Le 30 décembre 2025 restera une date gravée dans la mémoire collective française comme une note de fin mélancolique. Alors que l’Hexagone se préparait à célébrer le passage à la nouvelle année dans l’effervescence et les bulles de champagne, une lumière s’est éteinte avec une discrétion presque irréelle. À Grasse, dans la douceur trompeuse du Sud, Evelyne Leclercq, l’éternelle ambassadrice du bonheur, a rendu son dernier soupir à l’âge de 74 ans. Mais derrière le communiqué officiel évoquant une “longue maladie”, se cache un récit bien plus dense, fait de larmes invisibles et de secrets jalousement gardés.

L’Icône Solaire de la France des Années 80

Pour comprendre le choc de cette disparition, il faut remonter le temps, là où la télévision était encore le grand feu de camp de la nation. Evelyne Leclercq n’était pas qu’une animatrice ; elle était le soleil quotidien des Français. Sa carrière, débutée sous le ciel azuréen de Nice comme hôtesse d’accueil, l’a rapidement menée devant les caméras de l’ORTF en 1969. Sa bienveillance naturelle et son sourire, que l’on disait inaltérable, en ont fait la speakerine préférée des foyers, une figure rassurante qui entrait dans chaque salon comme un membre de la famille.

Le sommet de cette épopée cathodique fut sans conteste l’aventure Tourné Manège. Dès 1985, aux côtés de Simone Garnier et Fabienne Égal, Evelyne devient la “marieuse nationale”. Chaque midi, elle orchestrait les rencontres amoureuses avec une joie communicative, devenant la confidente de millions de téléspectateurs. À cette époque, elle incarnait la réussite absolue, la beauté et une énergie que l’on pensait inépuisable. Pourtant, c’est précisément sous ces projecteurs aveuglants que le paradoxe de sa vie a commencé à se creuser.

Le Paradoxe de la Marieuse : Une Solitude Affective

L’ironie fut cruelle : alors qu’elle aidait des milliers d’anonymes à trouver l’âme sœur derrière les cloisons du plateau, sa propre vie sentimentale ressemblait à un chemin de croix. Malgré des unions avec des hommes influents et des amours médiatisés, Evelyne confiera plus tard, avec une pointe d’amertume, qu’elle était bien plus douée pour marier les autres que pour réussir ses propres mariages. Une fois les caméras éteintes, l’icône pimpante redevenait une femme confrontée à la fragilité des sentiments. Elle était prisonnière de son image, obligée de maintenir l’illusion d’un bonheur sans faille pour ne pas décevoir un public qui l’avait sacralisée comme la prêtresse de l’amour.

La Chute Brutale et l’Ingratitude du Système

La descente aux enfers commença en 1993. En un instant, l’émission culte est supprimée de la grille. Pour Evelyne, ce ne fut pas seulement un arrêt de travail, mais une “petite mort”. Elle découvrit alors la face la plus hideuse du show-business : l’obsolescence programmée. Après dix ans de bons et loyaux services, elle fut traitée comme un produit périmé. Le téléphone, qui ne cessait de sonner, devint soudainement muet.

Cette période marqua le début d’une solitude sociale dévastatrice. Elle vit son entourage se volatiliser, réalisant que beaucoup n’aimaient en elle que la lumière des projecteurs et non l’être humain. Condamnée à jouer son rôle de femme épanouie dans des galas de province pour subsister, elle portait un masque de plus en plus lourd, luttant contre l’injonction permanente à la jeunesse dans un milieu qui ne pardonne pas les rides.

Le Combat Secret contre l’Ombre

La tragédie atteignit son paroxysme lorsque la maladie frappa. Dans le silence de sa retraite azuréenne, loin des paillettes de Paris, Evelyne fit un choix héroïque et déchirant : celui de se taire. Connaissant la cruauté d’une industrie qui déteste la faiblesse, elle refusa la pitié. Jusqu’au bout, elle posta des messages optimistes, protégeant un monde qui l’avait pourtant oubliée.

Pendant qu’elle menait cette lutte vitale entre les murs de sa maison de Grasse, l’indifférence du milieu télévisuel fut totale. Aucun hommage, aucune main tendue de la part de ceux qui avaient bâti des fortunes sur son talent. Elle affronta ses peurs nocturnes avec pour unique rempart l’amour indéfectible de sa fille, Céline, et de quelques rares fidèles.

J'ai grandi et j'ai toujours vécu dans le Sud » : Evelyne Leclercq,  l'éternel sourire du PAF avait débuté sur la Côte d'Azur

Les Révélations Ultimes : Un Testament de Vérité

Quelques jours avant le grand départ, sentant ses forces décliner, Evelyne Leclercq a décidé de faire tomber le masque. Ce n’était pas pour créer le scandale, mais pour reprendre le pouvoir sur son histoire. Dans des confidences bouleversantes, elle a nommé les “trois fantômes” qui l’ont hantée plus que la maladie :

    Le silence méprisant des dirigeants de chaînes qui l’ont effacée comme si elle n’avait jamais existé.

    La trahison amicale de ceux qui ont fui dès que le mot “cancer” fut prononcé.

    Le diktat de l’apparence, cette pression constante qui l’a fait se sentir coupable de vieillir et de souffrir.

Ce témoignage n’est pas un cri de haine, mais un acte de libération. En osant dire qu’elle a eu mal et qu’elle a été abandonnée, elle a transformé sa fin de vie solitaire en une victoire morale. Elle a voulu que nous sachions que derrière le rire cristallin se trouvait une combattante, une femme de chair et de sang qui a refusé de partir sans avoir crié sa vérité.

Un Héritage au-delà du Petit Écran

La disparition d’Evelyne Leclercq nous laisse face à un miroir inconfortable. Elle est la preuve qu’on peut être admiré par des millions de personnes tout en étant la plus seule au monde une fois le rideau tombé. Son parcours est un rappel brutal : la célébrité n’est jamais une armure contre la douleur humaine.

Aujourd’hui, alors que nous pleurons la “marieuse préférée des Français”, il nous reste une leçon de dignité. Evelyne ne voulait pas être une victime, elle voulait être un soleil. Et c’est ainsi que nous devons nous souvenir d’elle : non par la tristesse de sa fin, mais par la chaleur qu’elle a distribuée sans compter pendant des décennies. Son sourire est désormais éternel, libéré des chaînes de l’apparence et de l’ingratitude des hommes.

Reposez en paix, Madame Leclercq. Votre silence est enfin rompu, et votre vérité restera à jamais dans nos cœurs.

C'était notre soleil du midi » : avec la mort d'Évelyne Leclercq, la France  pleure une animatrice culte - Le Parisien