Le soleil s’est couché une dernière fois sur la Madrague, laissant derrière lui le souvenir d’une femme qui a redéfini la liberté, la beauté et l’insolence. Le 28 décembre 2025, Brigitte Bardot s’est éteinte à l’âge de 91 ans, emportant avec elle une partie de l’histoire du XXe siècle. Mais alors que le monde entier salue la mémoire de l’icône du cinéma et de la défense animale, un mystère persistant a refait surface lors de ses obsèques à Saint-Tropez : celui de Nicolas Jacques Charrier, son fils unique, cet enfant qu’elle a passé sa vie à tenir à l’écart.

Un adieu en jaune mimosa

Le 2 janvier 2026, devant l’église Notre-Dame-de-l’Assomption, l’émotion était palpable. Parmi les couronnes de fleurs blanches et les hommages officiels, une gerbe de mimosa jaune vif a attiré tous les regards. Une simple carte y était épinglée : « À maman », signée Nicolas. Pour la première fois depuis des décennies, le fils « invisible » était là. Grand, les cheveux blancs, le visage marqué par une dignité silencieuse, il s’est tenu en retrait, loin des premiers rangs, comme pour respecter jusqu’au bout la distance que sa mère lui avait imposée.

Ce moment de grâce et de douleur a été le catalyseur d’une libération de la parole inattendue. Bernard d’Ormale, l’homme qui a partagé la vie de l’actrice pendant plus de trente ans, a choisi de briser le silence. « Elle ne savait pas aimer comme on l’attendait, mais elle aimait à sa manière », a-t-il confié, la voix tremblante, devant les micros tendus. Des mots qui résonnent comme un plaidoyer pour une femme complexe, prisonnière de son propre mythe.

La genèse d’un désamour public

Pour comprendre cette cassure irréparable, il faut remonter à 1959. Brigitte Bardot est au faîte de sa gloire. Lorsqu’elle apprend sa grossesse, ce n’est pas le bonheur qui l’envahit, mais une terreur viscérale. Dans ses mémoires, elle aura plus tard des mots d’une dureté inouïe, qualifiant sa grossesse de « tumeur » et affirmant qu’elle aurait « préféré accoucher d’un chien ». Ces phrases, qui ont choqué la France entière, n’étaient pas seulement des provocations ; elles étaient le cri d’une femme qui refusait de se laisser enfermer dans le rôle de mère sacrificielle.

À la naissance de Nicolas, le 11 janvier 1960, le traumatisme est scellé. Brigitte refuse de voir l’enfant, refuse de l’allaiter. C’est son père, l’acteur Jacques Charrier, qui prendra en charge l’éducation du petit garçon après leur divorce. Nicolas grandira loin du tumulte de Saint-Tropez, d’abord en Suisse puis en Norvège, portant un nom de légende comme un fardeau trop lourd pour ses épaules d’enfant.

Bernard d’Ormale : Le médiateur de l’ombre

Pendant trente ans, Bernard d’Ormale a été le gardien du temple. Marié à la star en 1992, il a observé de près cette solitude partagée. Selon des confidences récentes, il aurait tenté à plusieurs reprises de provoquer des retrouvailles. On raconte une rencontre furtive dans une station-service près de Genève, des appels téléphoniques venus d’Oslo qui laissaient Brigitte nerveuse et prostrée. « Bernard a tout fait pour les rapprocher, mais Brigitte avait mis des lignes rouges qu’il n’avait pas le droit de franchir », confie un ancien assistant de la villa.

Le contraste était saisissant : d’un côté, une femme capable de vendre ses bijoux et de remuer ciel et terre pour sauver un animal en détresse ; de l’autre, une mère incapable de tendre la main à son propre sang. Ce paradoxe a nourri les critiques les plus acerbes, mais pour d’Ormale, la vérité est plus nuancée. Il évoque un système de défense psychique, un traumatisme lié à un accouchement vécu comme une torture dans une époque où la liberté des femmes était encore sous tutelle.

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Le dernier prénom prononcé

Malgré la rupture, malgré le déni, les liens du sang ne s’effacent jamais totalement. Bernard d’Ormale a révélé un détail bouleversant sur les derniers instants de la star : « Lorsqu’elle a faibli, elle a prononcé son prénom une seule fois. » Un prénom, Nicolas, comme une ultime reconnaissance avant le grand silence. Pas de grandes scènes de pardon, pas de réconciliation spectaculaire, mais un souffle, une pensée pour celui qui a survécu à l’abandon.

Il est également question d’une mystérieuse lettre manuscrite, datée de 1994, que Brigitte aurait adressée à son fils et que Bernard lui aurait remise en main propre après les funérailles. Personne ne sait ce que contenait cette enveloppe, mais Nicolas est resté trois jours seul à Saint-Tropez après l’enterrement. On l’a vu marcher pieds nus sur la plage des Graniers, tenant une vieille photo de sa mère jeune.

Un héritage au-delà des millions

Si le patrimoine de Brigitte Bardot — estimé à plusieurs dizaines de millions d’euros — semble promis à sa fondation, l’héritage le plus fort reste celui de cette résilience. Nicolas Jacques Charrier, aujourd’hui photographe en Norvège, n’a jamais cherché à monnayer son histoire. Il a choisi le silence comme une forme de vengeance élégante, ou peut-être de protection.

En acceptant de parler, Bernard d’Ormale ne cherche pas à excuser l’inexcusable, mais à humaniser une icône qui a souvent été traitée comme une statue de marbre. Brigitte Bardot était une femme de combats, de passions et de contradictions extrêmes. Elle a aimé les animaux parce qu’ils ne la jugeaient pas, contrairement aux humains. Son fils, lui, représentait peut-être le miroir trop cruel d’une vie qu’elle n’avait pas choisie.

Aujourd’hui, alors que les fleurs de mimosa fanent doucement sur le cimetière marin de Saint-Tropez, une page se tourne. Le mythe BB demeure, mais l’histoire de Nicolas nous rappelle que derrière chaque légende se cache une part d’ombre, une douleur sourde que même la gloire la plus éclatante ne peut consoler. La vérité sur Brigitte Bardot n’est pas seulement celle d’une actrice sublime ou d’une militante acharnée ; c’est celle d’une femme qui, jusqu’à son dernier souffle, a lutté avec ses propres démons familiaux sous l’œil vigilant d’un mari qui n’a jamais cessé de la protéger.

Nicolas-Jacques Charrier : l'enfant du scandale devenu père de famille  discret - Marie Claire