La scène avait tout du piège parfait, de l’arène préparée pour le gladiateur que l’on s’apprête à livrer aux lions. Manuel Bompard, coordinateur de La France Insoumise, invité à la 7e édition de la Rencontre des Entrepreneurs de France (REF). Un homme de la gauche radicale, venu prêcher, non pas à des convertis, mais à une assemblée de 10 000 chefs d’entreprise, le cœur battant du capitalisme français. Face à lui, sur l’estrade, des poids lourds de la politique nationale : Gabriel Attal, Bruno Retailleau, Jordan Bardella. L’ambiance était électrique, les attentes palpables.
Pourtant, ce qui aurait dû être une confrontation tendue, un exercice de défense prudent, s’est transformé en une offensive rhétorique d’une rare intensité. Manuel Bompard n’est pas venu en victime expiatoire ; il est venu en procureur. Et sa cible la plus directe, celle qui a visiblement le plus accusé le coup, fut Bruno Retailleau. La vidéo de l’événement, au titre provocateur, parle d’une “humiliation” de Retailleau, “mettant sa main devant son visage car il ne savait plus où se mettre”.
Le coup a été porté avec une précision chirurgicale. Bompard a commencé son intervention en s’adressant directement au parterre d’entrepreneurs, non sans une pointe d’ironie, soulignant “l’hypocrisie” ambiante. Il a pointé du doigt ces “familles politiques”, visant sans le nommer encore M. Retailleau, qui, “pendant des années et des années”, ont chanté les louanges de la “dérèglementation” et de la “libéralisation à outrance”, avant de “se réveiller” aujourd’hui en se découvrant soudainement partisans de “formes de protection”.

Puis, l’attaque est devenue frontale. Répondant à Retailleau qui accusait la gauche d’être responsable de la situation économique difficile du pays, Bompard a dégainé : “Depuis 30 ans, monsieur Retailleau, c’est les logiques économiques qui sont les logiques économiques de libéralisation à outrance ! C’est des budgets de compression et de réduction de l’investissement public qui sont à l’œuvre et qui sont responsables de la situation !”
Mais l’honnêteté intellectuelle, ou la stratégie politique, de Bompard ne s’est pas arrêtée là. Il a également balayé dans la même critique l’héritage de François Hollande, affirmant que ce dernier “s’est converti à la logique de la politique de l’offre” avec le CICE (Crédit d’Impôt pour la Compétitivité et l’Emploi). Il a rappelé la promesse de l’époque, relayée par le MEDEF : 20 milliards d’exonérations en échange d’un million d’emplois. “Il y a eu à peine 100 000 emplois qui ont été créés”, a-t-il martelé, “Tout le monde le sait”. Le message était clair : la politique de l’offre, qu’elle soit de droite ou “convertie” de gauche, a échoué.
Cette critique du passé a servi de tremplin pour atomiser le présent. Emmanuel Macron, et par extension le gouvernement Bayrou, ne sont, selon Bompard, que les héritiers et continuateurs de cette même lignée politique. Le résultat ? Il l’a chiffré devant les entrepreneurs : un investissement “à l’arrêt”, des “salaires réels relativement à l’inflation qui ont baissé de 3 % depuis qu’Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir”, et une “croissance qui est à l’arrêt”.
S’opposant au slogan du Premier ministre “la confiance ou le chaos”, Bompard a retourné l’argument avec une efficacité redoutable : le chaos, selon lui, est déjà là. “On a atteint dans notre pays un record historique de pauvreté”, “les émissions de gaz à effet de serre repartent à la hausse”, “il y a des records dans les faillites des entreprises”. Et ce chaos, a-t-il insisté, est le fruit direct de la politique d’austérité actuelle. Il a expliqué, dans une pédagogie adressée aux chefs d’entreprise, que dans un pays où la “consommation populaire” représente 50% de la richesse, une politique d’austérité qui réduit le pouvoir d’achat se traduit inévitablement par “des carnets de commande qui sont plus faibles” et donc “des entreprises qui ont des difficultés économiques”.
Face à ce constat sombre, que propose-t-il ? “Changer, mais complètement, radicalement et totalement de logique économique”. Bompard a alors déroulé son alternative : “l’inverse de la politique de l’offre”. Il a prôné une “politique de la relance sociale”, de la “relance écologique”, et une “reprise des investissements publics”. Le mot clé de son intervention fut “planification”. Il a tenté de rassurer l’auditoire en expliquant qu’il ne s’agissait pas de dicter aux entreprises leur conduite, mais de leur donner de la “prédictibilité”.

L’exemple de l’énergie fut le plus parlant. Il a critiqué le “marché européen de l’électricité” (accusant au passage Bardella de l’avoir soutenu par son abstention au Parlement européen) pour ses “prix fluctuants”. À l’inverse, il a proposé des “prix réglementés”, arguant que la “prédictibilité” est le “meilleur allié des chefs d’entreprise, beaucoup plus que la logique de marché”. Il a également taclé Attal sur le nucléaire, rappelant que les nouveaux réacteurs ne seraient pas en service avant 2040 et critiquant la droite et le RN pour avoir voté un “moratoire sur le développement des énergies renouvelables”, un “secteur économique qui se développe”.
Mais le moment le plus tendu, le plus “courageux” selon sa propre rhétorique, fut l’abord du modèle social. “Vous pouvez me siffler, ça ne me dérange pas”, a-t-il lancé, bravache, avant de refuser “catégoriquement la logique qui consiste à penser que le problème aujourd’hui c’est qu’il y aurait une horde de travailleuses et de travailleurs qui ne voudrait pas travailler”. Il a dénoncé les réformes successives de l’assurance chômage et a sorti un chiffre : “Aujourd’hui en France, il y a un emploi non pourvu pour 26 personnes qui recherchent un emploi”.
Il a également fustigé la proposition d’augmenter les jours de carence à six jours, la jugeant contre-productive : “Un salarié qui va être malade pendant toute sa première semaine, il sera pas payé. […] Vous savez comme moi ce que ça va produire comme résultat : c’est que quelqu’un qui a une maladie pas très grave, eh ben il va venir travailler, et le risque c’est aussi la propagation de cette maladie”.
La solution, pour Bompard, n’est pas de “flécher” les chômeurs ou de pénaliser les malades, mais de créer des emplois par la “planification” dans des secteurs d’avenir : “l’économie de la mer”, “le numérique”, “la transition écologique”, “le spatial”. C’est cette création d’emplois qui, selon lui, permettra de financer durablement le modèle de protection sociale.
En quittant la scène, Manuel Bompard n’avait peut-être pas convaincu 10 000 patrons, mais il avait réussi son pari : il n’est pas apparu comme un idéologue déconnecté, mais comme un contradicteur armé, doté d’une vision économique alternative cohérente et chiffrée. Il n’a pas seulement “humilié” un adversaire par une joute verbale ; il a, l’espace d’une intervention, forcé le cœur du patronat français à écouter, sans filtre et sans caricature, une partition que celui-ci n’entend jamais. Il a transformé la fosse aux lions en une tribune.

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