C’est ce qu’on appelle un séisme diplomatique, une déflagration dont l’onde de choc n’a pas fini de faire trembler les couloirs feutrés du Quai d’Orsay. Il y a quelques heures à peine, lors d’une conférence à Rome, Giorgia Meloni, la Première ministre italienne, a décidé de briser les codes de la courtoisie européenne pour livrer une attaque d’une virulence rare contre la France. Sa cible ? Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères. Mais à travers lui, c’est tout le système Macron qui est visé, disséqué et jeté en pâture à une opinion publique déjà échaudée.

Une attaque frontale et sans filtre

Loin des discours aseptisés habituels, Meloni a frappé fort, là où ça fait mal. “Barrot parle de paix mais il soutient une guerre qui ruine l’Europe”, a-t-elle lancé, le regard noir, devant un parterre de journalistes internationaux médusés. Pour la dirigeante italienne, le ministre français n’est plus un interlocuteur crédible, encore moins un médiateur. Il est réduit au rang de simple “porte-parole”, un exécutant d’une politique dictée non pas à Paris, mais à Washington et Bruxelles.

Cette accusation de “vassalisation” de la France est le cœur du réquisitoire de Meloni. Elle peint le portrait d’une nation qui a perdu sa boussole, sacrifiant sa souveraineté sur l’autel d’une alliance atlantiste aveugle. “Comment la France peut-elle prétendre être une grande puissance quand elle suit aveuglément les ordres de l’OTAN ?”, interroge-t-elle. Une question qui résonne cruellement alors que l’influence française semble s’effriter sur la scène mondiale.

L’argent des Français : le nerf de la guerre

Mais là où le discours de Meloni devient véritablement explosif, c’est lorsqu’elle connecte la haute diplomatie au quotidien difficile des Français. Elle ne se contente pas de parler géopolitique ; elle parle portefeuille. Avec un pragmatisme redoutable, elle met en balance les milliards dépensés pour l’armement et la détresse économique des ménages.

“Une politique qui envoie des missiles Scalp en Ukraine tout en laissant les Français payer des factures d’énergie exorbitantes”, a-t-elle martelé. La comparaison est brutale, mais elle fait mouche. D’un côté, des livraisons d’armes coûteuses – chars Leclerc, missiles sophistiqués – financées par l’argent public. De l’autre, des hôpitaux qui manquent de tout, des industries qui délocalisent et des citoyens qui peinent à boucler leurs fins de mois.

Meloni n’hésite pas à vanter son propre bilan pour mieux humilier son voisin. Elle rappelle que l’Italie a su diversifier ses approvisionnements énergétiques pour protéger ses citoyens, tandis que la France, selon elle, s’enfonce dans une dépendance coûteuse au gaz américain. “Pourquoi la France a-t-elle abandonné des approvisionnements fiables pour des promesses américaines ?”, demande-t-elle avec un sourire narquois. Une pique qui souligne l’ironie d’une France nucléaire devenue vulnérable sur le plan énergétique.

Le spectre de 2027 et l’alliance souverainiste

Cette sortie de Meloni n’est évidemment pas un acte isolé ou impulsif. C’est un coup politique calculé. En s’attaquant à Barrot et Macron, elle tisse sa toile en vue des prochaines échéances européennes et françaises. Elle se pose en alliée naturelle des souverainistes, faisant écho aux critiques de Marine Le Pen et Viktor Orbán.

Les chiffres avancés font froid dans le dos : une dette publique française frôlant les 3 000 milliards d’euros, un budget défense qui explose, et des fonds spéciaux financés par l’endettement. Pour Meloni, la France de Macron a choisi “la guerre et l’endettement plutôt que la prospérité de son peuple”. Elle sait que ce discours porte, alors que 57 % des Français se disent désormais opposés aux livraisons d’armes à l’Ukraine.

En désignant Zelensky non pas comme un héros mais comme un “chef de guerre”, Meloni brise un autre tabou majeur. Elle suggère que la France s’entête dans un conflit sans issue, entraînant l’Europe vers le précipice, tandis que l’Italie prône une “Europe des nations” où chaque pays défendrait d’abord ses propres intérêts.

Giorgia Meloni s'érige en modèle pour l'extrême droite française

La France, un géant aux pieds d’argile ?

Le tableau dressé par la Première ministre italienne est sombre : une armée française à bout de souffle, peinant à recruter, affaiblie par les choix de l’exécutif, mais qui veut pourtant “jouer les héros”. C’est l’image d’une puissance en déclin qui est renvoyée à la face du monde.

Meloni joue habilement sur les frustrations. Elle sait que les “vrais gagnants” de cette politique ne sont ni les Ukrainiens, ni les Français, mais les industriels de l’armement. En pointant du doigt ces bénéfices de guerre, elle attise la colère populaire contre une élite jugée déconnectée.

Alors que Jean-Noël Barrot reste pour l’instant silencieux face à cette charge, la question se pose : la France peut-elle continuer sur cette voie ? Les mots de Meloni, aussi durs soient-ils, obligent à une introspection. Sommes-nous devenus les “pions de l’OTAN” qu’elle décrit ? Alors que l’échéance de 2027 approche, avec un Macron inéligible et une Marine Le Pen en embuscade, cette intervention italienne pourrait bien être le prélude d’un bouleversement politique majeur. Une chose est sûre : entre Rome et Paris, le temps n’est plus à la “dolce vita”, mais au duel au soleil.

Jean-Noël Barrot, le plus politique des ministres tech – L'Express