Ce samedi 14 décembre 2025 aurait dû être une soirée de paillettes, de rêves et de couronnement. L’élection de Miss France, ce rendez-vous quasi institutionnel, captivait des millions de téléspectateurs, tous réunis devant leur écran pour assister au sacre de la nouvelle reine de beauté, succédant à Ève Gilles. L’événement, délocalisé à l’Arena Futuroscope de Poitiers, avait tout pour plaire : 30 candidates magnifiques, un jury 100 % féminin et, à sa tête, une véritable icône de la chanson française, Sylvie Vartan.

Pourtant, avant même que la première candidate n’esquisse son premier pas sur scène, le spectacle avait déjà basculé. Non pas sur le parquet brillant du Futuroscope, mais dans l’arène impitoyable des réseaux sociaux. Et la cible, ce ne fut pas une prétendante au diadème, mais la présidente du jury elle-même.

Sylvie Vartan, légende vivante, icône yéyé qui a traversé les décennies, est apparue au bras de l’indéboulonnable Jean-Pierre Foucault pour lancer la cérémonie. Dans son discours d’ouverture, la chanteuse s’est réjouie, avec l’élégance qu’on lui connaît, de “l’honneur de présider un jury d’exception”, entourée de personnalités aussi diverses que Marie-José Pérec, Cristina Cordula ou encore Nawell Madani. Mais sur X (anciennement Twitter) et Facebook, ce n’est pas son discours que l’on commentait.

En quelques secondes, un détail a éclipsé tout le reste : son visage. L’apparition de Sylvie Vartan a déclenché une vague, un tsunami de réactions mitigées, puis rapidement, de critiques d’une violence et d’une cruauté sidérantes. Le tribunal populaire 2.0 s’est ouvert, et le verdict est tombé, sans appel et sans pitié.

“Figée”. Le mot est revenu en boucle. Des milliers d’internautes, cachés derrière l’anonymat de leur clavier, se sont déchaînés, non pas sur la pertinence de ses choix de présidente, mais sur son apparence physique. L’âge de l’icône, et surtout les interventions présumées de chirurgie esthétique, sont devenus le sujet principal de la soirée, avant même le nom de la gagnante.

Les blagues ont fusé, acérées, blessantes, dépassant largement le cadre de la simple moquerie. “On dirait qu’elle est en cire”, pouvait-on lire. “Ses yeux ressemblent aux phares d’une voiture mal réglée”, osait un autre. “Sylvie Vartan ne cligne plus des yeux ou c’est moi ?”, “C’est la statue de Sylvie Vartan au Musée Grévin ?”. Un déferlement de haine et de grossièreté qui a transformé une soirée de gala en un lynchage public numérique.

Dans cette spirale de méchanceté, même Jean-Pierre Foucault n’a pas été épargné, sa tenue étant elle aussi tournée en dérision. Mais la violence des attaques concentrées sur Sylvie Vartan interroge profondément sur notre société. Qu’une femme, une artiste de 81 ans qui a marqué l’histoire de la musique française, soit réduite à son apparence physique, à ses choix personnels concernant son visage, est le symptôme d’une époque malade de son obsession pour l’image et sa détestation du vieillissement.

L’ironie est cruelle. Alors que l’élection de Miss France tente, année après année, de se moderniser, de mettre en avant l’éloquence, la culture et l’engagement de ses candidates (un jury de présélection avait d’ailleurs déjà éliminé 15 prétendantes avant même le début du show), le public, lui, ou du moins sa frange la plus bruyante, semble régresser.

La soirée, bien sûr, a poursuivi son cours. Les tableaux se sont enchaînés, les larmes de joie et de déception ont coulé, et une nouvelle Miss France a été couronnée. Mais le sacre a eu un goût amer. Cette nouvelle reine, dont le règne commence à peine, a pu constater en direct la brutalité du monde dans lequel elle met les pieds. Comme le soulignait tristement la vidéo source, “en espérant qu’elle ne sera pas confrontée à de telles attaques”. Un vœu pieux. Dès le lendemain matin, les premiers commentaires désobligeants sur la gagnante elle-même commençaient déjà à fleurir.

Cette édition 2025 de Miss France restera dans les annales, non pas pour la qualité de son spectacle ou la grâce de sa gagnante, mais comme le soir où une icône s’est fait huer numériquement par des milliers de personnes. Sylvie Vartan, venue célébrer la beauté et la féminité, s’est retrouvée au cœur d’une soirée à oublier, victime expiatoire d’un public qui a perdu toute bienveillance. La couronne a été posée, mais c’est l’image d’une présidente de jury injustement crucifiée qui restera.