Dans l’univers de la chanson française, l’amitié entre Eddy Mitchell et Johnny Hallyday n’était pas seulement une collaboration scénique ; c’était une fraternité indéfectible tissée dans les studios, sur les routes et dans les silences après les concerts. À 83 ans, derrière son humour sec et sa pudeur légendaire, Eddy Mitchell a finalement décidé de rompre le silence pour révéler la dernière promesse faite à Johnny Hallyday, quelques semaines seulement avant la disparition du “Taulier”.

Une fraternité à toute épreuve

Tout commence au début des années 60, lorsque Claude Moine (le vrai nom d’Eddy) et Johnny se rencontrent dans un petit studio parisien. Dès le premier regard, Eddy perçoit chez Johnny une énergie sauvage et un désir d’aller plus loin que quiconque. Ensemble, ils ont écrit les plus belles pages du rock français, des tournées nocturnes dans des voitures précaires aux concerts enflammant les stades.

Eddy se souvient : « Johnny était un frère imprévisible, mais un frère quand même. » Pendant 60 ans, ils ont été le pilier l’un de l’autre. Johnny avait besoin de quelqu’un capable de lui dire la vérité sans trembler, et Eddy avait besoin de quelqu’un pour lui rappeler qu’il faut parfois vivre vite.

Les fissures et le silence douloureux

Cependant, comme toutes les grandes amitiés, la leur a connu des hauts et des bas. À la fin des années 90 et au début des années 2000, une distance s’est installée alors que Johnny entrait dans une phase d’hyperactivité artistique démesurée, tandis qu’Eddy choisissait un rythme plus posé et artisanal. Des incompréhensions se sont accumulées, créant un espace de silence.

Le point culminant survient en 2017, lorsque Johnny annonce souffrir d’un cancer des poumons. Eddy admet avoir été blessé de ne pas avoir reçu d’appel direct de son ami. Mais il comprit que Johnny avait peur de montrer sa vulnérabilité à celui qui l’avait toujours vu comme un colosse.

L’ultime promesse : « Garde-moi vrai »

Un après-midi d’automne à Marne-la-Coquette, dans un calme pesant, Johnny demande à voir Eddy seul. D’un souffle court, Johnny lâche cette demande qui fige Eddy : « Tu me promets que tu ne laisseras pas mon histoire devenir n’importe quoi ? »

Johnny craignait qu’après sa mort, les gens simplifient sa vie, l’embellissent ou la salissent. Il confesse : « J’ai fait des erreurs, beaucoup, mais j’ai essayé d’être honnête. Tu le sais trop bien. Alors, garde-moi vrai. » Ce n’était pas une demande de glorification, mais une peur presque enfantine d’être déformé, d’être dissous dans une légende qui n’aurait plus rien à voir avec l’homme qu’il était. Johnny voulait qu’on se souvienne de lui comme d’un homme ayant tout donné, même quand le prix était trop lourd.

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La mission du dernier survivant

Depuis la mort de Johnny, Eddy Mitchell porte cette promesse comme une pierre brûlante. Il est resté à l’écart des conflits d’héritage et du tumulte médiatique pour protéger la dignité de son ami. Il a refusé les interviews sensationnalistes, ne participant qu’à des hommages musicaux sincères.

« Johnny n’était pas un saint, mais ce n’était pas un démon non plus. C’était un homme avec une énergie immense et une fragilité tout aussi immense », confie Eddy. Cette révélation n’est pas un secret scandaleux, mais la confession la plus déchirante : Johnny a toujours vécu dans la peur — peur de décevoir, d’être oublié, ou que sa voix ne s’éteigne avant lui.

Aujourd’hui, à 83 ans, Eddy Mitchell sent qu’il est de son devoir de parler. Non pour ériger une statue, mais pour empêcher que la mémoire de son ami ne devienne un simple produit marketing ou une fiction. Dans son salon, peu d’objets rappellent Johnny, par pudeur. Une simple photo, un vieux programme de concert. C’est sa façon d’aimer : discrète, fidèle et respectueuse.

L’amitié entre Eddy et Johnny appartient désormais à une catégorie à part — une histoire que personne ne peut posséder, qui continue de vibrer là où se nichent les vérités essentielles. La promesse est tenue, et la légende du Taulier restera “vraie” à travers les récits de son dernier frère d’armes.

Photos : Eddy Mitchell et Johnny Hallyday, jeunes canailles en août 1984....