C’est une scène rare, presque surréaliste, dans l’univers souvent feutré et ultra-contrôlé de la communication politique. Loin des meetings surchauffés et des débats télévisés acérés, c’est dans le studio d’Europe 1 que l’armure s’est fendue. Face à un Nicolas Canteloup en grande forme, Marine Le Pen, figure de proue du Rassemblement National, a offert aux auditeurs et aux téléspectateurs un moment de lâcher-prise total, pleurant littéralement de rire face aux caricatures féroces de ses adversaires… et de sa propre famille.

Le tribunal du rire : Canteloup ouvre le bal

 

L’ambiance était électrique ce matin-là sur Europe 1. Dans le cadre de la matinale spéciale présidentielle, Nicolas Canteloup, l’humoriste vedette de la station, tenait sa célèbre “Revue de Presque”. L’exercice est périlleux : faire rire un candidat à la présidentielle, souvent tendu et concentré sur ses éléments de langage, en se moquant ouvertement de lui et de ses rivaux.

Dès les premières secondes, le ton est donné. Canteloup, endossant le costume de l’intervieweur faussement naïf, lance le débat sur le “droit du sol” avec des questions d’une absurdité délicieuse. “Si un enfant naît sur le poste frontière… et que l’un des deux parents est douanier français…”, lance-t-il. Face à lui, Marine Le Pen, casque sur les oreilles, tente de garder son sérieux, mais le coin de ses lèvres la trahit déjà. La machine à rire est lancée, et rien ne pourra l’arrêter.

Zapping LCI : Marine Le Pen morte de rire face à Nicolas Canteloup sur  Europe 1 | TF1 INFO

Fillon et ses costumes : l’angle d’attaque dévastateur

 

Mais c’est lorsque l’humoriste s’attaque aux adversaires de la candidate que le studio bascule. Prenant la voix grave et posée de François Fillon, alors embourbé dans les affaires judiciaires, Canteloup décoche des flèches d’une précision chirurgicale. Il évoque le fameux “manoir” et les costumes de luxe avec un cynisme mordant.

“Je n’allais pas foutre en l’air un costume à 10 000 balles”, fait-il dire à l’ancien Premier ministre, expliquant pourquoi il a renoncé à se jeter dans la Seine. La référence au train de vie et aux scandales qui ont miné la campagne de la droite est brutale, mais la forme est si grotesque que Marine Le Pen explose de rire. Voir son adversaire ainsi caricaturé en aristocrate déconnecté, soucieux de l’étiquette de son pressing avant sa propre vie, semble procurer à la candidate une jubilation non dissimulée.

Le tabou brisé : L’apparition de “Jean-Marie”

 

Le moment le plus attendu, et le plus redouté, était sans doute l’évocation du patriarche, Jean-Marie Le Pen. Les relations entre le père et la fille sont, on le sait, complexes et orageuses. Un terrain miné pour n’importe quel journaliste, mais un terrain de jeu royal pour Canteloup.

Imitant la voix tonitruante du fondateur du Front National, l’humoriste interpelle l’invitée : “Arrêtez d’être comme ça avec votre fille !”, lance-t-il à lui-même, dans un jeu de schizophrénie hilarant. Il transforme le drame familial et politique en une dispute domestique banale sur “l’argent de poche” non rendu.

La réaction de Marine Le Pen est spectaculaire. Loin de se braquer, elle part dans un fou rire incontrôlable. En riant de cette relation “père-fille” dysfonctionnelle mise en scène, elle humanise instantanément une histoire qui pèse habituellement lourd sur son image. Canteloup réussit le tour de force de faire rire la fille aux dépens du père, tout en désamorçant la violence politique par l’absurde.

Ils ont mis que des bonnes femmes » : pour ses débuts sur RMC, Nicolas  Canteloup imite Jean-Jacques Bourdin - Le Parisien

Macron le “gamin” et la trahison de Bourdin

 

La revue ne serait pas complète sans égratigner le favori des sondages, Emmanuel Macron. Canteloup le dépeint en “gamin” capricieux réalisant son “rêve de gosse”, un enfant roi à qui tout réussit. La démonstration mathématique sur sa déclaration de patrimoine – où des millions d’euros s’évaporent pour laisser place à “la tête à Toto” – est un chef-d’œuvre de satire populiste qui résonne particulièrement avec l’électorat de Marine Le Pen.

Le clou du spectacle intervient avec l’imitation de Jean-Jacques Bourdin. L’humoriste met en scène une rupture amoureuse déchirante entre le célèbre journaliste et Marine Le Pen. “Tout est fini entre nous Marine… RMC a décidé de te quitter pour quelqu’un de plus jeune”, déclame-t-il avec l’emphase caractéristique du matinalier. Cette allégorie de la versatilité médiatique, qui se tourne vers le “nouveau jouet” Macron, fait mouche. Marine Le Pen, les larmes aux yeux (de rire), hoche la tête, validant tacitement cette critique des médias tout en savourant la performance.

Une arme de communication massive

Marine Le Pen : "je demande à participer aux discussions"

Au-delà du simple divertissement, cette séquence vidéo est un véritable objet politique. En acceptant de rire, et de rire franchement, Marine Le Pen opère une opération de “dédiabolisation” bien plus efficace que n’importe quel discours. Pendant ces quelques minutes, elle n’est plus la candidate d’extrême droite au visage fermé, mais une spectatrice comme les autres, capable d’autodérision et de complicité.

Nicolas Canteloup, par son talent, a transformé une interview politique potentiellement aride en un moment de télévision (et de radio) culte. Il a prouvé que même dans la rudesse d’une campagne présidentielle, où les coups bas sont légion, l’humour reste un exutoire indispensable.

Quant à Marine Le Pen, ce fou rire restera sans doute comme l’une des images les plus marquantes de ses passages médiatiques. Une parenthèse inattendue où la politique a laissé, l’espace d’un instant, la place à la comédie humaine. Reste à savoir si, dans l’isoloir, les électeurs se souviendront de la candidate ou de la spectatrice hilare. Mais une chose est sûre : ce matin-là, sur Europe 1, le rire a remporté tous les suffrages.