Michel Sardou a toujours été l’homme des contrastes. Voix rocailleuse, tempérament volcanique et textes qui divisent, il incarne depuis plus de cinquante ans une certaine idée de la France. Pourtant, à 78 ans, loin des projecteurs de Bercy et de la fureur des polémiques, c’est un homme d’une vulnérabilité désarmante qui se livre. Dans un élan de lucidité rare, l’interprète de « La Maladie d’amour » revient sur le parcours sinueux de sa vie sentimentale, marquée par trois mariages qui, s’ils ont été ses plus grandes sources d’inspiration, constituent aujourd’hui le socle d’une mélancolie profonde.
L’ombre des parents et les débuts d’un rebelle
Pour comprendre l’homme et ses difficultés à s’ancrer dans le bonheur conjugal, il faut remonter à ses racines. Fils de Fernand et Jackie Sardou, Michel grandit dans les coulisses des théâtres parisiens. Entre un père acteur populaire et une mère au caractère de feu, il respire l’art dramatique avant même de savoir marcher. Mais ce monde de paillettes a un prix : la solitude. Enfant spectateur de la gloire de ses parents, il apprend très tôt que ceux qui vivent pour le public appartiennent rarement tout à fait à leur famille. Cette dualité entre le besoin d’être admiré et la souffrance de l’absence marquera au fer rouge sa propre vision du foyer.

Françoise Pétré : L’amour de jeunesse sacrifié sur l’autel de la gloire
Son premier grand amour, Michel Sardou le vit avec Françoise Pétré, une danseuse rencontrée en 1965. Elle est celle qui l’a connu avant les disques d’or, avant les foules hurlantes. Ensemble, ils ont deux enfants, Sandrine et Romain. Mais le succès foudroyant de titres comme « Les bals populaires » ou « Le Rire du sergent » vient tout balayer. Accaparé par une carrière qui explose, Sardou devient un mari insaisissable. « J’étais trop jeune, trop pressé de vivre mille vies à la fois », avoue-t-il aujourd’hui. En 1977, le divorce est prononcé, laissant une première cicatrice : celle d’un amour pur dévoré par l’ambition.
Babette : La passion orageuse et le « tyran de la perfection »
La même année, Michel épouse Élisabeth Haas, dite Babette. C’est l’époque de la démesure. Mannequin, actrice, Babette incarne la liberté et la beauté. Leur union, dont naîtront Anthony et Davy, dure plus de vingt ans. C’est la période de la consécration absolue pour le chanteur. Cependant, derrière les photos de presse glamour, la réalité est plus sombre. Sardou reconnaît avoir été un « tyran de la perfection », exigeant autant des siens que de lui-même. La passion, trop vive, finit par brûler le couple. Malgré un respect mutuel qui perdure encore aujourd’hui, cette rupture signe pour lui l’échec de la passion face au quotidien.

Anne-Marie Perrier : Le port d’attache et la sérénité retrouvée
En 1999, une nouvelle page s’ouvre avec Anne-Marie Perrier, rédactrice en chef du magazine Elle. Avec elle, pas de jeux de pouvoir ni de rapports de force. Elle est son égale, sa complice, son refuge. Mariés à Neuilly-sur-Seine sous le regard de leurs amis du show-business, ils trouvent enfin un équilibre en Normandie. Anne-Marie lui apprend l’apaisement et le goût des choses simples, loin du tumulte médiatique. Elle est celle qui a su dompter le lion, lui offrant une fin de carrière plus sereine, entre théâtre et réflexions introspectives.
Un bilan teinté de tristesse : « Le bonheur est une erreur »
Pourtant, malgré cette paix apparente, Michel Sardou ne cache pas une certaine tristesse lorsqu’il regarde dans le rétroviseur. Il qualifie ses trois mariages de « plus belles erreurs » de sa vie. Pour lui, le bonheur n’est jamais un état durable, mais une succession d’éclats qui s’éteignent avec le temps. « J’ai voulu être aimé comme un homme ordinaire, mais on m’aimait toujours comme Michel Sardou », confie-t-il avec amertume. Cette phrase résume le drame de sa vie : l’impossibilité de dissocier l’icône de l’homme privé.
Ses chansons, de « Dix ans plus tôt » aux « Vieux mariés », n’étaient pas de simples fictions, mais les fragments d’un journal intime déguisé en mélodies. À 78 ans, Michel Sardou ne cherche plus à plaire ni à justifier ses choix. Il observe son passé avec une humilité touchante, conscient d’avoir « aimé trop fort, trop mal, mais toujours vrai ». Il nous laisse l’image d’un homme qui, malgré les épreuves et les séparations, n’a jamais cessé de croire que l’amour est la seule aventure qui vaille la peine d’être vécue, même si elle finit parfois dans le silence des souvenirs.

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