Le monde catholique français ne parle que de cela. Après des semaines d’un silence pesant et une démission qui a retenti comme un coup de tonnerre sous les voûtes de Notre-Dame, Monseigneur Michel Aupetit a décidé de reprendre la parole. Dans un entretien d’une rare intensité accordé au Parisien, l’ancien archevêque de Paris revient sur les tempêtes qui l’ont emporté, entre rumeurs de liaison amoureuse et photographies volées par la presse people. C’est un homme blessé mais combatif qui s’exprime, bien décidé à laver son honneur face à ce qu’il qualifie de « cabale ».

Une amitié spirituelle sous le feu des critiques

Au cœur de la tourmente se trouve une femme : Laetitia Callemeyn. Théologienne reconnue, elle est celle que l’on a vue aux côtés du prélat sur des clichés publiés par Paris-Match, lors d’une promenade dans la forêt de Meudon. Pour Michel Aupetit, l’interprétation médiatique de ces images est purement et simplement « ignoble ». Sans détour, il clarifie la nature de leur lien : « Cela n’a rien à voir avec une relation d’amour ou une relation sexuelle. »

Il décrit une connexion profonde, mais située sur un plan strictement intellectuel et spirituel. « C’est une belle personne, bien plus intelligente que moi, qui m’aide beaucoup pour réfléchir », confie-t-il. Pour l’archevêque, le fait qu’un homme d’Église ne puisse plus partager un repas ou une marche avec une amie sans être traqué par des paparazzi est le signe d’une dérive inquiétante de notre société. Accompagné de son avocat, il prépare d’ailleurs une plainte pour diffamation, refusant que son silence passé soit perçu comme un aveu de culpabilité.

Le pape François a accepté la démission de l'archevêque de Paris, Mgr Michel  Aupetit - l'Opinion

L’ombre des mails de 2012 : « Je suis médecin avant tout »

L’affaire ne s’arrête pas à cette amitié récente. En novembre 2021, le magazine Le Point révélait l’existence d’échanges de courriels datant de 2012 entre Michel Aupetit et une autre femme. Là encore, l’ancien archevêque apporte une explication qui mêle son passé de médecin à sa mission de prêtre. Il décrit une personne souffrant de solitude extrême, qui s’était attachée à lui.

S’il admet avoir répondu à ses courriers et lui avoir prodigué un massage pour soulager un mal de dos, il rappelle avec fermeté sa formation initiale : « Je rappelle que je suis médecin. » Pour lui, ces gestes de soin et d’écoute ont été mal interprétés et sortis de leur contexte pour construire un récit de liaison qui, selon ses dires, n’a jamais existé.

Le Pape François et le « manquement » au sixième commandement

L’un des moments les plus marquants de cette crise fut l’intervention du Pape François lui-même. En acceptant la démission de l’archevêque le 2 décembre, le Souverain Pontife avait évoqué un « manquement au sixième commandement » (Tu ne commettras pas d’adultère), tout en précisant qu’il s’agissait de « petites caresses et de massages » faits à une secrétaire.

Sur ce point, Michel Aupetit est catégorique : il y a eu une confusion au sommet de l’Église. « Ma pauvre secrétaire n’a rien à voir avec tout cela », déplore-t-il. Il explique connaître parfaitement sa famille, avoir baptisé ses petits-enfants et entretenir des rapports purement professionnels et amicaux avec elle. Pour lui, le Pape a été induit en erreur par un mélange des différents éléments de l’histoire, ce qui a rendu sa position de gouvernance impossible une fois sa réputation entachée.

Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à Saint-Germain l'Auxerrois pour  l'installation des nouveaux chanoines et la journée mondiale de la Vie  consacrée - Mgr Michel Aupetit - Diocèse de Paris

Le célibat des prêtres : un tiraillement dépassé ?

Cette affaire relance inévitablement le débat sur le célibat sacerdotal. Michel Aupetit n’a jamais caché qu’avant d’embrasser la vie religieuse, il avait, comme beaucoup, le désir de fonder une famille. Cependant, il assure aujourd’hui ne plus être habité par ce tiraillement. « Je ne le suis plus », affirme-t-il avec sérénité.

Malgré la violence des attaques et la perte de sa fonction prestigieuse, l’homme dit être « dans la paix ». Libéré du poids de la hiérarchie et de l’administration d’un diocèse aussi complexe que celui de Paris, il envisage l’avenir avec une forme de détachement. S’il n’a pas de plan précis pour la suite, sa détermination reste intacte : « Je vais continuer à servir le Christ et mes frères. »

Un homme libre face à son destin

En conclusion, Michel Aupetit se présente aujourd’hui comme un homme « libre ». Sa démission, bien que précipitée par une pression médiatique et ecclésiale insoutenable, semble lui avoir apporté un soulagement inattendu. En choisissant de parler, il ne cherche pas seulement à se justifier, mais à protéger ceux qui ont été injustement traînés dans la boue à ses côtés.

L’affaire Aupetit restera sans doute dans les annales comme le symbole des tensions entre la vie privée des clercs, les exigences du ministère et l’appétit insatiable d’une ère numérique où l’image prime souvent sur la vérité. Mais pour l’ancien archevêque, l’essentiel est ailleurs : dans cette paix intérieure qu’il affirme avoir retrouvée loin des ors de l’archevêché, prêt à entamer un nouveau chapitre de sa vie de foi, envers et contre tous.

Qui est Mgr Michel Aupetit, le nouvel archevêque de Paris ?