Le monde de la gastronomie française est en état de choc. Celui que l’on surnommait le « chef prodige », l’ami intime des stars internationales et le successeur d’Alain Ducasse au prestigieux Plaza Athénée, voit son nom désormais associé à des rubriques bien plus sombres que celles de la critique culinaire. À 44 ans, Jean Imbert traverse une tourmente sans précédent, marquée par des accusations graves de violences conjugales, de harcèlement psychologique et de séquestration. Ce qui semblait être une ascension irrésistible vers les sommets s’est transformé en une chute brutale, révélant une face cachée que peu osaient soupçonner.

L’ascension d’un enfant chéri des médias

Né en 1981, Jean Imbert a très tôt su marier son talent derrière les fourneaux avec une maîtrise parfaite de son image. Révélé au grand public en 2012 par sa victoire dans la saison 3 de Top Chef, il est devenu l’incarnation d’une nouvelle génération de cuisiniers : décontractés, connectés et mondains. De l’ouverture de son restaurant L’Acajou à sa collaboration avec Dior, Imbert était partout. Il cuisinait pour Beyoncé, Marion Cotillard ou encore Pharrell Williams, transformant chaque plat en un événement social partagé par des millions d’abonnés. Cependant, derrière ce vernis de réussite et de sourires sur Instagram, des voix commençaient à murmurer.

Le basculement : La libération de la parole

C’est en avril 2025 que tout bascule. Une enquête publiée par un grand magazine féminin brise le silence. Quatre femmes, anciennes compagnes du chef, témoignent de l’enfer vécu dans l’intimité. Les mots sont forts : climat de terreur, contrôle permanent, humiliations systématiques. Mais c’est la prise de parole de figures publiques qui donne à l’affaire une résonance nationale. Alexandra Rosenfeld, Miss France 2006, qui a partagé la vie du chef entre 2013 et 2014, livre un témoignage glaçant. Elle évoque un coup de tête lors d’une dispute lui ayant fracturé le nez, ainsi qu’une entreprise de démolition de son estime de soi.

Peu après, c’est l’actrice Lila Salette qui sort du silence. Elle relate des scènes de gifles et, plus grave encore, des épisodes de séquestration où elle aurait été enfermée dans une chambre d’hôtel pendant des heures, privée de tout moyen de communication. Ces récits, croisés avec ceux d’autres victimes anonymes, dessinent le portrait d’un homme exerçant un pouvoir total et destructeur sur ses partenaires.

Une mise en examen et un empire qui s’écroule

Le 28 octobre 2025 marque un tournant judiciaire majeur. Le parquet de Paris annonce l’ouverture d’une information judiciaire et la mise en examen de Jean Imbert pour violences volontaires et séquestration. Le chef risque jusqu’à sept ans de prison. Face à ces accusations, sa défense vacille. S’il a d’abord nié en bloc, évoquant une « campagne de dénigrement », il a par la suite admis des « maladresses » et des comportements « brusques » dans des contextes passionnels. Une ligne de défense jugée indécente par les avocats des plaignantes, qui y voient une tentative de minimiser des actes criminels.

JEAN IMBERT | Thuriès Magazine

Les conséquences économiques et professionnelles ne se sont pas fait attendre. Le monde du luxe, autrefois si prompt à s’afficher à ses côtés, s’est brusquement retiré. La maison Dior a suspendu ses projets, le Plaza Athénée a vu son chef se mettre en retrait, et ses établissements à l’étranger, de Saint-Barth à New York, ont discrètement effacé son nom de leurs enseignes. L’homme qui régnait sur les tables les plus prestigieuses de France est devenu, en quelques mois, un paria, un « fantôme » dans l’univers qu’il avait mis vingt ans à conquérir.

L’heure des comptes et le poids du silence

Au-delà de la figure de Jean Imbert, cette affaire pose la question du silence de l’entourage. Comment de tels agissements ont-ils pu perdurer pendant plus d’une décennie sans que personne n’intervienne ? Des anciens employés commencent aujourd’hui à parler, décrivant une ambiance toxique en cuisine et des scènes de violence dont ils ont été les témoins impuissants. La chute d’Imbert est aussi celle d’un système qui a privilégié le profit et l’image de marque au détriment de l’intégrité humaine.

Aujourd’hui, alors que l’enquête se poursuit et qu’une cinquième victime potentielle pourrait apporter des preuves vidéos accablantes, Jean Imbert reste invisible. Son compte Instagram, autrefois vitrine de sa gloire, a été supprimé. Le silence qui entoure désormais le chef est à la mesure du vacarme de son ascension. Pour les victimes, comme Alexandra Rosenfeld ou Lila Salette, l’heure n’est pas à la vengeance, mais à la reconstruction. Le pardon semble impossible tant que les blessures restent à vif, mais la libération de leur parole marque la fin d’une impunité qui n’avait que trop duré.

Ce dossier Jean Imbert n’est pas qu’un simple scandale de célébrité ; c’est le rappel brutal que derrière les lumières de la gloire peuvent se cacher les ténèbres les plus profondes. La gastronomie française, ternie par cette affaire, doit désormais faire face à ses propres démons et entamer, elle aussi, sa mue vers plus de transparence et de respect.

Accusations Against Jean Imbert: The Downfall of the Star Chef