Elle est l’éternelle “Vic” de la France, l’icône du cinéma qui a grandi sous nos yeux, passant de l’adolescente espiègle de La Boum à la royauté hollywoodienne dans Braveheart. Sophie Marceau, c’est un sourire éclatant, un regard pétillant, le symbole d’une beauté et d’un talent français qui s’exportent avec grâce. Pourtant, à 58 ans, l’actrice porte en elle une tristesse profonde, une blessure mentale qui, de son propre aveu, ne guérira jamais vraiment. Récemment, dans un rare moment de vulnérabilité, Sophie Marceau a partagé ce qu’elle considère comme la plus grande douleur de sa vie. Et cette confession, loin des projecteurs et des amours tumultueuses, a de quoi choquer.

Cette douleur, ce n’est pas la pression de la célébrité, ni les échecs sentimentaux, bien qu’ils aient été nombreux. C’est une perte intime, un deuil qui s’est mué en culpabilité : la mort de sa mère, Simone Maurisset, en 2019. L’actrice a confié être rongée par le regret de ne pas avoir pu passer plus de temps avec celle qui lui a tout donné, avant qu’elle ne s’éteigne. Une douleur si vive qu’elle la rêve encore, tentant en songe de s’excuser pour ce temps perdu que sa carrière et sa vie trépidante lui ont volé.

Pour comprendre la profondeur de cette blessure, il faut remonter aux origines, à cette banlieue parisienne modeste où Sophie Daniel Sylvie Mopu a grandi. Née d’une mère vendeuse, Simone, et d’un père chauffeur routier, Benoît, la jeune Sophie vit une enfance simple. Mais le vernis craque lorsqu’elle a 9 ans : ses parents divorcent. Simone se retrouve seule pour élever Sophie et son frère, Sylvain. C’est elle, cette mère courage, qui encouragera la passion de sa fille pour les arts, l’emmenant à cette audition fatidique qui changera sa vie à jamais.

À 14 ans, elle est choisie parmi des milliers pour devenir “Vic Beretton”. La Boum (1980) est un phénomène. Sophie Marceau devient l’idole d’une génération. Mais ce succès fulgurant a un prix. L’adolescente est propulsée dans un monde d’adultes, enchaînant les tournages, les promotions à l’international. Les moments passés à la maison se raréfient. Le temps avec Simone devient un luxe. Sans le savoir, la graine de son plus grand regret venait d’être plantée.

Cette enfance, marquée par l’absence du père après le divorce et une mère qui travaille dur, forge en elle une indépendance farouche, mais aussi une “tristesse secrète”, celle d’une famille complète qu’elle n’a jamais eue. La perte de sa mère, des décennies plus tard, n’est pas seulement la perte d’un parent ; c’est la perte de son dernier ancrage, de cette partie irremplaçable d’elle-même.

Sa carrière, c’est l’histoire d’une comète. Après La Boum 2 qui lui vaut un César, elle prouve qu’elle n’est pas l’actrice d’un seul rôle. À 16 ans, dans un geste d’une audace folle, elle dépense une fortune pour racheter son contrat à Gaumont. Elle veut sa liberté, elle l’obtient. C’est un risque financier énorme, mais il paie. Elle diversifie, joue aux côtés de Depardieu et Deneuve, monte sur les planches et remporte un Molière.

Puis vient la consécration internationale. En 1995, Mel Gibson la choisit pour être la Princesse Isabelle dans Braveheart. Le film rafle cinq Oscars. Sophie Marceau devient une star mondiale. Elle enchaîne avec le rôle complexe d’Electra King, une James Bond Girl mémorable dans Le monde ne suffit pas (1999). Elle n’est plus seulement l’icône française ; elle est une actrice respectée à Hollywood.

Insatiable, elle passe derrière la caméra, réalise des courts et longs métrages, comme Parle-moi d’amour (2002), une œuvre autobiographique qui explore l’échec d’un mariage, et qui lui vaut un prix de la meilleure réalisatrice à Montréal. Elle écrit aussi un roman semi-autobiographique, Menteuse (1996).

Mais cette carrière n’est pas un long fleuve tranquille. Elle connaît des échecs cuisants, comme la tentative de percer aux États-Unis avec Pacifique Palisade (1990) ou la comédie Madame Mills (2018), qui reçoit des critiques sévères. Elle avouera s’être sentie seule, se demandant si elle avait encore la force de continuer. La controverse ne l’épargne pas : en 1985, elle dénonce l’attitude “grossière” de Gérard Depardieu sur le tournage de Police, une expérience qui la laisse traumatisée.

Sa vie personnelle est tout aussi tumultueuse, une série de défis qui ont alimenté les tabloïds. La pression d’être célèbre si jeune est immense. À 18 ans, sa relation avec le réalisateur polonais Andrzej Żuławski, de 24 ans son aîné, fait scandale. Cette relation, qui durera 16 ans et lui donnera un fils, Vincent (1995), la place sous une pression publique constante.

Après leur séparation, elle vit une histoire avec le producteur Jim Lemley, avec qui elle a une fille, Juliette (2002), mais l’amour s’éteint en 2007. S’ensuit une relation très médiatisée avec Christophe Lambert de 2007 à 2014, puis une brève idylle avec le chef Cyril Lignac en 2016. Épuisée par ces échecs, elle confiera se sentir en légère dépression, se demandant si elle trouverait un jour un amour durable.

Aujourd’hui, elle se définit comme “saposexuelle”, attirée par l’intellect plus que par l’apparence, et affirme ne plus accorder d’importance à la romance, se concentrant sur ses enfants et son art.

La santé mentale de l’actrice a été mise à rude épreuve. Elle a parlé de son anxiété, de son épuisement mental après des tournages difficiles, comme celui de Jail Birds (2016) dans une vraie prison. Elle a suivi une thérapie pour faire face à ces pressions, une nécessité devenue vitale après les chocs consécutifs de la mort de Żuławski d’un cancer en 2016, puis celle de sa mère en 2019.

La confession de Sophie Marceau sur sa mère n’est pas anecdotique. Elle est la clé de voûte de sa personnalité. Cette culpabilité, cette tristesse profonde, c’est le carburant d’une résilience hors norme, mais aussi la fêlure secrète qui rend l’icône si profondément humaine. Derrière la star mondiale, la réalisatrice et l’écrivaine, se cache toujours la petite fille de Gentilly, celle qui, malgré tout le succès du monde, regrettera toujours de ne pas avoir eu plus de temps avec sa maman.