Chaque jour, à l’heure du déjeuner, son visage est une évidence. Un sourire franc, une énergie débordante, une bienveillance qui a fait de lui un membre de la famille pour des millions de Français. Jean-Luc Reichmann, 64 ans, est le roi incontesté de la mi-journée sur TF1. Aux commandes de son émission culte “Les 12 coups de midi”, il règne sans partage sur une tranche horaire stratégique, transformant de simples candidats en véritables vedettes, à l’instar du phénomène Émilien. Mais derrière cette façade joviale, presque familière, se cache une réalité bien plus complexe et fascinante : celle de l’un des hommes non seulement les mieux payés, mais aussi les plus “puissants” et les plus riches du Paysage Audiovisuel Français (PAF).

L’histoire de Jean-Luc Reichmann n’est pas celle d’un succès fulgurant, mais d’une construction méthodique, pierre par pierre, où le talent à l’antenne s’est doublé d’un sens des affaires exceptionnel. La vidéo-enquête qui sert de base à cet article lève le voile sur un empire bâti avec une discrétion qui contraste violemment avec l’exubérance de l’animateur.

L’Animateur Inébranlable, le Comédien Confirmé

Pour comprendre l’homme d’affaires, il faut d’abord comprendre le phénomène. Reichmann est, comme le soulignait Benjamin Castaldi sur C8, “un cas unique”. En une décennie, alors que les mastodontes comme “Koh-Lanta” ou “The Voice” ont vu leurs audiences s’éroder, lui, n’a “pas perdu un téléspectateur”. Mieux, il en a gagné, passant de 3,2 millions à 3,5 millions de fidèles. Cette stabilité, dans un monde médiatique en perpétuelle fragmentation, n’a pas de prix. Ou plutôt, si, elle en a un.

Les rumeurs, persistantes, évoquent un salaire de 125 000 euros par mois, uniquement pour “Les 12 coups de midi”. Un chiffre astronomique qui témoigne de sa valeur stratégique pour TF1. Mais réduire Reichmann à un simple animateur de jeu, aussi performant soit-il, serait une erreur. Ce natif de Fontainebleau a commencé sa carrière comme comédien. Le destin frappe en 1991, lorsque Nagui lui propose de devenir sa voix-off, puis son partenaire, dans “N’oubliez pas votre brosse à dents” sur France 2. Le tremplin est assuré. L’homme s’émancipe, rejoint TF1, et ses jeux deviennent “incontournables”.

Parallèlement, il n’abandonne jamais sa première passion. Il cultive sa casquette de comédien, notamment à travers le rôle de Léo Matteï, cet “intraitable flic de la brigade des mineurs”, également sur TF1. Une double présence à l’écran qui renforce son lien avec le public et assoit son statut de figure centrale de la chaîne.

Le “Sens des Affaires” : La Véritable Machine à Cash

C’est cependant loin des caméras que Jean-Luc Reichmann a bâti sa véritable fortune. L’homme est un entrepreneur avisé. Très tôt, il comprend que le véritable pouvoir, et la véritable richesse, résident dans la production. Il ne se contente pas d’animer ; il veut posséder les concepts, produire le contenu qu’il incarne.

Il fonde d’abord “Formidouble”, la société derrière le succès d’”Attention à la marche”. Le succès est au rendez-vous. Il récidive ensuite avec “Jéréluc”, une structure qui prendra en charge la production de son navire amiral, “Les 12 coups de midi”. Ces deux sociétés deviennent des joyaux de la production française, attirant inévitablement la convoitise des géants du secteur.

La stratégie de Reichmann est brillante : créer, développer, valoriser, et enfin, céder. En 2008, il vend “Formidouble”. Mais le coup de maître intervient en 2020. “Jéréluc” passe sous le pavillon du mastodonte Endemol. Une transaction qui, selon les informations du magazine Capital, aurait rapporté à Jean-Luc Reichmann la bagatelle de 10,9 millions d’euros. Un chèque colossal qui vient couronner des années de travail acharné en coulisses.

Ce n’est pas tout. Avant même cette vente stratosphérique, l’animateur avait mis en place un accord des plus lucratifs. Sa propre société, “Jéréluc”, lui permettait de percevoir, via un accord avec celle-ci, près de 4 millions d’euros par an. Le chiffre de 3,9 millions d’euros pour la seule année 2019 est évoqué. Des sommes qui donnent le vertige et qui s’ajoutent à son salaire d’animateur.

Et l’histoire ne s’arrête pas là. Tel un joueur d’échecs qui a toujours un coup d’avance, l’homme d’affaires n’a pas attendu. “Comme on ne fait jamais de bonnes affaires sans trois”, il a depuis fondé “Géreluc 3”, une troisième société de production. Une nouvelle pépite qu’il pourrait, un jour, céder “au plus offrant”.

Multimillionnaire, mais pas “Nabab”

Cette accumulation de succès financiers a logiquement propulsé Jean-Luc Reichmann dans le “club très fermé des multimillionnaires de la TV”. Une fortune qui pourrait faire tourner les têtes, mais l’animateur veille scrupuleusement à son image. Pas question de passer pour un “nabab” (un terme souvent utilisé pour décrire un luxe ostentatoire).

Fidèle à son image de “gendre idéal”, il reste discret sur son patrimoine. En 2023, il a même poussé un “gentil coup de gueule” pour démentir des rumeurs persistantes sur son train de vie, notamment celle lui prêtant une improbable villa de “600 pétramars” (mètres carrés) à Versailles. Une façon de garder les pieds sur terre, ou du moins, de le faire croire.

Cependant, la discrétion n’est pas le démenti. Si la folie versaillaise est fausse, l’enquête note qu’il n’a “jamais démenti” les articles de presse lui attribuant une maison à Neuilly-sur-Seine, la très chic et très chère banlieue parisienne, ni une “maison de vacances nichée dans les montagnes corses”. Un patrimoine immobilier qui confirme, s’il en était besoin, son statut financier.

Son nom, “Reichmann”, d’origine allemande ou alsacienne, signifie “homme riche”. Un destin prédestiné ? Peut-être. Ce qui est certain, c’est que l’homme que les Français invitent chaque midi à leur table est bien plus qu’un simple animateur. C’est un comédien, un producteur et un homme d’affaires redoutable qui a su, avec intelligence et discrétion, transformer son sourire en or. Il est la preuve vivante qu’à la télévision, le véritable pouvoir ne se mesure pas seulement en points d’audience, mais aussi, et surtout, en millions d’euros.