Plus d’un demi-siècle après ses premières apparitions à l’écran, Guy Williams demeure une figure indissociable de l’âge d’or de la télévision. Pour des millions de téléspectateurs, il est et restera à jamais Don Diego de la Vega, le vengeur masqué de la série Zorro de Disney, ou encore le professeur John Robinson dans la saga de science-fiction Perdus dans l’Espace. Pourtant, au sommet d’une carrière que beaucoup auraient enviée, cet acteur au charisme dévastateur a choisi de tout plaquer. Il a quitté Hollywood, les tapis rouges et l’adulation pour s’évaporer en Amérique du Sud. Aujourd’hui, sa famille, et notamment sa fille, confirment enfin ce que les fans soupçonnaient depuis longtemps : ce départ n’était pas une fuite, mais une quête de dignité et de liberté.
De Little Italy aux sommets d’Hollywood
Né Armando Joseph Catalano en 1924 dans le Bronx, Guy Williams n’était pas destiné aux paillettes. Issu d’une famille d’immigrés siciliens modestes, il est poussé par son apparence athlétique et son visage d’ange vers le mannequinat, puis vers la comédie. Sous l’influence de l’agent Henry Wilson, il troque son nom trop “ethnique” pour celui, plus commercial, de Guy Williams. Après des années de petits rôles et de publicités, le destin frappe à sa porte sous la forme d’un homme : Walt Disney.
En 1957, Williams est choisi parmi des centaines de candidats pour incarner Zorro. Excellent escrimeur, mesurant 1m90, il possède la stature et la finesse nécessaires pour jouer le double rôle de l’esthète Don Diego et du justicier masqué. La série est un triomphe mondial immédiat. Cependant, ce succès cache une première fêlure : Williams craint déjà d’être catalogué. Il se sent prisonnier de son masque, incapable d’explorer d’autres facettes de son talent.

Le traumatisme de “Perdus dans l’Espace”
Si Zorro a fait de lui une star, c’est la série Perdus dans l’Espace (1965-1968) qui va sceller son désenchantement vis-à-vis d’Hollywood. Engagé comme le premier rôle masculin pour incarner le patriarche de la famille Robinson, Williams voit peu à peu son personnage relégué au second plan. Le public et les producteurs s’éprennent du fantasque Docteur Smith, interprété par Jonathan Harris, et du robot.
Williams, habitué à porter ses projets, se retrouve avec seulement quelques répliques par épisode. “C’était un gâchis de talent”, observent aujourd’hui les historiens de la télévision. Bien que professionnel et refusant de se plaindre publiquement, l’acteur vit cette marginalisation comme une insulte à son métier. C’est à cette époque qu’il commence à préparer sa sortie de scène. Contrairement à beaucoup de ses confrères qui flambaient leurs cachets, Williams place son argent judicieusement. À la fin de la série en 1968, il est un homme riche qui n’a plus besoin de travailler.
L’Argentine : L’ultime refuge
Le tournant décisif survient en 1973 lors d’une visite en Argentine. Williams y découvre que l’adoration pour Zorro est restée intacte, voire plus intense qu’aux États-Unis. Là-bas, il n’est pas un acteur sur le déclin, mais une légende vivante. Fasciné par la culture sud-américaine, la chaleur des habitants et la tranquillité qu’il y trouve, il décide d’en faire sa résidence permanente.
Sa fille confirme aujourd’hui que Guy Williams avait trouvé en Argentine ce qu’Hollywood ne pouvait plus lui offrir : le respect et une vie selon ses propres termes. Il y mène une existence épanouie, loin de la superficialité californienne. Il participe à des spectacles équestres, savoure son anonymat relatif dans les rues de Buenos Aires et profite de sa fortune durement gagnée. Il refuse les offres de retour aux États-Unis, préférant sa solitude choisie à la foire aux vanités d’un système qui l’avait déçu.

Une fin solitaire mais digne
Le 6 mai 1989, le monde apprend avec stupeur que Guy Williams est décédé une semaine plus tôt dans son appartement de Buenos Aires, victime d’un anévrisme cérébral à l’âge de 65 ans. Il vivait seul, et sa disparition n’a été remarquée que par le silence de son courrier. Cette fin solitaire a longtemps alimenté les rumeurs de déchéance.
Pourtant, sa famille rétablit aujourd’hui la vérité : Williams n’était ni ruiné, ni malheureux. Il avait simplement choisi de s’éteindre comme il avait vécu la dernière partie de sa vie : en homme libre, loin des obligations médiatiques. Ses cendres, selon ses dernières volontés, ont été dispersées sur l’Océan Pacifique à Malibu, bouclant ainsi la boucle entre sa terre d’accueil et ses racines californiennes.
Guy Williams restera comme l’acteur qui a osé dire “non” au système pour préserver son intégrité. Son héritage ne se résume pas à un masque et une épée, mais à la leçon de courage d’un homme qui a su s’effacer pour rester lui-même. Une sortie de scène magistrale, digne des plus grands héros qu’il a incarnés.
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