Nous sommes à la mi-décembre 2025. Sur le plateau de l’émission Quotidien, l’ambiance est initialement à la célébration. Florent Pagny, l’homme au franc-parler légendaire, l’artiste “sans filtre” que la France chérit tant, est l’invité d’honneur. Mais une question de Yann Barthès va transformer cette soirée promotionnelle en un séisme médiatique. Interrogé sur ce qu’il ferait s’il était au pouvoir, le chanteur lâche une réponse qui sidère l’assistance : « Moi, je ferais comme Milei ».

En quelques secondes, Florent Pagny vient de faire l’apologie de Javier Milei, le président argentin connu pour sa politique de la “tronçonneuse”, symbolisant une austérité brutale et le démantèlement radical des services publics. Mais la star ne s’arrête pas là. Il s’enflamme pour la réduction drastique de l’État et utilise un terme argentin méprisant pour désigner certains fonctionnaires : les “gnokis”, ces employés fantômes qui ne viendraient au bureau que pour toucher leur salaire.

La riposte cinglante : “On ferme sa gueule”

La réaction ne s’est pas fait attendre. Dès le lendemain, le 16 décembre, le journaliste Baptiste Desmonstiers porte l’estocade sur le plateau d’Estelle Denis. Dans une colère froide, il pointe ce qu’il considère comme le péché originel du chanteur : son rapport à l’impôt. « Quand on a mis en place une politique d’exil fiscal, on ferme sa gueule », lance-t-il avec une brutalité rare.

Pour une grande partie de l’opinion publique, l’indécence est totale. Comment un homme qui a publiquement assumé son installation au Portugal puis en Patagonie pour échapper à la pression fiscale française peut-il réclamer la suppression des services publics dans un pays qu’il ne finance plus ? Le droit de critiquer la gestion de l’État, rappellent ses détracteurs, se paie littéralement par l’impôt. En vivant hors du système, Florent Pagny se serait disqualifié d’office du débat citoyen.

Le paradoxe de l’Hôpital Public : L’argument qui blesse

C’est toutefois un argument plus intime qui a transformé la polémique en une mise en accusation morale dévastatrice. Baptiste Desmonstiers a rappelé brutalement que l’artiste, bien que résident fiscal à l’étranger, a été “bien content de retrouver l’excellence de l’hôpital public français” lorsqu’il a dû affronter son cancer du poumon.

Le paradoxe est ici insoutenable pour beaucoup. Florent Pagny a bénéficié de soins de pointe prodigués par ce même personnel soignant que la politique de Milei — qu’il encense — viserait à précariser ou licencier. En vantant ce modèle, Pagny semble scier la branche sur laquelle il s’est assis pour survivre. L’image d’un homme voulant la liberté fiscale de l’Amérique du Sud tout en profitant de la protection sociale de la France est devenue le symbole d’une déconnexion insupportable pour les Français qui peinent à boucler leurs fins de mois.

Le malentendu des “Gnokis” : Un décalage culturel fatal

Florent Pagny se retire de la vie médiatique jusqu'en 2026 : "On en a bien  mangé du Pagny en 2023, entre activités et maladie" : Le diaporama -  Purepeople

Pour tenter de comprendre la position de l’artiste, il faut se pencher sur sa vie en Patagonie. Depuis trente ans, il est le témoin d’un système argentin gangrené par la corruption et le clientélisme. Pour lui, Milei n’est pas un fou, mais un “chirurgien brutal” venu sauver un pays en perdition. Cependant, son erreur fondamentale a été de transposer cette réalité spécifique au contexte français.

En France, le fonctionnaire n’est pas perçu comme un “gnoky” profiteur, mais comme l’infirmière des urgences, l’instituteur ou le pompier. En voulant dénoncer les excès d’un système étranger, il a semblé insulter, par ricochet, ceux qui font tenir la France debout. Ce qui ressemblait à du courage à Buenos Aires a pris les traits d’un mépris de classe vu depuis Paris.

La fin de l’immunité pour l’idole populaire ?

Cette tempête laisse des traces indélébiles. Jusqu’à présent, Florent Pagny bénéficiait d’une immunité affective rare. On lui pardonnait tout au nom de sa franchise. Mais cette fois, sa “liberté de penser” s’est heurtée au mur de la solidarité nationale. L’affaire marque peut-être la fin d’un état de grâce : l’artiste est désormais perçu par une partie de son public comme le visage d’une élite mondialisée déconnectée des réalités sociales.

S’il possède une capacité de rebond exceptionnelle, Pagny devra sans doute clarifier sa pensée pour reconquérir les cœurs. L’enjeu est désormais de redescendre de l’arène politique pour remonter sur scène, le seul endroit où sa légitimité reste incontestée. Cette polémique restera comme une leçon pour les célébrités : à l’heure des crises sociales, la parole d’une star n’est plus sacrée, elle est jugée à l’aune de ses actes et de sa solidarité envers la collectivité.

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