C’est une voix qui a fait chanter la France entière, un refrain éternel qui sent bon l’été et les amours perdues. Mais derrière “Capri c’est fini”, se cache un homme qui a vécu mille vies, souvent loin des projecteurs, et parfois dans une obscurité terrifiante. Invité sur le plateau de TV5 Monde, Hervé Vilard a tombé le masque. Avec une lucidité tranchante, presque cruelle, il a réglé ses comptes avec un milieu qu’il connaît trop bien : le show-business. Entre hypocrisie mondaine, blessures d’enfance et secrets d’Histoire, retour sur le témoignage bouleversant d’un artiste qui n’a plus rien à prouver, ni à cacher.
Le « bal des hypocrites » : le revers de la médaille
Quand on vend 40 millions de disques, on a beaucoup d’amis. C’est le constat amer que dresse Hervé Vilard. Face à Patrick Simonin, le chanteur ne mâche pas ses mots. Il décrit le monde du spectacle comme un théâtre d’ombres où règne le mensonge. « J’ai vu le bal des hypocrites du showbiz », lâche-t-il. Il raconte ces “lières”, ces gens qui s’accrochent à vous quand vous brillez et qui disparaissent dès que la lumière vacille.
Vilard se souvient de l’époque où il était le “chéri” des médias, invité partout, adulé. Mais il n’a jamais été dupe. Cet enfant de l’Assistance Publique, balloté de foyer en foyer, avait trop tôt appris que l’affection ne s’achète pas, et surtout, qu’elle est volatile. Cette lucidité, il la porte comme une armure. Il a vu les sourires de façade, les promesses en l’air, et la cruauté de ceux qui vous enterrent avant même votre mort. Aujourd’hui, retiré des scènes mais pas de la vie, il regarde ce cirque avec un détachement souverain.

De l’orphelinat à la Résistance : l’incroyable destin
Mais pour comprendre Hervé Vilard, il faut remonter bien avant la gloire. Son histoire est celle d’un miracle. Né dans un taxi, abandonné par une mère “fille-mère” abîmée par la vie, il devient pupille de la nation. C’est un enfant sauvage, un fugueur, un “bon à rien” aux yeux de l’administration. Jusqu’à cette rencontre providentielle qui va tout changer.
Hervé Vilard croise la route de Daniel Cordier. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais c’est un géant de l’Histoire : ancien secrétaire de Jean Moulin, grand résistant, marchand d’art. Cordier devient son tuteur légal, son père spirituel. Le choc des mondes est total. Le petit voyou qui volait pour survivre se retrouve à dîner avec André Malraux ! Cordier lui ouvre l’esprit, lui apprend la beauté, la littérature, mais refuse d’abord qu’il chante. « C’est un métier de cons », lui aurait-il dit. Pourtant, c’est grâce à cette éducation hors norme que Vilard ne sombrera jamais totalement dans les pièges de la célébrité.
Le chasseur de nazi et le pionnier courageux
L’interview révèle aussi des pans méconnus et stupéfiants de sa vie. Qui sait qu’Hervé Vilard a joué un rôle dans l’arrestation de Klaus Barbie, le “boucher de Lyon” ? Lors d’une tournée en Bolivie, il repère ce groupe d’Allemands suspects et alerte Daniel Cordier. C’est ce coup de fil qui contribuera à la traque finale du criminel nazi. Une scène digne d’un roman d’espionnage, vécue par l’interprète de “Méditerranéenne”.

Et puis, il y a le courage personnel. En 1967, bien avant que ce soit “acceptable”, Hervé Vilard fait son coming-out à la radio. Il est le premier chanteur populaire français à dire : “J’aime les garçons”. Un suicide commercial ? Peut-être pour certains, mais pour lui, c’était une question de survie. « Je ne voulais pas mentir », explique-t-il. Cette honnêteté radicale, il l’a payée cher, mais elle a fait de lui un homme libre.
Une paix retrouvée
Aujourd’hui, Hervé Vilard ne chante plus pour la gloire. Il a fait ses adieux à la scène, sans regret. Il a tenté d’aimer sa mère, cette femme brisée qu’il a retrouvée adulte, mais qu’il n’a jamais pu vraiment sauver de ses propres démons. Il a vu le sommet et le gouffre.
Ce qui reste, après le “bal des hypocrites”, c’est un homme apaisé. Un homme qui vit dans un presbytère, entouré de livres, fidèle à la mémoire de Daniel Cordier. Hervé Vilard n’est pas seulement un chanteur de variété, c’est un personnage de roman, un témoin de son temps qui nous rappelle que la seule chose qui compte vraiment, c’est de rester fidèle à soi-même, coûte que coûte.
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