L’écho d’un drame, le souffle d’une survie

Dans les rues animées de Biscarrosse, là où les pins murmurent au rythme des vagues atlantiques, l’air semble encore porter les stigmates d’un événement qui a glacé le monde de la musique. Il y a peu, dans le silence d’une nuit d’avril, le destin de Kendji Girac a basculé. L’enfant prodige, celui dont la voix ensoleillée a conquis des millions de cœurs, frôlait la mort d’un cheveu. Une balle, tirée dans un moment d’égarement total, traversait sa poitrine, laissant derrière elle un vide assourdissant et une nation en état de choc.

Pourtant, aujourd’hui, alors que les couleurs de l’automne parent les Landes de teintes orangées, c’est un message d’espoir qui émerge. La famille de l’artiste, longtemps restée mure dans un mutisme protecteur, a choisi de s’exprimer. À 29 ans, Kendji récupère. Les cicatrices physiques s’estompent, mais c’est l’âme de l’homme qui, nourrie par l’amour inconditionnel de sa compagne Soraya Miranda, renaît véritablement de ses cendres. Ce n’est pas qu’un simple bulletin de santé ; c’est le témoignage d’une résilience hors norme, un pont jeté entre le chaos d’hier et un avenir esquissé avec une prudence nouvelle.

Une ascension fulgurante vers les sommets

Pour comprendre l’impact de ce drame, il faut revenir aux racines. Né en 1996 dans une famille gitane installée en Dordogne, Kendji Jason Maillié a grandi au son des guitares flamenco. Chez lui, la musique n’était pas un loisir, mais l’oxygène de l’existence. Dès l’enfance, il gratte les cordes d’une guitare usée, imitant les maîtres du genre comme les Gipsy Kings.

Le basculement survient en 2014, sur le plateau de The Voice. Un jeune homme au regard intense, vêtu d’un simple t-shirt blanc, interprète “Color Gitano”. Le public est foudroyé. Kendji incarne l’authenticité brute d’une culture souvent marginalisée. Sa victoire, avec plus de 40 % des votes, est un séisme médiatique. Très vite, les tubes s’enchaînent : “Andalouse”, “Halla Halla”, “Conmigo”. Kendji devient le porte-voix d’une France plurielle, fusionnant la Rumba gitane avec les mélodies pop. Mais derrière les applaudissements et les millions d’albums vendus, l’artiste reste ancré dans ses valeurs, refusant les paillettes excessives pour rester proche de sa communauté.

L’ombre derrière la lumière : Le poids de la célébrité

Cependant, la gloire est un feu qui peut brûler ceux qu’il éclaire. Soraya Miranda, une jeune femme suisse rencontrée en 2014, devient son ancre. “Elle m’a regardé sans me demander d’autographe”, se souvenait-il. Pendant dix ans, leur amour se construit dans l’ombre, loin des paparazzis. La naissance de leur fille, Eva Alba, en janvier 2021, semble sceller ce bonheur domestique.

Mais les tournées incessantes, les absences prolongées et la pression constante de l’image commencent à fissurer ce pilier. Kendji, épuisé par un rythme effréné, se laisse parfois emporter par ses démons. L’alcool et la fatigue deviennent des compagnons indésirables. Les disputes conjugales s’intensifient, nourries par le sentiment de solitude de Soraya face à une célébrité dévorante.

La nuit du chaos : Un cri au secours

Tout culmine lors de cette nuit fatidique du 21 au 22 avril 2024. À Biscarrosse, une dispute de trop éclate. Les mots sont durs, chargés de frustrations accumulées. Soraya, à bout, menace de partir. Pour Kendji, c’est l’impensable. Dans un geste impulsif, irrationnel, il saisit une arme et tire. Ce n’était pas un accident, mais un “chantage au suicide” désespéré, un cri primal pour retenir celle qu’il aime.

Transporté d’urgence à Bordeaux, il frôle le pire. Le diagnostic est sévère : plaie thoracique grave, risque d’infection, complications cardiaques. Pendant que les fans prient sous le hashtag #PrayForKendji, la famille fait bloc. Soraya, malgré l’horreur, ne quitte pas son chevet. L’enquête confirmera plus tard le geste volontaire dans un contexte de crise conjugale aiguë, mettant à nu la vulnérabilité d’une icône en plein burnout.

La reconstruction : Apprendre à revivre

La convalescence fut un combat de chaque instant. “J’ai vu le noir total et j’en suis revenu changé”, confiera-t-il plus tard. Entre thérapies cognitivo-comportementales et rééducation physique, Kendji a dû affronter ses ombres. La cicatrice sur sa poitrine est devenue le rappel tangible d’une erreur qu’il regrette amèrement.

Le salut est venu de l’intimité. La famille Girac s’est mobilisée avec une intensité propre à ses racines, chassant les démons par la prière et la musique. Soraya, pilier de cette reconstruction, a exigé des changements profonds. Ensemble, ils ont entrepris une thérapie de couple intensive, dénouant les nœuds de la peur et de la mésentente.

Darel : Le miracle du second acte

L’année 2025 a marqué le véritable tournant : la naissance de leur fils, Darel. Arrivé au monde en mai, ce petit garçon est devenu le catalyseur d’une guérison totale. “Darel nous rappelle que l’amour grandit malgré les cicatrices”, déclare l’artiste. Ce deuxième enfant a transformé leur foyer en une bulle de tendresse, éloignant les spectres du passé. Kendji s’implique désormais pleinement dans son rôle de père, repoussant les obligations professionnelles pour savourer des moments simples, comme les siestes partagées ou les premières comptines improvisées.

REPORTAGE. On est monté sur scène avec Kendji Girac au V and B Fest' :  voici les coulisses

Un retour attendu sous le signe de la maturité

En octobre 2025, le communiqué familial vient enfin apaiser les dernières inquiétudes. Kendji va bien. Il a repris du poids, sa respiration est forte, sa voix est prête. Mais ce n’est plus le même homme. L’insouciance a fait place à une maturité forgée dans l’adversité. Son nouvel album, intitulé “Vivre”, témoigne de cette transformation.

Kendji Girac n’est plus seulement le vainqueur flamboyant de The Voice. Il est aujourd’hui un survivant, un homme qui a appris que la plus belle des victoires ne se gagne pas sur scène, mais au sein de sa propre famille. Son histoire nous rappelle que même après la tempête la plus violente, le soleil peut briller à nouveau, pourvu que l’on ait la force de demander pardon et la volonté de se reconstruire, un accord à la fois.

L’artiste se prépare maintenant à retrouver son public, non plus comme un héros invincible, mais comme un homme sincère, dont la musique portera à jamais les accents d’une vie qui a choisi de recommencer.