Il y a des voix qui marquent une époque, et celle de Serge Lama appartient au patrimoine émotionnel de la France. Mais aujourd’hui, ce n’est pas pour une nouvelle mélodie que le grand Serge fait parler de lui. À 82 ans, l’homme qui a chanté les plus grandes passions et les plus lourdes absences a décidé de lever le voile sur une réalité bien plus sombre : son quotidien marqué par la souffrance physique et le poids psychologique qu’il représente pour celle qu’il aime, Luana Santonino.

Un corps en sursis, un cœur en alerte

“Mon corps est cassé de partout”, lâche-t-il avec une lucidité qui glace le sang. Pour Serge Lama, vieillir n’est pas un naufrage paisible, c’est une négociation permanente avec la douleur. Les séquelles de son terrible accident de voiture survenu en 1965 — celui-là même qui lui a arraché son premier grand amour, Liliane Benelli — ne l’ont jamais quitté. Aujourd’hui, ces blessures anciennes se sont réveillées avec une férocité nouvelle. Chaque geste simple est devenu une montagne, chaque déplacement une épreuve de force.

Mais le véritable “cauchemar” de Serge Lama ne se situe pas seulement dans ses articulations broyées ou son dos meurtri. Il réside dans le regard qu’il porte sur sa femme, Luana, de 35 ans sa cadette. Dans une interview d’une sincérité rare, l’artiste confie sa hantise : être devenu une entrave pour cette femme pleine de vie qui, depuis plus de vingt ans, a choisi de lier son destin au sien.

L’asymétrie de l’amour : quand la dépendance s’installe

Comment accepter d’être aidé pour se lever, pour marcher, pour vivre, quand on a été ce lion de la scène, cet homme arrogant et puissant des années 70 ? Serge Lama ne cache rien de sa culpabilité muette. Il voit Luana organiser, anticiper, soutenir. Il mesure le sacrifice de celle qui, chaque dimanche, refuse toute invitation pour rester à son chevet. “Elle se demande combien de temps encore elle pourra profiter de moi”, confie-t-il, exprimant ainsi la peur viscérale de priver l’autre d’un futur plus léger.

Cette différence d’âge, qui fut autrefois un moteur de passion, devient aujourd’hui un vertige. Serge Lama se définit désormais, sans fard, comme une “lourde charge”. Pourtant, loin de détruire leur union, cette épreuve semble l’avoir cristallisée dans une vérité pure. Pour Luana, l’amour ne se mesure pas à l’autonomie de l’autre, mais à la volonté d’être là, tout simplement.

La résilience d’une légende

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Le parcours de Serge Lama a toujours été celui d’un survivant. Rappelons-nous ce moment charnière où, plongé dans le coma après son accident, il a failli perdre sa voix à jamais. C’est l’intervention in extremis de son ami Marcel Amont, criant aux médecins “Attention, c’est un chanteur !”, qui a sauvé l’instrument de sa vie. Depuis ce jour, Serge a vécu dans une urgence de vivre presque violente, se forgeant une armure d’arrogance pour masquer sa fragilité.

Aujourd’hui, l’armure est tombée. L’homme qui “courait les jupons” et cherchait la validation dans les excès est devenu un homme “rangé”, non par lassitude, mais par une profonde transformation intérieure. Il a appris que la véritable force ne réside pas dans la capacité à rester debout seul, mais dans le courage d’accepter sa propre vulnérabilité et de se laisser aimer pour ce que l’on est, ici et maintenant, avec ses failles visibles.

Un message universel sur la fin de vie et l’amour

En brisant le silence sur son “cauchemar conjugal”, Serge Lama fait bien plus que raconter sa vie. Il s’attaque à un tabou sociétal : celui de la vieillesse dépendante au sein du couple. Il montre que l’amour au crépuscule n’est pas un compte de fées, mais un combat quotidien fait de gratitude et de peur mêlées.

Malgré les nuits blanches et les diagnostics froids, une certitude demeure : son cœur bat pour Luana depuis plus de deux décennies, et c’est auprès d’elle qu’il souhaite habiter chaque seconde du temps qui reste. Ce témoignage est une leçon de dignité. Serge Lama nous rappelle que l’on ne guérit jamais vraiment de ses blessures, mais que l’on peut apprendre à danser avec elles, tant qu’une main aimante reste tendue pour nous soutenir.

L’artiste a peut-être quitté la scène, mais l’homme, lui, n’a jamais été aussi présent, aussi vrai, et aussi digne de notre admiration. Un récit qui prouve que même au cœur de la douleur la plus vive, l’amour reste le seul refuge capable de rendre l’insupportable… supportable.

Serge Lama a épousé une Rolloise: ils nous racontent leur incroyable  histoire