C’était le dernier des géants. Avec sa voix de crooner, ses lunettes noires indévissables et son amour pour l’Amérique, Eddy Mitchell semblait immortel. Il était le “Schmoll”, le frère d’armes de Johnny, la figure rassurante d’un rock à la française élégant et gouailleur. Mais le rideau est tombé. La nouvelle, brutale, a saisi la France un matin de novembre 2025 : Claude Moine, alias Eddy Mitchell, s’est éteint dans sa maison de Saint-Tropez, loin du bruit, loin de la fureur, exactement comme il l’avait souhaité.

Pourtant, derrière cette sortie de scène discrète, presque cinématographique, se cache une histoire bien plus poignante. Celle d’un homme qui a lutté en silence contre la maladie, et surtout, celle d’un père qui a laissé derrière lui un testament émotionnel d’une puissance rare, découvert par sa fille Maryline quelques jours après le drame.

Le Combat Silencieux du “Dernier Cowboy”

“Il voulait qu’on se souvienne de lui en musique, pas en silence”, a confié Maryline, les yeux noyés de larmes, face aux caméras venues assiéger la villa familiale. Ce que le public ignorait, c’est qu’Eddy se battait depuis des mois. Fidèle à sa pudeur légendaire, il avait caché la gravité de son état à presque tout le monde. “Je suis un peu fatigué”, disait-il aux techniciens du studio de Boulogne-Billancourt où il enregistrait encore obstinément ses dernières maquettes.

En réalité, il préparait sa sortie. Il refusait l’hôpital, refusait la pitié. Il voulait partir “sur un fondu au noir”, chez lui, entouré de ses disques et de Muriel, sa femme depuis 45 ans, son ancre dans la tempête du show-business. Jusqu’au dernier souffle, il est resté ce “Monsieur Eddy” digne et fier, écoutant, dit-on, son tout premier succès Daniela avant de fermer les yeux pour la dernière fois.

L’Ombre de Johnny et la Solitude de la Gloire

La disparition de Johnny Hallyday en 2017 avait brisé quelque chose en lui. “Une partie de moi est partie avec lui”, avait-il avoué. Depuis, la scène n’avait plus la même saveur. Il chantait pour son “frangin”, mais le cœur était lourd. À Saint-Tropez, il passait de longues soirées à écouter de vieux vinyles de Chuck Berry, le regard perdu.

Cette solitude, c’était le prix de la gloire. Une gloire qui l’a souvent éloigné des siens. C’est ce regret immense qui allait resurgir de la manière la plus inattendue.

La Lettre dans le Vinyle : La Confession Posthume

Quelques jours après les obsèques, alors que la maison était plongée dans le silence du deuil, Maryline a cherché un disque pour apaiser l’atmosphère. Elle a choisi un album de Johnny. À l’intérieur de la pochette, un papier plié, jauni, griffonné d’une écriture tremblante.

Eddy Mitchell : "Je sais que c'est dans les tuyaux, mais je ne suis pas  retraité !" | France Inter

C’était une lettre d’Eddy. Une lettre écrite de sa main, sans doute quelques semaines plus tôt, alors qu’il sentait la fin approcher. Les mots qu’elle contenait ont fait l’effet d’une bombe émotionnelle pour sa famille :

“Je n’ai jamais su dire les choses, alors je les chante… Ne m’en veux pas d’avoir vécu pour la musique, elle m’a sauvé autant qu’elle m’a détruit. Je vous ai tous aimés, mais pas comme il fallait. Pardonne-moi.”

Pour la première fois, l’homme qui cachait ses yeux derrière des verres fumés mettait son cœur à nu. Il avouait sa culpabilité de père absent, “marié à la musique pas à la vie”, et demandait pardon.

Un Héritage de Vérité

Muriel, bouleversée, a pris la décision courageuse de rendre ces mots publics. Pour que l’on sache qu’Eddy Mitchell n’était pas qu’une statue de cire ou une voix de radio. Il était un homme vulnérable, hanté par la peur de l’oubli et par ses propres manquements.

Aujourd’hui, la villa de Saint-Tropez est devenue un lieu de pèlerinage discret. Le bureau d’Eddy est resté intact, avec la lettre encadrée comme un rappel éternel que l’amour finit toujours par trouver son chemin, même trop tard. Eddy Mitchell a tiré sa révérence, mais il a réussi sa sortie : en laissant à ceux qui restent non seulement des mélodies inoubliables, mais la vérité nue d’un homme qui a aimé jusqu’au bout.

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