôtel… Je me levais tard parce que je picolais quand même un peu pour décompresser, et je recommençais.” Ce cycle infernal, dicté par la nécessité de “prouver”, de réussir, de frapper fort, a eu un coût exorbitant : sa vie de famille.

L’aveu est terrible : “J’ai raté mes femmes.” Il ne parle pas d’échecs amoureux banals, mais d’un rendez-vous manqué avec le bonheur conjugal à cause d’une absence physique et mentale chronique. Même présent, il avait “la tronche ailleurs”, obsédé par le prochain disque, la prochaine tournée. “On passe aussi à côté de ses enfants”, ajoute-t-il, évoquant ces moments perdus à jamais, où l’on réalise soudain que les petits sont devenus grands et nous disent “Bonjour Monsieur, ah non, Papa”. Un constat amer, qu’il refuse pourtant de qualifier de regret, car “ce qui est fait est fait”, mais qui résonne comme un avertissement pour tous ceux qui sacrifient tout à leur carrière.

L’Anti-Star : “Je n’aime pas qu’on me voie”

C’est un paradoxe fascinant. Michel Sardou, l’homme aux millions d’albums vendus, déteste jouer le jeu de la célébrité. Il se décrit comme quelqu’un de “normal”, qui sépare hermétiquement sa vie privée de sa vie publique. “Je n’aime pas les emmerdeurs”, lance-t-il avec son franc-parler légendaire. Au restaurant, il fait le vide autour de lui, non par arrogance, mais par besoin vital de paix.

Il garde un traumatisme profond de l’époque où la presse people, comme Jours de France, exigeait des mises en scène ridicules de la réussite : bains moussants dans des appartements somptueux, faux petits-déjeuners au lit avec Madame. “J’avais l’air d’un con”, se souvient-il. Aujourd’hui, il refuse de sourire sur commande. Il veut qu’on le prenne comme il est, sans artifice. Cette authenticité, parfois perçue comme de la froideur ou de la “gueule”, est en réalité la défense d’un homme pudique, timide au fond, qui ne s’est jamais trouvé beau et qui a appris à vivre avec son image sans jamais vraiment l’aimer.

Les Femmes : Son “Vrai Public”

S’il a “raté” ses mariages passés, Michel Sardou voue une admiration et une reconnaissance éternelle aux femmes. “Le vrai public, c’est féminin”, affirme-t-il. Il décrit avec humour ces scènes de concert où les épouses, ferventes admiratrices, traînent des maris réticents qui préféreraient regarder un match de foot. Il voit ces hommes faire la tête pendant qu’à côté, leurs femmes chantent, dansent et vivent l’instant à fond.

Mais au-delà du public, c’est dans l’intimité qu’il a enfin trouvé l’apaisement. Avec Anne-Marie Périer, il forme aujourd’hui un couple “formidable”. Il parle d’elle avec une tendresse infinie, louant son intelligence et sa capacité à s’occuper de tout, y compris de lui. Après des années d’errance affective, il a trouvé celle sur qui se reposer, celle à qui il peut montrer son “vrai visage”, ses peurs et ses chagrins. “Une femme, une vraie”, insiste-t-il, rejetant l’idée de chercher une mère ou une sœur dans l’épouse. Et surtout, il s’est toujours méfié du démon de midi : pas question pour lui d’épouser une “petite Lolita” de vingt ans. Michel Sardou assume son âge et cherche une compagne de vie, pas un trophée.

Père et Fils : Une Relation à Construire

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La présence de son fils, David, sur le plateau apporte un éclairage nouveau sur Sardou le père. Loin des clichés larmoyants, Michel avoue son incompétence totale avec les bébés : “Je ne sais pas quoi en faire, je ne sais pas donner un biberon, je m’y prends comme un manche.” Il ne s’est intéressé à ses enfants qu’une fois devenus adultes, capables de dialoguer.

David, loin de lui en tenir rigueur, décrit un père qui a su leur laisser leur liberté, ne se mêlant pas de leur vie privée mais restant un modèle de professionnalisme. Michel, lui, est fier que son fils ait su se faire un prénom sans l’utiliser comme un passe-droit. Il se revoit sans doute en lui, lui qui a dû s’imposer face à l’ombre de son propre père, le grand Fernand Sardou.

L’Héritage ? “Je Gaspille Tout !”

C’est peut-être la partie la plus surprenante de sa philosophie. Michel Sardou a une “horreur” viscérale des héritages. De son père, il n’a reçu qu’un chapeau. Et il en est reconnaissant. “Quel mérite vous avez si vous recevez tout ?”, s’interroge-t-il.

Fidèle à cette logique, il ne compte rien laisser de matériel. “Je gaspille, je jette par les fenêtres, je paie mes impôts (je suis resté en France, quel con !)”, plaisante-t-il à moitié. Il vit dans le présent, profite de l’argent qu’il a gagné à la sueur de son front, refusant d’accumuler pour l’après. C’est une vision de la vie épicurienne, presque anarchiste, où l’accumulation ne compte pas, seul l’instant présent a de la valeur.

“J’ai Vécu”

À l’heure du bilan, Michel Sardou ne veut ni remords ni regrets. Il a changé d’avis dix-huit fois, a été traité de facho, d’homme de droite, a chanté tout et son contraire, mais il a toujours été sincère. Il se définit comme un “anarchiste conservateur”, une étiquette qui ne veut rien dire mais qui lui va si bien.

Il conclut avec une puissance émotionnelle rare, citant les paroles de sa chanson Salut : “Pour justifier mon existence et mériter mon salut, je dirai pour ma défense : J’ai vécu.”

Oui, Michel Sardou a vécu. Intensément, maladroitement parfois, passionnément toujours. Et c’est peut-être cette humanité brute, avec ses failles et ses excès, qui le rend, au final, si proche de nous.

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