C’était un de ces moments de télévision politique que les spectateurs adorent et que les stratèges redoutent. L’Assemblée Nationale, souvent théâtre de joutes verbales intenses, a été le cadre d’un véritable drame en deux actes, où la tension d’un blockbuster américain a rencontré la froide réalité d’un rapport comptable. D’un côté, Mathilde Panot, présidente du groupe La France Insoumise, dans le rôle de l’inquisitrice. De l’autre, le Premier ministre, dans une posture de calme olympien. Au centre, un “scandale monumental” qui a vécu ce que vivent les baudruches : une brève et spectaculaire inflation, suivie d’un dégonflement rapide et presque comique.
L’acte un s’ouvre sur Mathilde Panot. La tribune est son royaume. Le ton est grave, la voix est forte, le doigt est accusateur. Elle ne parle pas, elle tonne. Elle lance un réquisitoire contre le gouvernement, l’accusant d’un crime presque impardonnable : accueillir à bras ouverts Bezalel Smotrich, le ministre des finances israélien, pour un gala à Paris.
Pour que l’assemblée mesure bien l’ampleur du scandale, elle dresse un portrait au vitriol de l’invité. Elle cite ses déclarations les plus extrêmes et choquantes, un florilège de haine pure : “Il n’y a pas de palestinien car il n’y a pas de peuple palestinien” ; “Il est justifié et moral de bloquer l’aide humanitaire pour la bande de Gaza” ; “Je veux un état juif qui comprenne la Jordanie, le Liban…”. Elle rappelle que l’homme se décrit lui-même comme un “fasciste homophobe”. Le tableau est sombre, l’accusation est lourde.
Mais Panot ne s’arrête pas là. Elle qualifie l’événement parisien de “gala des génocidaires”, organisé, selon elle, par une personne qui aurait nié l’existence de “population civile innocente à Gaza”. Le coup de grâce est rhétorique, mais puissant. Elle oppose le traitement réservé aux défenseurs de la paix en France, “poursuivis pour apologie du terrorisme”, au “tapis rouge” que le gouvernement de Macron déroulerait pour un homme qu’elle accuse, lui, de faire “l’apologie réelle du génocide”. L’hémicycle retient son souffle. “Comment osez-vous ?”, lance-t-elle au Premier ministre. “La France se déshonore”, conclut-elle.

L’acte deux commence. Le Premier ministre se lève. L’ambiance est électrique. On s’attend à une défense passionnée, à des justifications complexes, peut-être à une contre-attaque féroce. La tension est palpable. Le Premier ministre prend la parole, et c’est là que le drame bascule dans l’inattendu.
Avec la passion, comme le décrit le narrateur de la séquence, “d’un expert-comptable qui lit un rapport”, il prend une “toute petite épingle” et, en une phrase, fait éclater la baudruche. Le scandale monumental s’effondre. Que dit-il ? Quel argument complexe sort-il de sa manche ? Rien de tout cela. Juste des faits.
“Merci madame la présidente… Madame la présidente Mathilde Panot, c’est une question importante et grave que vous avez posée.” Il marque une pause, puis lâche la phrase qui tue : “Euh… non, nous n’accueillons pas à bras ouverts ce ministre israélien. Non.”
Malaise. Le silence qui suit est assourdissant. L’accusation de Panot reposait entièrement sur le postulat que le gouvernement invitait ou accueillait officiellement ce ministre. Le Premier ministre vient de nier ce postulat. Le scandale, comme le dit la voix-off, “est mort et enterré en 30 secondes chrono”.
Mais alors, que se passe-t-il ? Smotrich vient-il ou non ? Le Premier ministre clarifie, toujours sur ce ton monocorde qui contraste si violemment avec l’emphase de son adversaire. Oui, il est “possible” que M. Smotrich se rende à Paris. Mais, et c’est un “mais” de la taille d’un ministère, ce serait “dans le cadre d’un déplacement privé”. Il martèle : “Les autorités françaises ne sont d’aucune manière associées, d’AUCUNE manière associées à cet éventuel déplacement”. Et pour être absolument clair : “Il n’y aura, je veux le dire tranquillement et fermement, aucune forme de contact gouvernemental avec lui”.

La stratégie de Mathilde Panot, bâtie sur l’amalgame entre une visite privée et un accueil officiel, s’effondre en direct. Mais le Premier ministre n’en a pas fini. Il va non seulement démonter l’accusation, mais il va aussi reprendre à son compte l’indignation, en la redirigeant.
“Je vais aller plus loin”, dit-il. Il confirme que le gouvernement a “l’écho et l’indication” des propos tenus par ce ministre. Et loin de lui dérouler le tapis rouge, la France a “condamné dans les termes les plus clairs les propos irresponsables et inacceptables qu’il a tenu, notamment lors d’une précédente visite en France pour un événement similaire”. L’ironie est cruelle : non seulement le gouvernement ne l’accueille pas, mais il l’a déjà condamné par le passé pour les mêmes raisons.
Il enfonce le clou. “La France est résolument opposée aux positions exprimées par ce ministre et par tous les groupes dont il est proche”. C’est une désolidarisation totale. Et ce ne sont pas que des mots. Le Premier ministre rappelle que la France a “pris des sanctions contre les colons, contre les entités qui incitent à la haine et à la violence en Cisjordanie”, et ce, au niveau national et européen.
L’accusation de complaisance, de “déshonneur”, est non seulement réfutée, mais elle est retournée. Le gouvernement se positionne en acteur ferme contre les idées mêmes que Panot lui reprochait de cautionner. Le Premier ministre termine son intervention en pivotant, s’éloignant de cette “provocation” pour réaffirmer “l’engagement de notre pays pour la paix au Proche-Orient”, libération des otages à l’appui.
Que reste-t-il à la fin ? Un grand moment de solitude pour l’accusatrice, et une leçon de politique, comme le conclut le narrateur : “Avant de lancer une alerte enlèvement pour un scandale, vérifier que le scandale existe vraiment”. Cette passe d’armes restera dans les annales comme un cas d’école. Elle démontre la puissance de la rhétorique enflammée pour capter l’attention, mais aussi sa fragilité face à un simple et calme rappel des faits. Le “blockbuster” de Mathilde Panot s’est terminé par un plot twist digne d’un expert-comptable : le bilan n’était pas le bon. Le spectacle, lui, continue. Et mardi prochain, la gauche cherchera sans doute un nouveau scandale.
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