Le Lamentable Adieu d’un Géant de la Musique: Ziad Rahbani, l’Héritage Musical d’un Libaanais Exceptionnel

Le 28 juillet 2025, la musique libanaise a perdu une de ses plus grandes icônes, Ziad Rahbani, un compositeur, musicien et dramaturge dont l’œuvre a marqué les esprits et les cœurs de plusieurs générations. À l’âge de 69 ans, après une longue bataille contre la maladie, il a rendu son dernier souffle à Beyrouth, dans son pays natal. Son décès a laissé le Liban en deuil, mais aussi tout le monde arabe, car il représentait un symbole puissant de l’art et de la culture de cette région. Ce même jour, sa mère, la légendaire chanteuse Fayrouz, une autre icône de la musique arabe moderne, s’est rendue aux obsèques de son fils, bouleversée par cette nouvelle tragique.

Ziad Rahbani n’était pas seulement le fils de la grande Fayrouz, il était un géant à part entière dans le monde de la musique. Son nom est synonyme de l’évolution du jazz oriental, un genre qu’il a non seulement contribué à populariser, mais qu’il a aussi réinventé à sa manière. L’héritage de Ziad est celui d’un musicien innovant, d’un compositeur qui a su fusionner les genres et les cultures pour créer des mélodies intemporelles, empreintes de mélancolie, de beauté et de profondeur.

Un Compositeur Visionnaire et un Défenseur de la Culture Libanaise

Ziad Rahbani était né dans une famille profondément ancrée dans le monde artistique. Son père, le compositeur et musicien Assi Rahbani, et sa mère, Fayrouz, ont formé l’une des dynasties les plus célèbres du monde arabe. Dès son plus jeune âge, Ziad a baigné dans cet univers musical et artistique, ce qui a naturellement influencé son parcours. Mais c’est lui-même qui a forgé une carrière et une réputation uniques. Il ne se contentait pas de jouer la musique de ses parents, il a pris les rênes de son propre destin artistique. Ziad était non seulement compositeur, mais également musicien, réalisateur et écrivain. Ses compositions étaient un mélange de jazz, de musique classique arabe, de rock et de musique populaire, une fusion qui l’a distingué des autres artistes de son époque.

Ce qui rendait Ziad unique, c’est aussi son approche de la musique. Contrairement à beaucoup de compositeurs traditionnels, il a constamment repoussé les limites du genre, cherchant toujours à innover tout en respectant ses racines. Ses pièces de théâtre musical, comme Bennesbeh Labokra, Chou?, ont eu un impact profond sur la culture libanaise et arabe. Il était un pionnier qui réussissait à aborder des thèmes sociaux, politiques et culturels à travers ses œuvres, ce qui en faisait un artiste engagé.

L’Héritage Musical de Ziad Rahbani : Un Son Inoubliable

Parmi les nombreuses chansons et compositions de Ziad Rahbani, certaines sont devenues des hymnes pour plusieurs générations. Sa célèbre chanson Sa’alouni El Nass reste une des plus mémorables, à la fois un chef-d’œuvre de mélodie et un manifeste poétique sur la culture et les traditions libanaises. Ce morceau, interprété par sa mère Fayrouz, incarne à la perfection l’essence de la musique libanaise moderne, un mélange subtil de modernité et de tradition.

Le son de Ziad Rahbani était incomparable. Il avait l’art de mêler des instruments orientaux traditionnels avec des influences modernes comme le jazz, la musique électronique et le funk. Cette approche audacieuse a permis à Ziad de toucher un public large, tant au Liban qu’à l’international. Son utilisation d’arrangements musicaux complexes et de structures non conventionnelles a défié les normes musicales établies, et sa capacité à aborder des sujets aussi profonds que l’amour, la politique, la guerre et la société a fait de lui un artiste respecté par ses pairs et adoré par ses fans.

La Fin d’un Chapitre et un Deuil National

Le décès de Ziad Rahbani le 28 juillet 2025 a choqué le Liban et le monde arabe. À 9 heures du matin, le communiqué de l’hôpital annonçait la triste nouvelle : “Le cœur du grand artiste et créateur Ziad Rahbani s’est arrêté de battre”. Le message a été une onde de choc pour tous ceux qui le connaissaient. Ziad, qui avait vu son état de santé se dégrader au cours des derniers mois, s’en est allé dans un silence paisible, laissant derrière lui une œuvre d’une grande richesse.

La nouvelle de son décès a été suivie par une grande vague de tristesse à travers le Liban. Des centaines de personnes, anonymes comme personnalités, se sont précipitées devant l’hôpital pour rendre hommage à celui qui a été un des piliers de la culture libanaise. Les rues de Beyrouth se sont remplies de milliers de fleurs, et un cortège funéraire s’est formé pour accompagner le défunt jusqu’à son dernier repos. Les applaudissements et les pleurs se sont mêlés tandis que le corbillard quittait l’hôpital sous une pluie de roses. C’était un adieu national, une dernière occasion pour le peuple libanais de montrer à quel point Ziad Rahbani avait marqué la culture du pays.

Fayrouz, une Maman en Deuil

Au milieu de ce chagrin national, c’est une autre figure emblématique de la musique arabe, Fayrouz, qui a dû affronter la perte de son fils bien-aimé. À 90 ans, l’immense diva de la musique arabe est confrontée à un autre deuil, celui d’un enfant. Ce n’était pas la première fois que Fayrouz perdait un proche : en 1988, elle avait perdu sa fille Layal, décédée d’une hémorragie cérébrale à l’âge de 28 ans. Le destin a voulu que, quelques décennies plus tard, la grande chanteuse vive une nouvelle tragédie, une douleur insupportable, celle de perdre son fils unique.

Fayrouz, bien que se faisant rare dans les médias, a suivi de près la carrière de son fils, Ziad, et l’a toujours soutenu dans ses projets artistiques. Le samedi 28 juillet, à l’église Notre-Dame de Mhaydssé, Fayrouz, accompagnée de sa fille cadette, a assisté aux obsèques de Ziad avec une dignité émouvante. Les yeux pleins de larmes, elle semblait bien que sa voix ne puisse plus se faire entendre comme avant, mais son héritage perdurera à travers les compositions et les mémoires laissées par son fils.

Un Légende Vivante : La Musique de Ziad Rahbani Continue de Vivre

La perte de Ziad Rahbani est certes un coup terrible pour la musique libanaise, mais son œuvre continuera de vivre et de résonner dans les cœurs des Libanais et au-delà. Ses chansons et compositions, imprégnées de poésie et d’intensité, resteront à jamais gravées dans les mémoires. Ziad n’était pas simplement un musicien, il était un philosophe qui utilisait la musique comme un moyen de questionner, de révolter et de s’élever contre les injustices. Sa musique, bien qu’elle porte une profonde tristesse, est aussi pleine de beauté et d’espoir.

Ainsi, à travers les souvenirs de Ziad Rahbani, son héritage musical ne s’éteindra jamais. La musique libanaise moderne, à la fois complexe et accessible, continue de vibrer à travers ses œuvres. Les générations futures continueront de redécouvrir et d’apprécier l’immense talent de cet artiste dont le nom restera synonyme d’innovation, de culture et de passion pour la musique. Ziad Rahbani est parti, mais sa musique, elle, ne mourra jamais.