Elle a un jour murmuré des mots qui résonnent aujourd’hui avec une puissance prophétique : “Je ne suis pas faite pour ça. Je n’aime pas être sous les projecteurs. Je n’aime pas qu’on me voit.” Pendant trois décennies, Liudmila Alexandrovna Poutina fut la silhouette silencieuse aux côtés de l’un des hommes les plus puissants et les plus redoutés de la planète. Alors que Vladimir Poutine redessinait la carte géopolitique mondiale, elle restait en retrait, un mystère enveloppé dans la rigidité du protocole du Kremlin. Mais son histoire, loin d’être un simple second rôle, est une véritable saga de transformation, d’isolement, de sacrifice et d’une étonnante réinvention.

D’hôtesse de l’air à Kaliningrad à Première Dame la plus secrète de l’histoire moderne, sa vie fut un long chemin pavé de non-dits. Aujourd’hui, loin de l’oppressante surveillance de Moscou, Liudmila s’est construit une nouvelle existence, une vie de luxe et d’anonymat sur la côte basque française. Une vie financée par un empire commercial discret mais étonnamment rentable, bâti sur les cendres de son mariage présidentiel. Voici la vérité cachée sur l’ex-épouse de Vladimir Poutine.

Les Rêves d’une Jeune Philologue

Née en 1958 à Kaliningrad dans une famille ouvrière modeste, la jeune Liudmila Schrebneva ne se destinait pas à la grandeur politique. Passionnée de littérature, de poésie et de langues, elle nourrissait des ambitions artistiques. L’adolescente rêvait de devenir actrice, mais la prudence l’emporta. Elle opta pour des études techniques avant de tout lâcher pour multiplier les petits boulots : employée des postes, infirmière, puis hôtesse de l’air pour la compagnie soviétique Aeroflot.

Ce poste lui permit de voir le monde, mais la réalité était loin du prestige affiché. Entre les horaires éprouvants et la surveillance constante, elle apprit la dureté du système. Mais sa soif d’apprendre était intacte. Elle reprit finalement ses études à l’Université d’État de Leningrad, se spécialisant en philologie, avec une fascination pour l’espagnol et l’allemand. C’est dans cette ville, alors le cœur intellectuel de l’URSS finissante, que sa vie allait basculer.

La Rencontre avec l’Agent du KGB

Au début des années 1980, Liudmila assista à un spectacle humoristique. C’est là, par l’intermédiaire d’amis communs, qu’elle fut présentée à un jeune homme à l’allure discrète, presque terne : Vladimir Poutine. À l’époque, il était un officier en pleine ascension au sein du redoutable KGB.

La première impression fut loin d’être mémorable. “Il paraissait mal habillé, réservé, maladroit,” confia-t-elle bien plus tard. Pourtant, quelque chose l’attira. Leur relation s’installa dans une ambiguïté troublante. Poutine, déjà formé à l’art de l’observation et de la dissimulation, gardait son activité secrète. Ce n’est qu’après un an qu’il lui avoua froidement travailler pour le KGB.

Leur romance, si l’on peut l’appeler ainsi, fut une épreuve de loyauté constante. Poutine testait Liudmila. Il arrivait fréquemment en retard à leurs rendez-vous, sans un mot d’excuse, la laissant attendre, parfois en larmes, dans le métro. Elle raconta même qu’un inconnu l’avait un jour suivie et draguée ouvertement, un test qu’elle soupçonna plus tard avoir été orchestré par Poutine lui-même pour évaluer sa fidélité.

Après trois ans de cette relation éprouvante, la demande en mariage arriva, aussi dénuée de chaleur que le reste : “Tu connais mon caractère,” lui dit-il simplement. Liudmila accepta. Ils se marièrent le 28 juillet 1983, lors d’une cérémonie modeste.

La Vie dans l’Ombre : Dresde et l’Ascension

La vie conjugale ne fut pas un apaisement. En 1985, leur première fille, Maria, naquit à Leningrad. La même année, la famille déménagea à Dresde, en Allemagne de l’Est, où Poutine était en poste sous couverture diplomatique pour le KGB. Leur seconde fille, Yekaterina, y vit le jour l’année suivante.

Tandis que Poutine s’immergeait dans ses opérations clandestines, Liudmila se retrouva isolée dans un pays étranger, s’occupant seule des deux enfants. Ses proches la décrivirent comme “épuisée émotionnellement”. L’indifférence de son mari était palpable. Elle révéla qu’il n’avait pas assisté à la naissance de Maria et avait choisi seul le prénom de leur fille, contre son désir. “Je voulais l’appeler Natacha,” se souvint-elle. “Mais Volodia a insisté pour Maria… J’ai pleuré, mais il n’a jamais changé d’avis.”

Le retour en Russie en 1989 coïncida avec l’effondrement du bloc de l’Est et l’ascension politique fulgurante de Poutine. En 1990, alors qu’il était adjoint au maire de Saint-Pétersbourg, Liudmila fut victime d’un grave accident de voiture qui la laissa avec de multiples fractures. Poutine ne lui rendit pas visite à l’hôpital. Il était, paraît-il, “trop occupé” à recevoir le magnat américain Ted Turner, et envoya un assistant avec des fleurs.

Une Première Dame qui ne Voulait pas l’Être

Lorsqu’en 1999, Vladimir Poutine devint président par intérim, Liudmila fut propulsée dans un rôle qu’elle exécrait : celui de Première Dame. Elle tenta de s’investir, supervisant un fonds pour le développement de la langue russe, mais son malaise était évident. Elle fuyait les dîners d’État, les voyages officiels et les interviews. Les photos de leurs filles furent retirées de la circulation.

Sa franchise désarçonna le couturier officiel Slava Zaïtsev : “Je n’aime pas voyager. Je n’aime pas apparaître en public. Je n’étais pas prête pour ce rôle.” Elle se sentait écrasée par un monde de pouvoir et de faux-semblants pour lequel elle n’avait ni l’envie ni la préparation.

Les fissures du mariage devinrent des gouffres. Des témoignages de proches commencèrent à filtrer. Irena Pietch, une amie allemande, rapporta dans ses mémoires des conversations intimes où Liudmila décrivait son mari comme distant et autoritaire. Le mot qu’elle aurait utilisé était terrible : un “vampire”, affirmant qu’il l’avait “vidée de toute son énergie”. Elle se plaignait : “Il ne m’a jamais aidé pendant mes grossesses. Je portais des sacs lourds, poussais la poussette…”

La journaliste Natalia Gevorkian, qui l’interviewa en 2000, fut frappée par sa vulnérabilité. Liudmila lui fit cette confession déchirante, résumant des décennies de solitude : “Il ne m’a jamais prise dans ses bras.” Consciente de son sort, elle ajouta avec une lucidité résignée : “Il y a des femmes que les hommes admirent. Je pense ne pas faire partie de celles-là.”

Au début des années 2000, Liudmila disparut presque totalement, devenant une recluse dans les appartements du Kremlin.

La Libération et le Divorce Orchestré

Le 6 juin (probablement 2013), après des années de rumeurs, le couple fit une rare apparition conjointe à l’issue d’un ballet. Devant les caméras de la télévision d’État, dans une mise en scène presque clinique, ils annoncèrent leur séparation. “C’était une décision commune,” déclara Poutine, factuel. Liudmila, visiblement nerveuse mais digne, ajouta la justification officielle : “Notre mariage est terminé parce que nous ne nous voyons pratiquement plus.” Dix mois plus tard, le divorce était finalisé.

La Nouvelle Vie : Artur, Biarritz et les Millions

Sitôt libérée, Liudmila s’évapora. Les rumeurs les plus folles circulèrent : elle aurait été envoyée dans un couvent, ou simplement “écartée”. La vérité était tout autre. En 2016, les médias russes découvrirent qu’elle s’était remariée. L’heureux élu ? Artur Ocheretni, un homme d’affaires passionné de triathlon, de vingt ans son cadet.

Aujourd’hui, Liudmila Poutina, désormais Liudmila Ocheretnaya, mène une vie de quasi-anonymat. Mais cet anonymat est doré. Le couple résiderait principalement en France, dans une luxueuse villa estimée à plus de 7 millions de dollars, nichée près de Biarritz sur la côte basque.

Mais d’où vient cet argent ? Le règlement du divorce reste un secret d’État. Si la fortune déclarée de Poutine est modeste, les enquêtes internationales estiment sa richesse réelle à plus de 40 milliards de dollars. Liudmila n’a sûrement pas eu accès à cet empire offshore, mais elle n’est pas partie les mains vides.

Plus surprenant encore, elle est devenue une femme d’affaires avisée. Elle est propriétaire d’une société nommée “Carmony”, spécialisée dans les prêts sur gage automobiles. Étonnamment, cette entreprise s’est révélée très rentable, prospérant même pendant que la Russie subissait de lourdes sanctions. En 2022, elle lui aurait rapporté près de 700 000 dollars de bénéfices.

Mais la véritable poule aux œufs d’or provient de son passé de Première Dame. Le “Centre pour le Développement des Communications Interpersonnelles” (CDIC), une organisation qu’elle avait cofondée, est installé dans un bâtiment historique au cœur de Moscou, la Maison Volkonski. Ce bâtiment, classé au patrimoine, a été transformé en un immeuble commercial moderne loué à prix d’or à des géants comme VTB Bank, Sberbank, et même Burger King. Ces locations génèrent environ 3 à 4 millions de dollars par an. Cet argent est versé à une société (Meridiane, détenue par InterierService) qui, comme l’ont révélé les registres, est entièrement au nom de… Liudmila Schrebneva, son nom de jeune fille.

Son nouvel époux, Artur Ocheretni, est d’ailleurs le président actuel de ce même CDIC.

Cette richesse et ces liens évidents avec des structures liées à l’État russe lui ont valu d’être ajoutée à la liste des sanctions du Royaume-Uni en mai 2022, le gouvernement britannique estimant qu’elle avait “bénéficié de relations d’affaires préférentielles avec des entités détenues par l’État”.

D’une Première Dame silencieuse et malheureuse à une résidente fortunée de la côte d’Azur, le parcours de Liudmila est une fascinante histoire d’évasion. Elle a fui l’ombre de l’homme le plus puissant de Russie pour trouver la paix et, manifestement, la prospérité. Comme l’a résumé une amie, elle n’a jamais été faite pour le Kremlin. Tout ce qu’elle voulait, c’était être libre. Elle l’est aujourd’hui, mais son histoire reste inextricablement liée aux rouages opaques de la richesse et du pouvoir post-soviétiques.