Le paysage médiatique français vient de subir une secousse de magnitude élevée. Sarah Knafo, députée européenne et figure de proue de la droite identitaire, a publié une « lettre ouverte » d’une violence rare adressée à Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions. Ce qui commence comme une critique de gestion se transforme rapidement en un réquisitoire implacable, accusant le service public de dérives idéologiques et financières majeures.

Dix ans de règne sous le feu des critiques

Sarah Knafo n’y va pas avec le dos de la cuillère. Elle entame son offensive en rappelant l’arrivée de Delphine Ernotte à la tête du groupe audiovisuel public il y a dix ans. Selon l’eurodéputée, dès son installation, la présidente se serait entourée de « militants socialistes », citant notamment Stéphane Sitbon-Gomez, ancien conseiller de Ségolène Royal, devenu le numéro deux du groupe.

Pour Knafo, cette décennie n’est pas une réussite de service public, mais ressemble plutôt à une « série Netflix avec trop de saisons », marquée par une orientation politique ancrée très à gauche. Elle fustige les premières déclarations d’Ernotte critiquant une « télévision de blancs », y voyant le point de départ d’un système qu’elle juge aujourd’hui sclérosé par l’idéologie.

L’accusation de « détournement d’argent public »

Le point de rupture de cette lettre ouverte intervient lorsque Sarah Knafo aborde la question du financement. Elle inverse la charge des accusations portées habituellement contre des chaînes comme CNews, qu’Ernotte juge souvent trop politisées. « En vérité, dans notre pays, il n’y a pas de chaînes plus politisées que les vôtres », assène Knafo. Elle va plus loin en affirmant que les véritables « chaînes d’opinion » sont celles financées par la redevance (ou le budget de l’État désormais).

L’attaque devient frontale et judiciaire lorsque l’élue lâche le terme de « détournement d’argent public ». Elle accuse la direction de France Télévisions d’utiliser les fonds des contribuables pour financer des causes militantes plutôt que de l’information neutre. Elle pointe du doigt le financement, via la fondation du groupe, d’ateliers d’éloquence pour les migrants ou de séances de lecture pour les demandeurs d’asile.

Un inventaire sans concession

La lettre de Sarah Knafo se transforme en un véritable inventaire à la Prévert, où chaque ligne semble destinée à porter un coup plus dur que la précédente. Elle évoque également la gestion immobilière du comité d’entreprise de France Télévisions, mentionnant l’achat d’un nouvel immeuble en bord de mer, suggérant ainsi une déconnexion totale entre les élites du service public et la réalité économique des Français.

Cette intervention musclée s’inscrit dans un climat de tension permanente entre une partie de la classe politique et le service public audiovisuel. En utilisant un vocabulaire judiciaire (« garde à vue », « inventaire », « détournement »), Sarah Knafo cherche manifestement à sortir du simple débat d’idées pour porter l’affaire sur le terrain de la responsabilité morale et financière.

Audiovisuel public : la lettre cinglante de Sarah Knafo à Delphine Ernotte

Un débat qui enflamme l’opinion

Cette lettre ouverte n’est pas passée inaperçue. Elle divise profondément l’opinion publique entre ceux qui y voient une critique nécessaire d’un système jugé partisan et ceux qui dénoncent une attaque populiste visant à déstabiliser l’indépendance des médias publics.

Quoi qu’il en soit, le clash Knafo-Ernotte marque un nouveau tournant dans la guerre des médias en France. Pour Sarah Knafo, la télévision publique a failli à sa mission de neutralité, devenant une machine de propagande financée par ceux-là mêmes qu’elle mépriserait. Pour Delphine Ernotte, c’est une nouvelle tempête politique à affronter, alors que le rôle et le financement du service public sont plus que jamais au cœur des débats parlementaires.

L’héritage de cette missive ? Une mise en lumière crue des fractures françaises, où même le petit écran est devenu un champ de bataille pour l’âme de la nation. Une chose est certaine : le dialogue entre le service public et ses détracteurs les plus virulents semble désormais rompu.

Médias : Delphine Ernotte reconduite à la tête de France Télévisions - ICI