Le 7 janvier marquera à jamais l’histoire de Saint-Tropez et de la culture française. Ce jour-là, le village varois, devenu mythique sous les traits d’une jeune femme insoumise, a dit adieu à sa plus grande légende : Brigitte Bardot. Pourtant, derrière l’émotion légitime des admirateurs et la solennité de l’instant, un vide abyssal a sauté aux yeux de tous les observateurs. Emmanuel Macron, le chef de l’État, n’était pas là. Aucun hommage national, aucun drapeau en berne au sommet de la République, aucun représentant de premier plan pour saluer celle qui fut, pendant des décennies, le visage de la France à l’étranger. Cette absence n’est pas qu’une question d’agenda ; elle est le reflet d’une fracture complexe entre une icône indomptable et une institution qui cherche désespérément le consensus.
Une cérémonie sous haute tension et un protocole verrouillé
Tout a été orchestré pour que ces adieux ne ressemblent à aucune autre cérémonie de cette envergure. À l’église Notre-Dame-de-l’Assomption, au cœur du village, l’ambiance était au recueillement strict et à l’intimité protégée. Contrairement aux obsèques grandioses d’un Johnny Hallyday ou d’un Charles Aznavour, le public a été tenu à distance, relégué derrière des écrans géants installés sur le port et la place principale. L’inhumation, quant à elle, s’est déroulée à huis clos dans le cimetière marin, loin des caméras et de la ferveur populaire.
Ce choix de la discrétion, s’il respecte officiellement la volonté de la famille, pose une question fondamentale : pourquoi l’État est-il resté en retrait ? On apprend qu’une proposition d’hommage national avait été discrètement évoquée par l’Élysée, mais elle n’a trouvé aucun écho chez les proches de l’actrice. Ce silence de la famille Bardot agit comme une ultime frontière, une manière de dire que BB n’appartient pas à l’administration, mais à ses proches et à son public.

Le malaise présidentiel : Une légende trop complexe pour la République ?
Il y a quelques jours encore, Emmanuel Macron saluait la mémoire de Brigitte Bardot en la qualifiant de “légende”. Les mots étaient là, respectueux, presque affectueux. Alors pourquoi ce retrait au moment de l’ultime geste ? En France, la présence du Président à des funérailles est un langage en soi. Elle signifie l’unité de la nation autour d’un héritage partagé. Or, l’héritage de Bardot est tout sauf consensuel.
Adulée pour son talent et son combat pour la cause animale, l’actrice était aussi une figure contestée pour ses prises de position politiques tranchées et ses multiples condamnations. Pour l’État, célébrer officiellement Bardot, c’est prendre le risque de cautionner l’intégralité de son discours. Dans ce contexte, la prudence devient la règle. L’absence présidentielle n’est pas un désaveu de l’artiste, mais une esquive diplomatique. Emmanuel Macron a choisi de laisser la mémoire de Bardot se construire hors du cadre républicain, évitant ainsi de trancher un débat qui divise encore profondément les Français.
L’ombre de Marine Le Pen : Le contraste qui dérange
Tandis que le fauteuil de l’État restait vide, une autre présence a capté toute l’attention : celle de Marine Le Pen. Sa venue, confirmée et assumée, a jeté une lumière crue sur le décalage entre la mémoire officielle et la mémoire partisane. Brigitte Bardot n’avait jamais caché son admiration pour la figure de proue du Rassemblement National, allant jusqu’à la qualifier de “Jeanne d’Arc moderne”.

Ce face-à-face symbolique — l’absence de Macron d’un côté, la présence de Le Pen de l’autre — dessine une ligne de fracture nette. Il souligne que certaines légendes échappent au récit national pour devenir des étendards militants. Pour les uns, cette proximité ternit l’image de l’icône ; pour les autres, elle confirme son courage et son refus de la langue de bois. En refusant de se fondre dans le moule du consensus, Bardot a rendu son hommage national impossible, mais sa mémoire plus vivante que jamais.
Une icône a-t-elle besoin de l’État pour être éternelle ?
Au terme de cette journée chargée de symboles, une certitude demeure : Brigitte Bardot n’a jamais cherché la reconnaissance des institutions. Elle a vécu en rupture, elle est partie en rupture. Si la République cherche l’unité, Bardot, elle, a toujours préféré la vérité de ses convictions, quitte à fracturer l’opinion.
L’absence d’Emmanuel Macron, loin d’être un oubli, est peut-être l’hommage le plus fidèle que l’on pouvait rendre à une femme qui a passé sa vie à fuir les cadres et les discours officiels. Une légende n’a pas besoin de protocole pour durer ; elle survit dans le regard de ceux qui l’ont aimée, dans les débats qu’elle suscite et dans le silence respecté de sa dernière demeure. À Saint-Tropez, le 7 janvier, la nation était présente, non pas par ses représentants, mais par ses souvenirs. Et c’est sans doute ainsi que BB aurait voulu être laissée : libre, indomptable et éternellement hors cadre.

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