C’est une annonce aussi inattendue que bouleversante. Le 1er août 2025, Kendji Girac, l’idole de la musique française, a choisi de sortir du silence dans lequel il s’était muré depuis plus d’un an. Sur son compte Instagram, suivi par des millions d’abonnés, il a dévoilé la couverture de son autobiographie, “Mivida” (Ma vie), à paraître le 1er octobre. À travers cet ouvrage, le chanteur de 29 ans affirme vouloir livrer “toute la vérité, rien que la vérité”.

Une déclaration lourde de sens, tant le mystère a entouré la nuit tragique du 21 au 22 avril 2024. À Biscarrosse, l’artiste a été grièvement blessé par balle à la poitrine, une nuit au cours de laquelle sa vie aurait pu basculer à jamais dans le sang et le silence.

“J’ai toujours refusé de raconter ma vie, mais aujourd’hui, j’en ressens le besoin”, ces mots simples, mais emprunts d’une intensité rare, résonnent comme une alarme. Depuis le drame, Kendji Girac s’était montré discret, fuyant les plateaux de télévision, annulant des engagements et ne s’exprimant qu’à travers sa musique, comme avec le poignant “Évidemment”, écrit par son ami Vianney.

Pour ses fans comme pour le grand public, cette prise de parole marque un tournant. L’ombre d’une affaire judiciaire planait encore. Et si l’affaire a été classée sans suite le 24 juin 2024, les interrogations n’avaient jamais tout à fait disparu. Ce qui s’est réellement passé cette nuit-là reste flou dans l’imaginaire collectif.

Les faits documentés sont pourtant là : Kendji est retrouvé blessé par balle, seul dans sa caravane à Biscarrosse. Son pronostic vital est engagé. Les premiers éléments de l’enquête orientent rapidement les soupçons vers une tentative de suicide.

Puis, un mot revient dans les colonnes des journaux : “simulation”. Selon le procureur de Mont-de-Marsan, Kendji Girac aurait tiré sur lui-même, non pour mourir, mais pour exercer une “pression psychologique” sur sa compagne, Soraya. L’acte serait survenu après une dispute conjugale, alors qu’elle menaçait de le quitter. Pour retenir celle qu’il aime, Kendji aurait posé un geste désespéré ultime : simuler une tentative de suicide.

C’est cette version, à la fois troublante et profondément humaine, que l’artiste souhaite désormais expliquer, justifier, et peut-être se faire pardonner. Car Kendji Girac n’est pas seulement une voix cristalline issue de The Voice. Il est aussi un jeune homme issu de la communauté des gens du voyage, élevé dans les traditions, l’amour de la famille, et une certaine pudeur. Raconter ce moment de fragilité, c’est aussi rompre avec l’image du chanteur solaire et invincible, toujours souriant sous ses boucles brunes.

À travers “Mivida”, Kendji promet de lever le voile sur ses blessures, ses erreurs, mais aussi ses espoirs. Une confession sans fard, sans détour. Une parole que beaucoup attendaient et que peu auraient imaginé aussi franche. “Il ne s’agit pas de se justifier”, dit-il, “mais de raconter, de faire entendre une voix étouffée trop longtemps par le tumulte médiatique et judiciaire.”

Le livre ne portera d’ailleurs pas seulement sur ce drame. Il racontera ses débuts, sa famille, sa carrière, et cette victoire à The Voice en 2014 qui a tout changé. Il sait qu’en revenant à la lumière par l’écriture, il s’expose. Il sait aussi que certains lui reprocheront ce besoin de “mise en scène”. Pourtant, à en croire ses mots, il s’agit d’une urgence intime, presque thérapeutique. Parler pour ne plus sombrer. Parler pour tourner la page. Parler pour vivre.

Avant de devenir l’un des artistes les plus aimés, Kendji n’était qu’un adolescent bercé par la musique et les traditions. Né dans une famille de gitans catalans, il grandit entre les caravanes et les fêtes familiales, où la guitare, le flamenco et les chants gitans rythment les journées. Il développe très tôt une oreille musicale exceptionnelle, apprenant la guitare auprès de son père et de son grand-père.

En 2013, à 17 ans, il enregistre une reprise gitane de “Bella” de Maître Gims et la publie sur YouTube. La vidéo devient virale, des centaines de milliers de vues propulsant ce jeune inconnu. Ce succès l’encourage à se présenter à The Voice, saison 3. C’est le début d’une nouvelle vie.

Seul Mika se retourne, mais ce sera suffisant. Semaine après semaine, son naturel, son sourire et son timbre si particulier séduisent le public. Il remporte la compétition en 2014. L’adolescent discret devient un phénomène national. Son premier album “Kendji”, porté par “Color Gitano” et “Andalouse”, est certifié disque de diamant. Il devient le symbole d’une jeunesse positive, joyeuse, connectée à ses racines.

Mais cette montée fulgurante n’est pas sans heurts. Derrière les paillettes se cache un jeune homme qui peine à trouver son équilibre. Les tournées, les plateaux télé, l’éloignent de sa famille. C’est un choc culturel et émotionnel. Malgré tout, il préserve ses traditions et sa vie privée.

Pourtant, le jeune homme que l’on croit heureux commence à montrer des signes de fragilité, d’usure. Le poids de la célébrité, l’isolement, les doutes. Sa musique évolue, devient plus mature, plus introspective, parfois plus mélancolique.

Et puis, le 22 avril 2024, tout s’effondre. Une dispute, une nuit dramatique, une balle tirée. Le silence s’installe. Les caméras, cette fois, ne sont plus là pour le féliciter, mais pour chercher des réponses. Et lui, Kendji, se tait. Jusqu’à aujourd’hui.

La justice a tranché en juin 2024. L’affaire est classée, concluant à un “acte isolé”, sans infraction constituée, pas de violences conjugales, mais un geste motivé par une “grande détresse émotionnelle”. Kendji aurait agi sous le coup de l’impulsivité.

Après le drame, il a entamé un long et silencieux processus de reconstruction. D’abord physique, la blessure par balle nécessitant des semaines d’hospitalisation. Mais surtout psychologique. La plaie au thorax a cicatrisé, mais la blessure intérieure a mis des mois à se refermer.

C’est dans la musique que Kendji a puisé ses premières ressources. Il recommence à gratter sa guitare, laissant parler les cordes. Puis l’envie d’écrire renaît, couchant sur le papier ses émotions, ses regrets. Ces mots murmurés vont donner naissance à “Évidemment”, titre poignant écrit avec Vianney. Le clip, sobre et puissant, dévoile un Kendji à nu, assis seul, la voix tremblante. Il ne s’agit plus de séduire ou de faire danser. Il s’agit de témoigner. Le public est bouleversé.

De là, l’idée d’une autobiographie devient une évidence. Un livre pour mettre des mots là où l’image s’est figée. Un livre pour reprendre le contrôle du récit, loin des spéculations des tabloïds. Ce sera “Mivida” – Ma vie, Ma vérité, et Ma façon de survivre.

Pendant la rédaction, Kendji s’isole. Il replonge dans ses souvenirs, parfois heureux, souvent douloureux. Il veut être honnête, brutalement honnête, même si cela doit choquer. C’est une catharsis.

En parallèle, il retourne en studio. Quelque chose a changé. Sa voix semble plus grave, son écriture plus affinée. Les thèmes sont plus introspectifs : la paternité, la fragilité masculine, la peur de perdre ce qu’on aime. Un “deuxième Kendji” est né, plus mature, plus sincère.

Avec “Mivida”, il ne raconte pas seulement un fait divers. C’est l’histoire d’un enfant du voyage devenu star, d’un homme amoureux qui a chuté, puis d’un père qui a voulu se relever. Il décrit ses pensées confuses, son geste désespéré. Il n’élude rien, ne se dédouane pas. Il reconnaît la gravité de l’acte, les blessures infligées à ses proches.

Le livre est aussi un message d’espoir, de résilience. Il parle de reconstruction, d’amour, de pardon. Il rend hommage à sa famille, et particulièrement à sa fille. En publiant “Mivida”, Kendji prend un risque. Mais il s’en moque. Pour lui, ce livre est destiné à ceux qui, comme lui, ont connu la détresse, la perte de repères. Il espère que son récit pourra briser des tabous, en particulier sur la santé mentale masculine, encore trop souvent ignorée.

Kendji tourne une page. Il ne cherche pas à effacer le passé, mais à l’assumer. Il ne prétend pas être un exemple, seulement un homme qui a traversé l’obscurité et qui tente chaque jour de choisir la lumière.