C’est ce qu’on appelle un “moment de grâce”. Il y a des soirs où la télévision, souvent critiquée pour son artificialité, nous rappelle qu’elle peut être le théâtre d’émotions pures, brutes et inoubliables. Ce fut le cas récemment sur le plateau mythique de Taratata, l’émission culte de Nagui, où une rencontre artistique improbable a donné naissance à un instant de musique suspendu hors du temps. Jean-Louis Aubert, l’icône du rock français, et Santa, la voix phénoménale qui bouscule la pop actuelle, se sont unis pour reprendre un monument : Diego, libre dans sa tête.

La Rencontre de Deux Mondes

D’un côté, Jean-Louis Aubert. Faut-il encore le présenter ? L’âme de Téléphone, le poète rock qui traverse les décennies avec une humilité et une sincérité désarmantes. De l’autre, Santa. La chanteuse du groupe Hyphen Hyphen, connue pour son énergie dévastatrice et sa voix capable de décrocher les lustres, s’est imposée en solo comme une artiste majeure de la nouvelle scène française avec son tube Popcorn Salé.

Sur le papier, l’association intrigue. Sur scène, elle a été une évidence. Jean-Louis Aubert, avec la générosité qu’on lui connaît, a invité la jeune artiste à partager ce morceau lourd de sens. Dans les coulisses, l’admiration était mutuelle. “J’adore cette fille, elle a un super caractère”, confiait le rockeur. Et cette complicité s’est vue, s’est sentie, dès les premières notes.

Un Pari Risqué : S’attaquer à une Légende

Reprendre Diego, c’est gravir l’Everest. Écrite par Michel Berger, immortalisée par la douceur de France Gall puis par la puissance de feu de Johnny Hallyday, la chanson est intouchable pour beaucoup. Elle parle de prisonniers politiques, de dictatures, d’une liberté rêvée derrière les barreaux. Il faut des épaules solides pour porter ces mots sans les trahir, sans tomber dans le pathos ou la copie pâle.

Le duo a choisi la voie de l’émotion pure. Pas de surenchère, pas de démonstration technique vaine. Juste une interprétation habitée.

Une Prestation en Apesanteur

Dès que la mélodie a commencé, un silence religieux s’est emparé du studio. Jean-Louis Aubert, tantôt au piano, tantôt accompagnant de sa voix rocailleuse et rassurante, a posé les fondations. Puis Santa est entrée dans la lumière. Sa voix, claire, puissante, maîtrisée, a donné au texte une résonance nouvelle, presque tragique.

Santa moquée avec "cruauté" : la triste histoire derrière sa nouvelle  chanson poignante - Yahoo Actualités France

Ce qui a frappé les téléspectateurs, c’est l’harmonie entre ces deux timbres si différents. La rugosité de l’un sublimait la pureté de l’autre. Dans les refrains, leurs voix se sont mêlées pour ne former qu’un seul cri de liberté. On sentait chez Santa une retenue respectueuse qui, paradoxalement, rendait ses envolées encore plus percutantes. Aubert, lui, la regardait avec bienveillance, comme un passeur de témoin heureux de voir la flamme briller si fort.

Un Frisson Collectif

À la fin de la chanson, il n’y avait plus de “vieux rockeur” ou de “jeune star”. Il y avait juste deux artistes, émus, et un public conquis, conscient d’avoir assisté à quelque chose d’unique. Les réseaux sociaux se sont immédiatement enflammés, saluant la beauté de ce duo inattendu. “J’en ai eu les larmes aux yeux”, “Quelle puissance”, “Le meilleur moment de l’émission”… Les commentaires dithyrambiques n’ont cessé de pleuvoir.

Cette prestation restera sans doute comme l’un des grands moments de l’histoire récente de Taratata. Elle nous rappelle que la musique, quand elle est jouée avec cœur, a ce pouvoir magique d’abolir les frontières entre les générations et de nous toucher, tous, en plein cœur. Diego est libre dans sa tête, et grâce à eux, il a volé un peu plus haut ce soir-là.

Jean-Louis Aubert a rejoué pour 330 fans dans un petit théâtre de Paris -  Le Parisien