Le paysage politique français est souvent décrit comme un affrontement entre trois blocs : la France rurale de Marine Le Pen, les centres-villes macronistes et les banlieues de Jean-Luc Mélenchon. Pourtant, dans une intervention médiatique récente qui fait couler beaucoup d’encre, le philosophe Michel Onfray rappelle avec force l’existence d’une « quatrième France ». Celle qui se tait, celle qui ne vote plus, et que les élites préfèrent qualifier de lâche pour ne pas avoir à affronter ses raisons. Pour Onfray, le diagnostic est sans appel : notre système démocratique n’est plus que l’ombre de lui-même, maintenu dans un « coma artificiel » par une classe politique qui a troqué la souveraineté populaire contre le marketing électoral.

Le courage de l’abstention : une rupture consciente

Lorsqu’on l’interroge sur son refus de se rendre aux urnes, Michel Onfray balaie d’un revers de main les leçons de morale habituelles. Pour beaucoup de commentateurs et de politologues, ne pas voter est un acte de faiblesse ou de paresse. Le philosophe inverse totalement la perspective. Il pointe du doigt l’absurdité de certains reports de voix : « Voter Macron après avoir voté Mélenchon au premier tour, si c’est ça le courage, alors je veux bien être lâche. »

Pour lui, l’abstention n’est pas un manque d’intérêt, mais un refus conscient de participer à un « jeu pipé ». Pourquoi continuer à jouer quand les règles sont faussées et qu’il n’y a plus rien à gagner pour le peuple ? Onfray décrit une France où les citoyens ont compris qu’on se moquait d’eux. Ce n’est pas de la désertion, c’est une grève politique. Le contrat social, socle de notre République, semble aujourd’hui rompu, remplacé par un « mensonge perpétuel » où la démagogie de droite comme de gauche règne en maître.

La mort de la souveraineté et le peuple « décoratif »

Le cœur de l’argumentation d’Onfray réside dans la perte de souveraineté de la France, qu’il date du traité de Maastricht. Pour lui, la Ve République telle que pensée par le Général de Gaulle est morte. À l’époque, le pouvoir était lié à une responsabilité réelle devant le peuple : si le Président perdait une élection législative ou un référendum, il démissionnait. Aujourd’hui, ce mécanisme de reddition de comptes a disparu.

Le peuple est devenu « décoratif ». On ne gouverne plus avec lui, on cherche simplement à le séduire comme un « consommateur fatigué ». Le philosophe dénonce une politique spectacle où les candidats rivalisent de propositions superficielles pour flatter des segments d’électeurs : l’un promet de supprimer le permis à points, l’autre va chasser avec les ruraux. Cette approche est perçue par Onfray comme un profond mépris, traitant les citoyens comme des « beaufs » que l’on peut manipuler avec quelques mesures démagogiques au lieu de traiter les enjeux de fond de la souveraineté et de la dignité nationale.

Un sursaut impossible ?

Face à ce constat sombre, existe-t-il encore un espoir de réconciliation ? Michel Onfray se montre particulièrement pessimiste. Bien qu’il soit toujours inscrit sur les listes électorales, il affirme avec une détermination glaciale que rien ne pourrait le pousser à voter dimanche prochain. Même dans le cas hypothétique où sa seule voix ferait la différence, il resterait chez lui.

Michel Onfray s'explique sur son refus de participer à l'Emission politique  (VIDEO) - Télé 2 Semaines

Cette posture n’est pas une simple provocation. Elle s’inscrit dans une tradition de pensée qu’il définit comme un « vieux gaullisme de gauche » ou un « socialisme proudhonien ». C’est la conviction que la démocratie doit être le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple, et que tant que ces conditions ne sont pas réunies, participer au système revient à valider une illusion.

Conclusion : Vers une nouvelle donne politique ?

L’analyse de Michel Onfray nous force à regarder en face la fracture béante qui divise la France. Au-delà des cartes électorales colorées des politologues, il existe une réalité sociologique et psychologique beaucoup plus profonde : celle d’un peuple qui se sent trahi et qui a choisi le silence comme ultime forme de résistance.

La question posée par le philosophe reste en suspens : comment reconstruire un contrat social quand la confiance est à ce point brisée ? Si la démocratie est effectivement en coma artificiel, il faudra bien plus que des promesses de campagne pour la réveiller. Il faudra sans doute une remise en question totale de notre manière d’exercer le pouvoir et un retour réel à la souveraineté populaire. En attendant, le silence de la « quatrième France » continue de crier plus fort que tous les discours politiques.

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