L’homme à la tête de chou n’était pas seulement un poète ou un provocateur de génie. C’était avant tout une plaie vive, une cicatrice jamais refermée qui a saigné sur la chanson française pendant quatre décennies. Derrière les volutes de gitanes et les vapeurs d’alcool, Serge Gainsbourg cachait un cœur lourd de rancœurs. À 62 ans, au crépuscule de sa vie, le bilan était sans appel : il y avait des noms, des visages et des institutions à qui il ne pardonnerait jamais. Plongée dans l’âme tourmentée d’un géant qui a fait de sa douleur un art majeur.
L’Origine du Mal : L’Enfant à l’Étoile
Pour comprendre la colère froide de Serge, il faut remonter bien avant les paillettes et les plateaux télévisés. Il faut retourner dans le Paris gris et terrifiant de l’Occupation. Le petit Lucien Ginsburg n’est alors qu’un enfant juif, contraint de porter l’étoile jaune sur sa poitrine. Cette “étoile de shérif”, comme il tentera de la tourner en dérision plus tard, est en réalité le fer rouge de son humiliation première.
Caché dans les bois, fuyant la milice et la Gestapo, le jeune Lucien apprend très tôt que le monde est un endroit dangereux où l’on peut être condamné pour ce que l’on est. Cette injustice fondamentale ne le quittera jamais. Elle est le terreau de son cynisme futur. Gainsbourg ne pardonnera jamais à cette époque, ni à cette France collaborationniste, de lui avoir volé son insouciance. C’est là, dans la peur et la honte, que le provocateur est né : puisque le monde le rejette, il rejettera le monde. Puisqu’on le trouve laid et indésirable, il sera le plus laid et le plus indésirable de tous, mais avec un talent qui les obligera à se mettre à genoux.

France Gall et lebonbon empoisonné
Si l’enfance a forgé le caractère, le show-business a aiguisé les couteaux. Dans les années 60, Serge est un auteur de l’ombre qui cherche la lumière. Il la trouve un temps auprès de la jeune et naïve France Gall. Pour elle, il écrit “Les Sucettes”. La mélodie est enfantine, l’interprétation de France est candide. Mais les paroles, elles, sont un piège pervers, une métaphore sexuelle crue que la jeune fille ne saisit pas.
Lorsque le scandale éclate et que France Gall comprend qu’elle est devenue la risée d’un public qui rit d’elle et non avec elle, la rupture est brutale. Elle se sent trahie, salie par celui en qui elle avait confiance. Elle coupe les ponts. Pour Gainsbourg, c’est un affront. Loin de s’excuser, il revendique son geste comme une audace artistique. Il ne pardonnera jamais à France Gall de lui avoir tourné le dos, ni d’avoir renié cette chanson qui, selon lui, était un chef-d’œuvre de double sens. Cette rancune, il la gardera comme un trophée, preuve que le monde est trop puritain pour son génie.
Brigitte Bardot : La Passion Censurée
Puis vint la passion, la vraie, la brûlante. Brigitte Bardot. L’icône absolue. Avec elle, Serge vit un rêve éveillé. Il n’est plus le “Lait chanteur”, il est l’amant de la plus belle femme du monde. Dans cette euphorie, ils enregistrent la première version de “Je t’aime… moi non plus”. C’est un hymne à l’amour physique, des râles capturés sur bande magnétique, une œuvre d’une audace inouïe.
Mais Bardot est mariée. Sous la pression de son époux et craignant le scandale médiatique, elle supplie Serge de ne pas sortir le disque. La mort dans l’âme, il accepte. Il enferme son chef-d’œuvre dans un coffre. Mais au fond de lui, quelque chose se brise. Il vit cette demande comme une censure intime, une trahison de leur amour au nom des convenances bourgeoises.
Plus tard, lorsqu’il ressortira le titre avec Jane Birkin et qu’il deviendra un succès planétaire, la blessure restera vive. Il dira souvent : “Elle m’a interdit de vivre mon chef-d’œuvre”. Il ne pardonnera jamais totalement à son “Initials B.B.” d’avoir eu peur, d’avoir choisi le confort social plutôt que leur folie artistique.
La Guerre contre la “France Rance”
Les années passent, et la provocation change d’échelle. En 1979, Serge s’attaque à un monument intouchable : La Marseillaise. Avec “Aux Armes et cætera”, il offre une version reggae de l’hymne national. Pour lui, c’est un hommage, une façon de redonner du rythme à une vieille dame. Pour les nationalistes et une partie de l’armée, c’est un crachat sur le drapeau.
La haine se déchaîne. Michel Droit écrit un éditorial assassin frôlant l’antisémitisme. Des parachutistes menacent de faire annuler ses concerts. À Strasbourg, la salle est évacuée sous les menaces de bombes. Mais Serge reste. Seul sur scène, face aux paras hostiles, il chante la Marseillaise a cappella, le poing levé. Il gagne le bras de fer ce soir-là, mais le cœur n’y est plus.
Gainsbourg ne pardonnera jamais à cette “France rance”, réactionnaire et violente, de l’avoir traité en paria. Lui, le petit juif qui portait l’étoile, se voit accusé de trahir la patrie. C’est l’insulte suprême. Cette guerre ouverte avec les conservateurs va accélérer sa transformation en Gainsbarre. Il va boire pour oublier la bêtise, provoquer pour dénoncer l’hypocrisie.

Les Médias et la Critique : Le Bûcher des Vanités
Enfin, il y a ceux qui ont été ses compagnons de route les plus constants et les plus détestés : les journalistes et les critiques. Durant la majeure partie de sa carrière, la presse l’a boudé ou moqué. On a ri de ses oreilles, de sa voix, de ses échecs commerciaux. Ce n’est que tardivement, quand le succès fut indéniable, que les vestes se sont retournées.
Mais Serge n’était pas dupe. Il avait la mémoire longue. Il savait qui avait écrit quoi. Sa vengeance fut terrible et publique. Sur les plateaux télé, il devint incontrôlable. Il brûla ce fameux billet de 500 francs pour dénoncer le racket fiscal, mais aussi pour dire aux médias : “Je peux brûler ce que vous adorez le plus, l’argent, car je suis au-dessus de ça”.
L’épisode avec Whitney Houston chez Michel Drucker en 1986, où il lui lance un “I want to f**k you” pâteux et brutal, est le sommet de ce mépris. Il ne respecte plus les règles du jeu médiatique car les médias ne l’ont jamais respecté en tant qu’homme sensible. Il ne leur pardonnera jamais de l’avoir obligé à devenir un monstre pour être écouté.
Un Héritage de Cendres et de Diamants
Au final, Serge Gainsbourg s’est éteint seul, rue de Verneuil, usé par ses excès et ses combats. Il n’a pas eu le temps, ou l’envie, de faire la paix. Il est parti avec ses rancunes, ses listes noires et ses blessures.
Pourtant, au milieu de ce champ de ruines affectif, une lumière a survécu : l’amour pour ses enfants, et particulièrement pour Charlotte, sa “plus belle réussite”. C’est peut-être là le seul endroit où le pardon a pu exister, dans le regard de sa fille. Pour le reste, pour France, pour Brigitte, pour les censeurs et les critiques, le verdict est resté le même jusqu’au bout.
Gainsbourg était un homme qui aimait trop fort pour ne pas haïr avec la même intensité. Ses “impardonnables” ont été le carburant de son œuvre. Sans ces trahisons, sans ces rejets, aurions-nous eu des chansons aussi déchirantes, aussi belles, aussi vraies ? Peut-être pas. Le génie de Gainsbourg est né de ses fractures. Et si lui n’a jamais pardonné, nous, son public, nous lui avons tout passé. Car au fond, nous savions que derrière le provocateur, il y avait juste un petit garçon qui voulait être aimé.

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