Il y a des monuments qu’on croit inébranlables, et Hugues Aufray en fait partie. À 95 ans, l’homme à la guitare et aux cheveux d’argent n’a rien perdu de sa verve, ni de sa mémoire. Invité récemment pour évoquer son actualité brûlante – entre la sortie du film événement sur Bob Dylan et sa nouvelle tournée – l’interprète de Santiano en a profité pour remettre quelques pendules à l’heure avec une franchise déconcertante.

Le Survivant d’une Génération Brûlée

“Je ne buvais pas, je ne fumais pas.” C’est avec cette phrase simple qu’Hugues Aufray résume sa position singulière dans le showbiz des années 60 et 70. Alors que ses contemporains brûlaient la vie par les deux bouts, lui faisait figure d’ovni, ou comme il le dit joliment, de “petit œuf de canard au milieu des poussins”.

Cette sobriété, qu’il décrit aujourd’hui comme un “handicap social” à l’époque, lui a valu d’être parfois mis à l’écart des bandes, comme celle de Johnny ou de Renaud. Mais c’est aussi ce qui lui permet aujourd’hui, à l’aube de son centenaire, de monter sur scène avec une énergie intacte alors que tant d’autres “drogués du show-biz” nous ont quittés tragiquement. Une revanche sur la vie qu’il savoure sans amertume, mais avec lucidité.

Johnny Hallyday : Rivalités et Regrets

L’amitié avec Johnny Hallyday, bien que réelle, n’était pas sans nuages. Hugues Aufray révèle le rôle trouble de Lee Hallyday, le cousin et mentor de Johnny, qui voyait d’un mauvais œil ce chanteur folk. “Il faut que tu le tiennes toujours au-dessous”, aurait conseillé Lee à Johnny, craignant que le style authentique d’Aufray ne fasse de l’ombre au rockeur.

Pourtant, c’est bien Hugues qui a offert à l’Idole des Jeunes l’un de ses plus beaux textes, Le Pénitencier, en insistant pour éviter le mot “prison”, jugé trop humiliant. Son grand regret ? Ne jamais avoir pu chanter sur scène leur duo Jeune pour toujours, Johnny étant parti “trop tôt”.

La Bombe Cloclo : Qui a fait “My Way” ?

Mais la déclaration qui risque de faire le plus de bruit concerne Claude François. Sans détour, Hugues Aufray s’attaque au mythe de Comme d’habitude (My Way). Pour lui, il faut rendre à César ce qui est à César : “C’est pas Claude François qui a fait la musique, il a rien fait !” lance-t-il, attribuant la paternité mélodique exclusive à Jacques Revaux.

Il compare cruellement le rôle du chanteur à celui d’un jockey : il gagne la course, mais c’est le cheval (le compositeur) qui a fait le travail. Une mise au point qui ne plaira sans doute pas aux gardiens du temple de Cloclo, mais qui a le mérite de la clarté.

Dylan, l’Ami de Toujours

L’actualité d’Hugues Aufray, c’est aussi et surtout ce lien indéfectible avec Bob Dylan. Alors que le biopic Un Parfait Inconnu (avec Timothée Chalamet) sort sur les écrans, Aufray sort son “U-Coffret”, une malle au trésor regroupant ses adaptations du génie américain.

Il se souvient avec émotion de ce jeune homme de 20 ans qu’il a hébergé à Paris, à qui il a offert une veste en cuir boulevard Saint-Michel, et qu’il a fait découvrir à une France qui ne jurait que par le yéyé. “C’était un génie”, répète-t-il, fier d’avoir été le passeur de cette poésie outre-Atlantique.

En Route vers les 100 Ans

Loin de la retraite, Hugues Aufray repart sur les routes en 2025 avec sa tournée En Ballade, passant par Marseille, Toulouse ou encore le Dôme de Paris. Son moteur ? La conviction qu’il n’a “pas fini son boulot”. Porté par une foi discrète mais solide, il continue de transmettre son message d’espoir, debout, guitare à la main, dernier géant d’une époque révolue qu’il regarde avec bienveillance, mais sans concession.

Une leçon de vie et de résilience à écouter sans modération.